Évolution du texte biblique ? Ou au contraire copie extrêmement rigoureuse au cours des siècles ?

page de l'évangile selon Matthieu en grec (Nestlé Aland)

Une page du texte grec de l’Evangile selon Matthieu, avec en notes les variantes entre les manuscrits. (cliquer pour voir en plus gros)

Par : pasteur Marc Pernot

Question d’un visiteur :

Bonjour

On m’a toujours dit (et je l’ai lu dans certains dictionnaires bibliques) que le texte biblique était garanti contre les modifications du fait que les copistes prenaient d’infinies précautions lorsqu’ils reproduisaient ces textes. Or d’autres sources – p.ex. cette vidéo – parlent clairement d’évolution du texte au cours des âges. Quelle est la motivation de ceux qui nient cette évolution ?

Cordialement

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir

Chacun des livres de la Bible a une histoire de rédaction. Souvent à partir de documents ou de récits préalables. Ils sont ensuite très travaillés et retravaillés. D’abord de façon importante, je pense, puis le texte s’est fixé peu à peu.

Ceux qui nient cette évolution sont à mon avis dans l’idée (ou dans la propagande) que ce texte aurait été dicté par Dieu à l’écrivain sacré. C’est parfois de la naïveté et un désir de se soumettre, cœur, intelligence et vie « au Seigneur ». C’est parfois de l’idéologie, parfois c’est une stratégie du chef de l’église pensant protéger des paroissiens qu’il juge un peu faibles, ou pour mieux les tenir en main sous sa coupe… Tout existe.

Il suffit de regarder une page du texte de la Bible en langue originale pour voir qu’il existe des variantes entre les manuscrits. Ce que l’on appelle « les textes originaux » est le résultat d’un travail universitaire choisissant au cas par cas telle ou telle variante qui lui semble être meilleure. Je suis donc comme vous, je ne saisis pas bien comment on peut nier l’évidence, d’autant plus qu’elle est belle et féconde. Dieu n’a rien à craindre de la vérité, bien entendu. Et la foi non plus. Il n’y a que la superstition et autres mensonges qui craignent la vérité, et donc les questions.

Mais c’est vrai que les copiste ont ensuite fait un super bouleau. Que ce soit en ce qui concerne la Bible hébraïque (avec des variantes très mineures, en somme, entre les manuscrits de Qumran de -200 environ et le texte que nous avions (de l’an mil environ). En ce qui concerne le Nouveau testament, les manuscrits que nous avons sont nombreux et plus proche du temps de la rédaction, et donc d’un texte qui était encore en évolution, pas encore sacralisé. Du coup, il y a des variantes plus nombreuses en ce qui concerne la période la plus ancienne. Mais cela reste en général très mineur quand même. Par exemple, je vous ai scanné une page de l’évangile selon Matthieu, les variantes sont indiquées dans le corps du texte (en haut), avec des petits signes : les équerres (mot ou mots remplacés par d’autres indiqués dans les variances dans les notes placées en dessous avec les manuscrits principaux donnant telle ou telle version) ; un petit T (il existe certains manuscrits avec un ajout à cet endroit) ; un petit O ou un petit carré (il existe certains manuscrits où ce mot, ces mots, sont absents) ; un petit S incliné (autre ordre des mots suivants)

C’est une page au hasard, avec un niveau moyen de variantes. Elles sont très mineures pour la plupart. Je pense que ce sont souvent des erreurs de copie, des ajouts importés d’un passage parallèle dans un autre évangile. Il y a des passages célèbres avec des variantes immenses, mais ils se comptent sur les doigts d’une seule main, principalement : la finale longue de l’évangile selon Marc, la rencontre de Jésus avec la femme adultère dans l’évangile selon Jean, la doxologie à la fin du « Notre Père », une inversion dans la parabole des deux fils, et un curieux épisode avec un homme qui travaille le jour du sabbat. Il peut y avoir deux explications inverses : soit un témoignage a été appris ou un développement et ajouté un peu plus tard (par exemple les clefs de Saint Pierre), soit au contraire un passage gênant a été supprimé comme choquant (par exemple la femme adultère).

Mais encore une fois, cela ne préjuge pas de retrouver un jour, un état de ces livres avant l’état que nous connaissons. Par exemple un évangile selon Luc sans la première partie avec l’enfance de Jésus, ou un évangile selon Jean s’arrêtant en 20:31 ?

Donc, oui, le texte biblique a été composé sur des siècles et a évolué. Il a ensuite été globalement très très bien conservé.

par : pasteur Marc Pernot

Si vous voulez, vous pouvez voir aussi, dans le petit dictionnaire de théologie :

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