Dans cette église, ils disent tout le temps « l’Esprit m’a dit », je me demande : l’esprit est-il en moi ?

Par : pasteur Marc Pernot

un homme de dos parle dans un micro à une foule - Photo by Marcos Luiz Photograph on Unsplash

Question d’un visiteur :

Bonjour pasteur,
Je vous envoie ce mail, pour une question. Comment ressentir l’Esprit Saint ? car j’entend dans cette église et dans cette « religion » des phrases tel que « l’Esprit m’a dit », l’Esprit leur parle tout le temps et en soit il y a une mise en avant du Saint esprit perpétuelle, au point ou je me demande si l’esprit est il en moi. Il s’appuient sur les versets qui disent que l’Esprit est venue pour nous guider comment interpréter ces versets ?
Je vous remercie

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir

C’est vrai que chaque personne vivante a reçu l’Esprit Saint, ou plutôt une part d’Esprit. Par constitution même de la personne humaine, comme le dit la Genèse très justement : « L’Eternel Dieu forma l’humain de la poussière de la terre, il souffla dans ses narines un souffle de vie et l’humain devint un être vivant. » (Genèse 2:7).

Donc, pour cela, d’accord. Seulement, la personne humaine est un être complexe et toujours encore en genèse, de sorte que nous ne sommes pas à 100% vivant par l’Esprit. Nosu vivons à la fois par l’Esprit et aussi par la poussière du sol, et ce reste de chaos qui s’agite encore en nous.

Ensuite, je pense que c’est de lucidité par rapport à soi-même, et aussi une question de comportement, une volonté de pouvoir sur les autres que nous avons en commun avec le sanglier, ou avec le cerf, le loup et l’ours…

Quand une personne dit qu’elle agit ou qu’elle parle par le Saint-Esprit, quelle place cela laisse à l’autre à qui l’on se présente ainsi ? Si cet autre n’est pas trop d’accord avec ce qui est proposé, cela veut dire qu’il ne respecterait pas Dieu ? Ou qu’il traiterait la personne qui a dit cela de folle ou de menteuse? Tout cela est assez difficile, donc dès qu’une personne dit qu’elle parle ou agit par l’Esprit Saint, l’entourage est obligé de dire oui, amen ! Cette façon de se présenter est donc assez violente, en réalité, ne laissant que peu de place à l’autre à qui on s’adresse ainsi.

De plus, c’est d’une certaine arrogance de penser que c’est par l’Esprit de Dieu que l’on parle ou que l’on agit. C’est être extrêmement sûr de soi, traiter ses propres paroles de divines, ses actes de divins ? Cela me semble demander un peu plus d’humilité. Certes l’Esprit souffle en nous et dans ce sens nous sommes tous en partie prophète ou prophétesse, mais en partie seulement. On le voit par exemple avec l’apôtre Pierre qui donne une belle confession de foi de sorte que Jésus dit qu’il a parlé par le Saint Esprit (Matthieu 16:17), seulement quelques paragraphes plus loin, Pierre parle encore et Jésus cette fois là le traite de Satan (Matthieu 16:23). Nous sommes tous ainsi. C’est pourquoi affirmer que l’on parle ou que l’on agit par le Saint Esprit pose un réel problème, et vis à vis de son entourage, mais aussi spirituellement. En prenant ses propres pensées et actes comme venant de Dieu on se prive de toute possibilité de se convertir, de faire la part des choses, de réviser son point de vue, de le compléter. Car si notre idée venait réellement de Dieu, telle quelle, il ne faudrait rien y ajouter ni rien y retrancher.

C’est encore pire quand ces personnes, après une soit disant « révélation divine », parlent des autres, du couple des autres, de leur cheminement, de leur métier, de leurs projets. Combien de drames, de couples séparés, de carrières brisées avec de telles paroles !

Ce que propose le Christ, je pense, c’est « Heureux les pauvres en Esprit, car le Royaume de Dieu est à eux » (Matthieu 5:3) -> c’est à dire savoir que l’on a reçu l’Esprit Saint, c’est vrai, mais comme un pauvre a de l’argent, très peu, juste de quoi vivre aujourd’hui, et que nous avons à mendier pour avoir plus d’Esprit saint, donc à prier Dieu pour lui en demander plus, comme une grâce qui nous serait faite. Nous pouvons demander une chose dans la prière, sans nous tromper : demander à Dieu un petit peu plus de Saint-Esprit, au moins un petit peu plus ? (cf. Luc 11:13).

C’est à dire savoir que l’on a de l’Esprit Saint, c’est vrai, mais avec grande humilité, savoir que bien d’autres voix s’expriment en nous-même et que ces voix se font passer pour celles de Dieu en nous. Si l’on pense que Dieu nous a révélé quelque chose ? il est juste de se demander si oui ou non cela vient de Dieu, et au lieu de penser (et pire encore de dire) « le Saint Esprit m’a dit… » se demander intérieurement : « cette idée-la m’est venue, viendrait-elle de Dieu ? ou non ? », et ensuite, même si l’on pense que cela vient de Dieu, ou plus précisément que cela pourrait venir de Dieu (au conditionnel) il est bon de se demander si cela me concerne en particulier moi-même ou si cela concerne la vie d’une autre personne ? Et si cela concerne la vie d’une autre personne, est-ce pour m’envoyer, moi, vers cette personne pour lui rendre service, pour l’encourager, pour la soulager ? Ou est-ce que cela va la bouleverser, cherche à la changer elle ? A ce moment là une infinie prudence s’imposerait, selon ce que Jésus a dit « Comment peux-tu dire à ton frère: Laisse-moi ôter une paille de ton oeil, toi qui as une poutre dans le tien? Hypocrite, ôte premièrement la poutre de ton oeil, et alors tu verras comment ôter la paille de l’oeil de ton frère. »

Mais d’un autre coté, il est génial d’avoir une foi vibrante. Et ces personnes sont certainement dans ce cas.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

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