Je suis critiquée d’être mère au foyer. C’est dur. Est-ce que Dieu aussi serait contre ?

illustration : une mère regarde sa fille, une amie observe - Image: 'Eye Contact' by MTSOfan 
 https://creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/2.0/ http://www.flickr.com/photos/8628862@N05/26165162721

Par : pasteur Marc Pernot

Question d’un visiteur :

Bonjour Monsieur le Pasteur,

j’espère que vous allez bien. J’étais contente de tomber sur de nouvelles prédications grâce à ce site. Elles sont très intéressantes.

Nous sommes installés dans une jolie maison, mon mari, nos deux enfants et moi. La petite aura bientôt deux ans, elle est adorable, elle aime faire beaucoup de choses, et elle a beaucoup de joie de vivre. Nous avons beaucoup de chance.

Je voulais aussi vous parler d’une chaîne Youtube que je regarde de temps en temps, qui s’appelle Special Books for Special Kids, qui présente des enfants ou des personnes en situation de handicaps, de maladies, souvent très graves. J’aime bien l’esprit véhiculé par ces vidéos, qui ne gomment pas les difficultés mais qui montrent que le bonheur d’un parent est (du moins je l’espère) d’essayer de rendre son enfant le plus heureux possible, malgré sa condition physique et/ou mentale. Cela questionne aussi la « valeur » de la personne, les sources de l’amour, je trouve ça très beau alors que je vois de plus en plus autour de moi une valeur accordée aux personnes de part leur statut social, leur beauté ou leur réussite.

Cela peut sembler un peu cliché, mais c’est vrai, je le ressens très souvent. Je ressens notamment une attitude très différente de beaucoup de personnes depuis que je ne travaille plus pour m’occuper de ma fille. Malgré les mois de maladie, et le fait assez évident que je souhaite m’occuper de ma fille après toutes ces difficultés , je suis l’objet de critiques, ce qui n’est jamais très agréable. Je constate que l’on donne de la valeur à ce qui rapporte, à ce qui met en lumière, à ce qui brille, à ce qui se montre et à ce qui se compte . Bien que je trouve tout à fait bien que des personnes qui sont père ou mère travaillent (et de toute façon, beaucoup n’ont pas d’autre choix), je voudrais que l’on me laisse ce choix d’être différente… Je connais beaucoup de personnes qui ont des enfants et qui considèrent que je ne fais rien du tout de mes journées, ou du moins rien d’intéressant… Ce n’est pas valorisé de s’occuper d’un enfant, bien que ce soit extrêmement valorisé d’en avoir, curieux n’est-ce pas? Alors, je me mets à la hauteur de ma toute petite et j’essaye de voir le monde à travers ses petits yeux émerveillés. Et je trouve ça merveilleux.

Je me demande parfois quelle est ma place, bien que je trouve que je suis à la bonne place, même si j’ai entendu des critiques comme quoi je ne suis pas un bon exemple pour ma fille, parce que je ne travaille pas. Je ne prétends pas être une super personne parce que je m’occupe d’un enfant avec tout mon coeur, parce que je l’aime et que ça me rends heureuse, mais je me demande si des personnes ne passent pas complètement à côté de quelque chose de merveilleux en méprisant ou en dénigrant les soins apportés aux enfants.

Je me demande un peu ce que Dieu pourrait attendre de moi. Est-ce que Lui aussi, il serait critique?

Je vous souhaite une excellente fin de semaine, amitiés,

Réponse d’un pasteur :

Chère madame;

Bravo pour cette vie, cette intelligence et ces sentiments dont vous rayonnez d’une belle façon ! Cela fait du bien, et je suis convaincu que cela produit également ses effets dans votre entourage.

Des personnes osent porter un jugement, implicite ou explicite sur votre façon de vivre ? Eh bien cela est révélateur de leur propre psychologie, bien plus que de dire une vérité sur la vôtre ! Et franchement, quand ce jugement manifeste ainsi une orgueilleuse suffisance, ce n’est pas très joli. Mais cela demande de la compassion, il est manifeste qu’une telle attitude manifeste un malaise personnel assez profond et souvent inconscient de la part de ces personnes.

  • Ces personnes sont-elles en manque d’enfant ? Cela peut être cruel de vous voir, vous et votre famille, avec ce bonheur, bien entendu ce n’est pas votre faute, mais la brûlure de la jalousie en ces personnes. Cela ne se guérit pas instantanément, mais demande un travail sur soi, et souvent un coup de pouce de Dieu pour susciter une guérison et une évolution est nécessaire pour être délivré de cette chaîne.
  • Ces personnes ont-elles des moyens financiers permettant que la famille puisse vivre sur un seul salaire ? C’est vrai que c’est une chance d’avoir cette liberté, c’est aussi un signe que l’on est arrivé à une certaine liberté vis à vis de la consommation, sachant se limiter dans certaines dépenses pour privilégier une certaine qualité de vie en famille, de temps passé ensemble plutôt que dans des voyages chers ?
  • Ces personnes, peut-être aimeraient passer plus de temps avec leurs propres enfants et culpabilisent un peu de passer tellement de temps à autre chose, tout en laissant leur enfant à une nounou qui passe alors bien plus de temps qu’eux avec le bébé ?
  • Peut-être que ce que vous vivez correspond à une situation que ces personnes ont vue chez leurs propres parents et grands parents, et que leurs relations à ce souvenir n’est pas tout à fait résolu ?

Qu’en sait-on ? Mais ce n’est pas à nous de psychanalyser ces personnes.

La question est de savoir, vous, comment gérer ce dysfonctionnement relationnel qui consiste à juger votre mode de vie tout à fait respectable au demeurant.

Vous n’avez pas nécessairement vocation à subir ces mauvaises relations. Peut-être mais pas nécessairement. C’est à vous de le discerner, au cas par cas, personne pénible (un petit peu ou très pénible), et discerner si vous pensez que cette personne vous est néanmoins confiée pour que vous la gardiez malgré cela. Alors, vous pouvez garder la relation et tenter de « surmonter le mal par le bien », comme le suggère Jésus (Matthieu 5:44) et l’apôtre Paul (Romains 12:20,21). Sinon, rien ne vous oblige de considérer cette personne comme étant encore un ou une ami, mais une simple connaissance que l’on côtoie à l’occasion, avec urbanité. On ne peut de toute façon pas être ami avec tout le monde, ni se sentir appelé à aider toute personne du monde entier. Mais c’est vrai que si vous pensiez que ces personnes étaient des ami(e)s avant, cela est assez triste. Mais bon, pour être de vrais amis il faut être deux. Cela ne nous appartient donc pas complètement.

Mais en tout cas, s’il y en a un(e) qui est votre ami, avec un regard de vraie bienveillance sur vous et votre vie, c’est bien Dieu. Là dessus, au moins, il n’y a pas de doute.

Vivez donc ce temps béni, qui vous fait du bien à votre famille et à vous. Vous pouvez à mon avis tranquillement persévérer dans cette voie que vous avez choisie, persévérer tout en gardant une vigilance pour éventuellement ajuster, évoluer, adapter, changer avec souplesse. C’est à cela que sert l’intelligence, la discussion avec vos proches (qui vous aiment), la prière.

Dieu vous bénit et vous accompagne

Amitiés fraternelles

par : pasteur Marc Pernot

Print Friendly, PDF & Email

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *