Dans certains textes de la Bible, Dieu provoque la maladie, alors que Jésus guérit. C’est incohérent ?

Par : pasteur Marc Pernot

illustration : signe d'un hôpital - Image: 'Panneau survol d’hélicoptère' by Frédéric BISSON https://creativecommons.org/licenses/by/2.0/ http://www.flickr.com/photos/38712296@N07/14812701509

Question d’un visiteur :

Bonjour à vous, ma question est la suivante, il y a 5 ans de ça on m’a diagnostiqué une leucémie aiguë qui m’a beaucoup éprouvée, j’ai cherché a faire le parallèle entre la maladie et les textes bibliques.

Dans le premier testament on vois que Dieu provoque la maladie (livre de Job , Deutéronome ch 28 V 59 a 61 , Exode ch 23 v 25) Alors qu’à l’inverse Jésus opère des guérisons miraculeuses dans le nouveau testament, comment expliquez-vous cette incohérence ?

Merci d’avance

Réponse d’un pasteur :

Chère Madame

Bon courage face à cette maladie. Bravo de réfléchir à ce qui vous arrive en vous questionnant avec la Bible et aussi en questionnant la Bible, en la prenant dans sa richesse et sa diversité de sens.

Il y a une chose, dont j’ai une intime et très profonde conviction, c’est que la maladie ne vient jamais de Dieu ! J’ai précisément essayé de parler de cela dimanche dernier en pensant à un couple adorable dont l’épouse est cruellement frappée d’une récidive de cancer et que j’ai visité la semaine dernière (prédication : déçu par la vie, déçu par Dieu ?). Je connais bien des personnes à qui l’on a dit que Dieu est parfois source de maladie et qui ont perdu la foi à cause de cela, au pire moment : étant malade et persuadé alors d’être abandonné par Dieu !

Donc non et même mil fois non : Dieu n’est pas source de maladie et de mort. C’est vrai qu’il peut arriver que dans la Bible, la maladie soit présentée comme un châtiment de Dieu ou une épreuve, mais suite aux paroles et de la vie du Christ, il n’est plus possible à mon avis de lire cela littéralement. Comme vous le dites très bien, Jésus manifeste que Dieu est toujours et partout source de vie, même pour ses ennemis, nous dit-il. Et il le manifeste par ses actes.

Je vois deux interprétations possibles de ces passages bibliques qui pouvaient laisser penser que Dieu serait source du mal (ou l’autoriserait, dans le cas du livre de Job) :

1 ) La Bible n’est pas un unique livre, c’est une bibliothèque de livres différents réunissant des opinions diverses. Il y ainsi dans le premier testament des passages qui sont polythéistes, ou qui ne pensent pas que la vie continue après la mort. D’autres textes ont une autre opinion. Les paroles de l’Evangile du Christ proposent une opinion, et il me semble que c’est assez génial. Ce n’est donc pas parce que c’est marqué dans la Bible que l’on est obligé d’être d’accord avec l’opinion du texte. Mais on écoute et on se questionne dans cette lecture, c’est ce que vous faites : grand bravo.

2) Dire que Dieu envoie la maladie peut être une façon figurée de présenter la vie dans ces textes. On peut les interpréter en pensant que Dieu ne serait pas à l’origine de la maladie, mais que s’éloigner de Dieu (et/ou de la justice et de l’amour) ce serait source d’une vie dégradée, malade. Même si Dieu ne veut pas que nous nous portions mal, bien sûr. Ce n’est pas faux, donc, que quand Dieu n’est pas dans notre cœur, nous sommes moins en forme, au moins sur le plan spirituel et moral. Par exemple si l’on reprend les fruits de l’action de Dieu dans notre vie selon Paul : « la foi, l’espérance et l’amour », vivre sans foi, vivre sans espérer et vivre sans aimer n’est pas génial, et l’on souhaite pour ceux que l’on aime qu’ils vivent avec la foi, l’espérance et l’amour dans le cœur, et s’ils en manquent on va essayer de les aider à guérir.

Bien des récits de maladies bibliques de la Bible sont à mon avis à interpréter ainsi au sens figuré. Par exemple, les rabbins identifient la lèpre à la conséquence de paroles calomnieuses. Effectivement avec de méchantes et fausses paroles, il y a quelque chose de profondément nocif qui peut gangréner le cœur du calomniateur et ses relations avec les autres, et l’humanité autour de lui. Mais cela ne veut pas dire que quand on calomnie quelqu’un, Dieu va envoyer sur nous la bactérie de la lèpre pour nous pourrir le corps. Il y a des hommes pleins de venins qui se portent physiquement comme un charme. Et cela ne veut pas dire que Dieu nous punirait. Dieu ne veut jamais la maladie, mais la santé. Et que nous guérissions aussi de notre méchanceté.

Mais ensuite, effectivement Jésus nous révèle Dieu tel qu’il est, une formidable source de guérison et jamais source de maladie, de souffrance. Que fait-il pour vous qui êtes frappé par une cruelle maladie ? Ne pourrait-il pas, comme Jésus, nous guérir en un instant ? Je pense que si ce n’est pas le cas, c’est qu’il n’a pas pu, ou pas encore pu. Quand quelqu’un est malade, ce n’est pas que Dieu n’aurait pas pensé ou n’a pas voulu vous apporter la santé, ou qu’il attendrait que l’on prie assez fort pour le faire ! Ce serait un horrible chantage. Mais quand la maladie est là, c’est que Dieu n’a pas pu empêcher cette maladie, mais qu’il a tout fait quand même pour l’éviter, qu’il a lutté et qu’il lutte encore, qu’il a appelé et appelle encore chacun à travailler à ses côtés pour lutter contre cette maladie et faire que chacun ait la meilleure dans santés possibles… Cette conviction que Dieu n’est jamais du côté de la maladie nous encourage donc à nous soigner, à utiliser les ressources de la créativité humaine pour cela.

Et des guérisons arrivent. Parfois elles surprennent tout le monde. Mais cela ne veut pas dire que Dieu serait un magicien qui favorise telle personne, et qui laisse telle autre reste dans la maladie. Cette conception de Dieu me semble épouvantable. Une chose est certaine, c’est que dans tous les cas, la force que Dieu donne par la foi est une grande aide. Une aide morale, certainement, qui nous fait saisir que nous ne sommes pas seul face à la maladie; qui nous donne une véritable espérance, plus forte que tout, qui nous donne de ne pas douter de son amour pour nous et de notre dignité inoxydable même quand nous sommes moins performant. Mais Dieu nous aide aussi en agissant, en luttant avec nous dans le combat contre la maladie. Et cela mobilise en nous des forces insoupçonnées. L’esprit et le corps sont si intimement mêlés en nous, que quand notre esprit est plus en forme, notre corps est plus fort, plus vivant.

Plus généralement, sur la question de l’existence et du statut du mal dans le monde, je vous propose cette réflexion : pourquoi le mal et la souffrance ?

Amitiés & de tout cœur avec vous contre la maladie.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

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