deux mains croisées en prière, dans une église sombre, éclairée par une petite fenêtre - Image par Ri Butov de https://pixabay.com/fr/photos/pri%C3%A8re-foi-religion-esp%C3%A9rer-6764197/
Question

« Il faut offrir toutes nos souffrances à Dieu pour participer au salut du monde », ce type de propos m’horrifient.

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L’idée qu’il faille offrir ses souffrances à Dieu pour participer au salut du monde peut paraître choquante. Cet échange explore une vision de la foi où Dieu ne se réjouit pas du malheur, mais invite à une collaboration libre et aimante pour soulager la peine d’autrui, loin de toute injonction de sacrifice ou de culpabilité.


Question posée :

Bonjour Pasteur,
Que pensez-vous de cette phrase, propos que j’ai entendus d’un invité chrétien : « Il faut offrir toutes nos souffrances à Dieu pour participer au salut du monde » ? Personnellement, ce type de propos m’horrifie, alors oui, je dois être une très mauvaise chrétienne, merci pour votre point de vue.

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir

Offrir ses souffrances à Dieu ?

Je suis tout à fait d’accord avec vous sur cette incroyable et même choquante idée d' »offrir sa souffrance » à Dieu. Cela me semble même une injure à Dieu que de penser que notre souffrance lui apporterait en quoi que ce soit une satisfaction. Dieu se réjouit de notre bonheur, pas de nos souffrances.

Par exemple, si nous avons mal à une dent, et qu’on a les moyens de la soigner (j’espère), il est juste et bon, évidemment, de soigner cette dent, car cette souffrance n’apporte rien à Dieu, il ne la veut pas.

Participer au salut du monde ?

Mais c’est certainement une bonne idée de chercher à « participer au salut du monde« , à notre mesure, à notre façon. C’est la vocation de la personne humaine que d’être créatrice, et donc de participer « aux œuvres de Dieu », comme le dit Jésus à ses disciples : « Tant qu’il fait jour, il faut que nous fassions (au pluriel) les œuvres de celui qui m’a envoyé (Dieu) » (Jean 9:4). Ce n’est pas un ordre ou une condition pour que Dieu nous aime (et donc nous garde, nous soigne et nous sauve), ce n’est même pas une condition pour être « une bonne chrétienne« , mais c’est une inspiration naturelle, comme une rose développe son parfum, l’humain en forme a envie et trouve du bonheur à apporter du bonheur autour de lui. La passivité ou la méchanceté sont des pathologies, pas la nature de l’humain.

Ensuite, il est vrai que quand on cherche à participer ainsi à faire avancer le monde, un tant soit peu, on est souvent amené à la compassion pour un être qui souffre, ce qui est une source d’une certaine souffrance pour nous-mêmes, c’est vrai. Et nous sommes appelés à l’action, ce qui demande un investissement, et donc un certain effort et une certaine fatigue. Tout cela est normal, mais ce n’est pas la souffrance ou la fatigue en elles-mêmes qui feraient plaisir à Dieu, elles ne sont pas belles et bonnes, mais c’est ce qui a été créé de bon, et c’est surtout l’amour qui a été manifesté ainsi : c’est donc malgré la souffrance et la fatigue que Dieu aime ce geste. Il arrive heureusement des cas où une belle action ne demande pas particulièrement de souffrance ni de fatigue, mais apporte simplement de la joie de pouvoir faire un geste ou de dire une parole qui fera la différence.

Que faire de la souffrance quand elle nous frappe ?

Ensuite, que faire de la souffrance quand elle nous frappe, nous ? Au lieu de l’aimer, on peut la repérer comme mauvaise et contraire à la volonté de Dieu. On peut alors la combattre avec l’aide de Dieu, dans la mesure où c’est possible, et quand la cause de la souffrance ne peut être écartée, nous pouvons travailler à la supporter sans être submergés : cela demande aussi l’aide de Dieu car ce n’est pas toujours évident. Je dirais donc que plutôt que « d’offrir notre souffrance à Dieu », nous pouvons prier Dieu pour faire équipe avec lui contre la souffrance, travailler ensemble avec lui de façon positive pour écarter au maximum le côté nocif de la souffrance sur le monde et sur nous.

Et si une souffrance frappait une personne autre que nous ? lui dire « d’offrir cette souffrance à Dieu » revient à la féliciter de souffrir, à lui dire que nous trouvons cela très bien et très souhaitable qu’elle souffre. Je ne suis pas certain que cette personne sente cela comme étant de la compassion, mais plutôt que nous nous moquons d’elle. Au contraire, sachant que la souffrance n’est pas aimée par Dieu, nous pouvons alors nous demander si nous pouvons faire quelque chose, un geste, une parole ? Pas nécessairement car ce serait se prendre pour Dieu de penser devoir prendre sur nos épaules toutes les souffrances du monde. Cela interroge donc notre vocation personnelle : est-ce que je pense pouvoir prendre cela en charge pour faire un petit peu quelque chose ?

Être une mauvaise chrétienne ?

Enfin : qu’est-ce qu’être une « mauvaise chrétienne » ? Ce serait de ne plus penser à Dieu, de n’être plus sincère et confiant en lui. Mais surtout ! Ne vous laissez pas impressionner par ceux qui vous jugent et cherchent à vous imposer leurs croyances, leurs rites. Ils leur conviennent : c’est génial pour eux. Ils n’ont peut-être pas raison pour autant, et cela ne vous correspond pas nécessairement. Vous faites bien d’en profiter pour vous interroger : c’est une bonne démarche d’ouverture qui vous permet de cheminer, de progresser en vous interrogeant. Mais ensuite, c’est à vous de discerner ce que vous retenez pour bon. Il existe des sortes de « bons chrétiens » qui auront toujours un verset pour prouver qu’ils ont raison. Oui, mais il existe bien des versets qui diraient autre chose sur ce sujet. C’est donc à étudier dans un questionnement, comme vous le faites.

En Christ vous êtes en ligne directe, personnelle avec Dieu, en confiance dans son amour pour vous. Après avoir écouté les uns ou les autres, vous pouvez réfléchir par vous-mêmes et prier dans l’intimité, placer la question devant Dieu, et discerner ainsi ce que vous pensez juste et désirez faire personnellement. Dans la mesure où votre relation à Dieu est ainsi sincère et confiante, ouverte, Dieu est assez grand, assez aimant et assez patient pour vous aider à perfectionner encore votre cheminement de pensée et de vie. N’ayez donc pas peur de penser de travers, mais plutôt de ne pas oser penser. Dieu nous rend libres par son amour. Jésus lui-même nous y encourage, chacune et chacun, sans condition (voir cet article, si vous le désirez). Mais j’ai vraiment l’impression que votre foi est déjà largement libre, intelligente, s’interrogeant et confiante en Dieu. N’ayez rien à craindre de ce côté-là. Vous êtes en bon chemin.

Dieu vous bénit et vous accompagne.
par : pasteur Marc Pernot

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6 Commentaires

  1. Ute dit :

    Face à Dieu il n’y a pas de « il faut » ! Il n’y a pas d’obligations. En toute chose, Il nous veut libre.
    Selon Sa Parole, il n’y a que des invitations : « Je me tiens à votre porte et Je frappe… si vous m’ouvrez, J’entrerai …  »
    Si notre souffrance et nos douleurs sont trop lourds à porter, notre Sauveur nous invite de les Lui offrir, en les joignant à Sa Sainte Croix. Pourquoi ? Qu’il puisse les porter avec nous. Que notre souffrance et nos douleurs soient enveloppées, entourées et imbibées…, d’Amour et au moins, soulagées ! 😌
    C’est une invitation ! On est libre d’y répondre ou non !
    Et Son Amour pour nous ne change pas, quelle que soit notre réponse !
    Bon courage à celles et ceux qui souffrent. Ne perdez pas l’espérance…

  2. Magdalena dit :

    qd je n’arrive pas à l’empêcher( ma souffrance) en effet je demande au Christ qui l’a connue de m’aider , et je pense à tous ceux qui souffrent atrocement et alors je me dis c’est aussi la seule façon de ne pas les oublier . Penserais je à eux si je n’avais aucune souffrance ? pas sur

    1. Marc Pernot dit :

      C’est une bonne façon de transformer un mal en bien : faire que de notre souffrance nous puissions grandir dans notre compassion à ceux qui souffrent.
      C’est le propre de ce qui est fait avec Dieu et par Dieu : même du mal il faut faire un bien (comme le dit Joseph en Genèse 50:20). Ce n’est pas pour autant que la souffrance de départ était bonne, ni indispensable, et encore moins voulue par Dieu. Il a d’autres moyens pédagogiques que la souffrance pour nous ouvrir la compassion. Lui c’est pas l’amour, les bons soins, l’accompagnement, les appels, les encouragements… qu’il cherche à nous inspirer, à crér en nous un cœur qui aime, des yeux qui voient, des oreilles qui entendent et une tête qui réfléchit. Mais tant qu’à faire que le malheur nous soit tombé dessus, il essaye de nous soulager et de faire de ce mal une source de bien.

  3. Jacques dit :

    Je ne crois pas que la souffrance soit une valeur qui nous rapproche de Dieu.

    Jésus à soulagé toutes les souffrances humaines auxquelles il était confronté.
    Les souffrances de sa passion nous disent l’invitation au pardon et à l’amour de Dieu et des autres. Ce n’est en aucun cas un appel à la souffrance humaines qui n’est pas rédemptrice de quoi que ce soit.

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