Jésus a-t-il perdu la foi quand il dit « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

Par : pasteur Marc Pernot

gravure représentant le Christ souffrant, regard levé vers le ciel.

Question d’un visiteur :

Bonjour;

Hier, j’ai passé la journée en méditant sur ces mots de Jésus sur la croix: «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as Tu abandonné?». En disant celà, Jesus avait-il eu l’impression d’être abandonné par Dieu ? L’impression d’être abandonné par Dieu, n’est ce pas un manque de foi ? car Dieu ne nous abandonne pas. Jésus avait-il perdu la foi?

Que Dieu vous bénisse!

Réponse d’un pasteur :

Bonjour

Bravo de penser ainsi à Dieu, au Christ.

Effectivement, cette Parole du Christ est impressionnante. C’est explicitement un moment de doute de Jésus sur l’amour et sur la fidélité de Dieu. C’est un moment où il ne sent plus la présence de Dieu comme le soutenant, l’accompagnant.

Mais ce n’est pas un manque de foi, bien au contraire. En effet, la foi est de tenir fidèlement la relation. C’est ce que Jésus fait ici, même au cœur du doute. Et il n’y a pas plus belle profondeur de foi, en réalité.

C’est comme avec un ami, ou dans le couple : la base est de se dire les choses, même quand c’est de l’incompréhension et des reproches. Alors que de bouder, de tourner le dos quand vient une incompréhension (ce qui est normal), c’est que l’amitié et le respect sont en panne. En plus, Jésus exprime sa déception sous forme d’une question, cela n’est pas péremptoire, son impression laisse la place pour que l’autre s’explique. C’est parfait dans le cadre de la foi, ce serait parfait aussi dans le cadre d’une relation amicale. Il note qu’ile st seul sur la croix, souffrant et sans secours. Il suppose que Dieu peut avoir de bonnes raisons (un pourquoi Dieu l’aurait abandonné) et que ce qu’il traverse quoi que terrible aura néanmoins une utilité, un sens (un « pour quoi », un « en vue de quoi » Dieu le laisse vivre cela). Et c’est une vision intéressante : tant qu’à faire de vivre quelque chose de terrible et de mauvais, autant en faire l’occasion d’un plus grand bien, d’une certaine façon.

Cela dit : « Pourquoi Dieu l’a abandonné ? », parce qu’il n’a pas de légions d’anges avec des mains et des tenailles pour arracher les clous, des anges armés d’épées pour chasser les soldats romains armés, Dieu n’a pas de télécommande pour forcer les consciences des autorités et de décider des délivrer et de soutenir ce juste parmi les justes. Dieu n’est pas comme cela, dans un sens c’est désolant car bien des guerres, des massacres, des viols et des maltraitances seraient évités chaque jour et dans l’histoire de l’humanité. Mais c’est ainsi. Dieu n’est pas le père noël, ce n’est pas Zeus avec sa foudre. Il est une puissance d’un autre ordre, puissance d’évolution, de suggestion, de croissance, d’élévation et d’amour. Et c’est bien comme cela. En tout cas c’est comme cela.

Quant au « pour quoi » (en deux mots), c’est vrai qu’il sortira de l’extraordinaire de cet échec manifeste du plan « Christ » de convaincre l’humanité de se tourner vers la foi, l’espérance et l’amour (comme le dit Paul), de se constituer en un corps où la diversité des membres est une richesse par la compassion, le Christ est tout simplement exécuté et jeté comme un vaincu. Pour les disciples déçus dans leur espérance en Jésus comme Christ (et leur déception d’eux-même l’ayant abandonné), après un premier temps de stupeur, ces disciples voient en cette façon que Jésus a eu de faire face un geste d’amour allant jusqu’au bout, amour même pour les humains injustes et impies.

Ensuite, cette phrase de Jésus, cette prière «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as tu abandonné?» est le début du Psaume 22, célèbre psaume de David. Or, ce psaume part effectivement de la plainte et du sentiment de l’absence de Dieu, progressivement passe du « tu m’as abandonné » à un « ne t’éloignes pas » qui montre que déjà la présence de Dieu s’est fait sentir, arrive à un « tu m’as exaucé » qui pour Jésus n’est certainement pas une délivrance de sa situation pénible physiquement et moralement, et le psaume se poursuit dans la louange et dans l’espérance. Alors, quand Jésus prie le début de ce Psaume qu’il connaissait par cœur, le prie-t-il en entier, cheminant comme dans ce psaume vers une communion retrouvée avec Dieu ? Ce n’est pas dit et il ne me semble pas intéressant de l’inventer à la place de ce qui est effectivement dit. Cela reste sur cette possibilité ouverte, cette incertitude. Bien souvent, dans le texte des évangiles, quand il y a ainsi un récit dont il manque une conclusion, c’est que c’est nous-même, le lecteur, de prendre la place du personnage de l’histoire et d’écrire la finale avec notre propre façon d’être et de vivre : que fera le « jeune homme riche » (Mt 19:22), reviendra-t-il vers Jésus ? Que fera le « fils aîné » de la parabole des fils perdus (Lu 15:32), entrera-t-il dans la maison avec son père et son frère ? Jusqu’où irons-nous en priant Dieu au cœur de notre détresse dans le Psaume 22 ?

Est-ce qu’effectivement, nous vivrons positivement, dans la foi, ce temps où une certaine idée de Dieu nous abandonne, pour trouver un contact plus profond et plus vrai avec Dieu. Enfin ?

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

Si vous voulez, vous pouvez voir aussi, dans le petit dictionnaire de théologie :

Print Friendly, PDF & Email

Vous aimerez aussi...

2 réponses

  1. Claire dit :

    je viens de prendre connaissance de votre commentaire à cette question de Jésus sur la Croix. Néanmoins, dans la Bible, Jésus a accepté d’être crucifié pour nous sauver. Dans cette hypothèse, pourquoi le Christ s’adresse-t-il à Dieu comme s’il l’avait abandonné, alors que Jésus a accepté la crucifixion ?

    • Marc Pernot dit :

      Chère Claire

      Je trouve très très important et précieux ce cri de Jésus. Il se sent manifestement abandonné. Il ne sent plus la présence de Dieu à ses côtés. Il est déçu par Dieu, il attendait une intervention et elle ne vient pas, ou pas comme il le pensait. Je trouve cela extraordinairement précieux car c’est bien ce que nous vivons, nous aussi, parfois. Particulièrement dans les moments terribles de notre vie. C’est là que le Christ est tellement humain, plus humain et proche de nous encore qu’à Gethsémanée ou lors de ses tentations au désert.

      Comment le Christ nous sauve ? Certains disent que Jésus achète le pardon de Dieu pour nous sur la croix. Que sa mort était nécessaire pour que Dieu puisse pardonner. Cette théorie mise en valeur par Anselme de Cantorbéry au XIe siècle. A mon avis, cela ne fait aucun sens et est même épouvantable aussi bien au niveau théologique que moral. Jésus, acceptant d’aller au bout de sa vocation sans se défiler encore, le fait par amour pour Dieu et par amour pour l’humanité, donc pour nous. C’est cet amour qui nous fait découvrir que Dieu est amour, et cela a bien des chances d’être communicatif, d’être viral (si je puis dire), et cela nous invite à la conversion.

      Et c’est comme cela que Jésus a accepté d’aller jusqu’au bout, par amour, sentant l’amour de Dieu pour l’humanité.
      Ensuite, Jésus pensait peut-être se sentir plus soutenu par Dieu,ou différemment. Mais la douleur et l’angoisse prennent le dessus. On comprend que cela arrive. Et pour nous aussi, et cela aussi nous montre que ce qui l’emporte, en définitive, c’est bien la grâce et le pardon de Dieu.

      Ensuite, les récits que sont les évangiles ne sont pas un rapport historique de ce qui est arrivé, c’est une mise en récit de ce qui est arrivé afin de nous faire sentir que Jésus est le Chrost, le fils de Dieu, et qu’en ayant foi en cela nous nous ouvrions à la vie que Dieu nous donne. Ces récits sont donc des prédications écrite bien plus tard, c’est une relecture de l’ensemble. Quand l’évangéliste fait dire à Jésus qu’il ressuscitera le 3e jour, c’est à lire (à mon avis) comme une affirmation que toute la vie de Jésus est cohérente avec sa mort et sa résurrection. Et inversement que sa mort et sa résurrection sont à comprendre à la lumière de la façon dont il a vécu, parlé.

      Bien amicalement

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *