Je suis épuisée d’avoir essayé pendant 3 ans d’aider une amie : que faire ? que fait Dieu ?

Par : pasteur Marc Pernot

Felle soldat épuisée sur le sommet d'un obstacle (illustration) - by Adam Theo https://creativecommons.org/licenses/by-nc/2.0/ http://www.flickr.com/photos/29912035@N03/6340085461

Question d’un visiteur :

Bonjour,

J’ai fait la connaissance il y a trois ans d’une jeune fille au passé très douloureux qui la plombe terriblement aujourd’hui. Notre relation est très voire trop fusionnelle. Elle traverse une grave crise qui a nécessité son hospitalisation, elle a tenté de se suicider. Je l’ai remise dans la prière. J’ai demandé au Seigneur de l’aider, de l’épauler, de la guérir. Son frère l’aime énormément et moi aussi mais j’arrive aujourd’hui à saturation car elle ne semble pas écouter ce que je lui dis: « fais ta thérapie, ne l’abandonne pas car c’est grâce à elle que tu vas t’en sortir ».

Je suis à bout car je la porte depuis près de trois ans.

Je ne suis pas la seule, certes mais nous sommes très proches, voire trop proches. J’accepte le reproche. Je découvre aussi que c’est une jeune fille très seule, sans amis. Je ne veux pas la laisser tomber dans ces moments si difficiles pour elle. Mais que puis-je faire si elle ne suit pas sa thérapie, vitale pour elle?

Alors, je m’interroge sur Dieu. Pourquoi n’entend-il pas mes prières? Peut-être ne suis pas assez bonne chrétienne? Je le reconnais moi-même. Je suis perdue car je veux suivre le Seigneur. Et j’estime que l’on n’abandonne pas quelqu’un dans la détresse, dans une telle détresse. Seulement, jusqu’où et jusqu’à quand puis-je la soutenir?

Je suis épuisée car c’est un cas lourd.

J’ai demandé au Seigneur d’agir à travers moi auprès d’elle, d’être Son instrument mais je suis en train de lâcher prise. Je me demande aussi si je ne surinterprète pas les choses en ce qui concerne les agissements de Dieu, la présence de Dieu en toute chose.

Merci à vous

Sylvie

Réponse d’un pasteur :

Bonjour Sylvie

Votre mail m’a vraiment touché. Franchement, mille mercis pour tout ce que vous faites avec tant de cœur, de foi, d’humilité, de lucidité.

D’abord en ce qui concerne Dieu, il entend vos prières. D’ailleurs, il ne les a pas attendues pour faire tout son possible pour aider cette femme souffrante, bien entendu, car il est le Dieu de la vie qui ne laisse pas tomber ses enfants. Mais on a trop dit, dans nos églises, que Dieu serait tout puissant. La Bible dit le contraire, les seules fois où il est littéralement question de « toute puissance de Dieu » c’est dans le Nouveau Testament quand il est question de l’horizon du temps, quand toutes choses lui seront soumises, mais c’est dans un temps infini. et quand une fillette de 12 ans meurt de leucémie à petit feu dans des souffrances atroces, c’est malgré la volonté de Dieu. C’est que maintenant encore, le monde est en genèse. Dieu y travaille et nous sommes appelés à participer à cette création d’un monde plus juste et plus fraternel, en ordonnant peu à peu avec lui ce qui reste de chaos, en domestiquant ce qui est sauvage, en soignant ce qui est souffrant, en réconciliant les humains avec leur Dieu et en réconciliant les humains, unis dans leur diversité en un corps. Donc, vous doutez d’une certaine notion de Dieu, mais cette notion est en partie vraie (un Dieu créateur, qui est à l’œuvre, et qui aime) mais aussi en partie fausse (un Dieu tout puissant, magicien, qui attend qu’on le supplie assez comme il faut, assez fort, pour envoyer ses bénédictions, ou qui guérit un chouchou et laisse d’autres de ses enfants dans la détresse alors qu’il pourrait les soulager). Et vous faites bien de douter de cette notion-là de Dieu, c’est une légende, un fantasme, et peut-être une manipulation de certains responsables d’église pour mieux tenir les fidèles ?

Mais votre prière pour cette femme est néanmoins une bonne idée, certainement. Non pour faire changer Dieu, mais pour recevoir sa force, ses éclairages, et son pardon, et sa paix. Pour s’associer à lui pour envoyer un souffle accompagner voter amie et la soutenir. Et pour qu’elle même, se sachant soutenue dans la prière puisse s’ouvrir à sa puissance d’accompagnement et de création. Car s’il n’est pas tout puissant, il n’en demeure pas moins très puissant pour ouvrir des brèches dans nos enfermements.

Pour le reste, oui, c’est hyper difficile pour nous d’être face à un choix tragique. Cela arrive parfois dans l’existence où toutes les solutions sont mauvaises, en partie. C’est fondamentalement là que la foi du Christ nous est d’un grand secours. Il nous a manifesté l’amour et le pardon de Dieu. Or, le pardon de Dieu est particulièrement là pour ça, pour ces situations où nous sommes coincés, obligé de choisir une mauvaise solution, même si c’est la moins pire.

C’est à mon avis le cas qui vous préoccupe.

  • C’est sans doute un drame si vous cesser d’accompagner cette femme.
  • C’est sans doute un drame si vous vous cassez pour l’accompagner, car alors ce sera non seulement dramatique pour vous et pour ceux qui vous aiment, mais ce sera plus que dramatique pour cette femme qui se sentira, en plus de sa détresse, responsable de votre burnout.

Qu’est-ce qui est le moins pire (je ne dis pas la meilleure solution, car il n’y a pas, malheureusement de bonne solution, sinon la question serait facile) ? Je suis désolé pour cette femme et pour son mari, mais c’est bien possible que ce soit de considérer que vous en avez assez fait et qu’il est venu le temps d’arrêter.

C’est vrai qu’elle risque de se suicider. Mais encore une fois, qu’est-ce qui est le moins pire, qu’elle se suicide après que vous vous soyez vous-mêmes écroulée ou avant que vous vous soyez écroulée ? Et puis on ne se suicide pas pour ça, on se suicide parce que l’on est malade et que cette maladie est mortelle, et peut-être qu’on n’a pas voulu, ou pas pu se soigner…

Mais ensuite, il y a peut-être un travail à faire sur les modalités de cette fin de service (ou cette diminution du service) afin qu’elle aie moins l’impression d’être trahie. Par exemple ne serait-il pas possible de dire que votre médecin vous a ordonné d’arrêter parce que vous êtes malade, et que vous êtes au repos maximum forcé pour un an. Il est bien possible qu’il y ait du chantage à l’affection, au suicide, des cris et des injures parce que nous sommes comme ça, à chercher tous les moyens d’arracher bec et ongles ce que nous pensons être à nous, par la douceur, les larmes, les injure set les coups. Mais que faire ? Oui, prier. Ce n’est pas une prière à bon compte, du genre de la prière d’une personne qui prierait pour la pauvre vielle voisine qui meurt de faim dans l’appartement d’à côté alors que nous-mêmes nous rendons malades à trop manger… Mais la prière humble et sincère qui reconnaît avoir fait ce que l’on a pu, et que oui, ça ne suffit pas, mais qu’on a atteint les limites de notre finitude.

Je sais, c’est pas facile de prendre une décision comme celle là. Il faut accepter de ne pas être totalement Christ nous mêmes. Il faut saisir que vouloir mourir au service de l’autre n’est pas toujours une humilité mais parfois une sorte d’orgueil mal placé, avec un goût prononcé pour l’héroïsme. Par fois l’humilité est de reconnaître que la charge est trop lourde pour nous. Cela me fait penser à ce verset, disant que Dieu dit à Gédéon d’abord « L’Eternel est avec toi, vaillant héros ! » (Juges 6:12) puis « Va avec cette force que tu as » (Juges 6:14). Il ne nous dit pas d’aller avec la force que nous n’avons pas, même avec l’appui de Dieu, si lui n’est pas tout puissant, nous ne le sommes pas non plus.

Le service de l’autre nous est commandé par Christ, mais c’est plus complexe que cela. Il nous dit d’aimer Dieu à 100%, d’aimer notre prochain à 100% (et nous devons nous partager entre bien des prochains), de se nous aimer nous-mêmes à 100%. Parfois il y a des activités qui comptent à la fois pour les trois missions, mais même ainsi, notre temps éveillé et nos forces ne suffisent pas à faire tenir tous ces % dans les limites du possible. Même le Christ, parfois, renvoie la foule en demande pour se reposer, seul ou en prière. Et il commande aux apôtres de faire de même après qu’ils aient trop fait (Marc 6:31).

Mais bon, je dis ça comme une solution possible. Il y en a d’autres possibles, celles d’espacer les visites et contacts à tant par mois et en ne fléchissant pas d’un pouce. Ou de continuer comme vous le faites maintenant, parfois on a un petit passage à vide, puis vient un renouvellement de nos forces, ou chercher à monter une équipe avec deux autres personnes de l’église pour se relayer autour d’elle… et bien d’autres pistes sans doute.

Alors quelle solution ? Je ne connais pas la situation, et il n’y a que des cas particuliers. C’est à vous de chercher, de réfléchir, de prier et de prendre la décision qui vous semble la moins pire, en conscience, en responsabilité, puis de vous y tenir en acceptant d’être pardonnée et de chercher à vous pardonner. Et d’avancer.

En tout cas, vous avez mon admiration et ma reconnaissance pour ce que vous avez fait. C’ets déjà un trésor inestimable.

Que Dieu vous bénisse et vous garde.
Amitiés fraternelles

pasteur Marc Pernot, église protestante de Genève

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1 réponse

  1. andiran nathan dit :

    J’ai rencontré ce même problème. Une personne maniaco- dépressive à tendance suicidaire. Je me suis épuisé et ai fini par avoir des problèmes dépressifs. Je pense qu’il faut mettre des limites à l’aide que l’on apporte à quelqu’un. Faire ce que l’on peut ! Le conseil que je peux vous donner est d’encourager cette personne à se faire aider. Il y a diverses écoles en psychiatrie (EMDR par exemple). Approche plus innovante et humaine ! Voyez si c’est possible ? Et fixer des règles plus strictes.Vous n’abandonnez pas cette personne, vous essayez de l’aider autrement ! La prière, l’aide d’amis, la compassion…Soyez fière de vous !

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