Une main dhome tourne les pages d'une Bible posée sur ses genoux - Photo de James Coleman sur https://unsplash.com/fr/photos/personne-tenant-un-livre-z0LhIrvtRoU
Question

Qui frappe à la porte : Dieu ou l’homme ? Le mystère de l’alliance et de la foi

1x
100%

L’Évangile suggère à la fois que Dieu sollicite l’humain et que l’humain doit chercher Dieu. Ce texte explore la richesse de ce paradoxe biblique, y voyant non une contradiction, mais une alliance mutuelle où la grâce et la foi se répondent comme un dialogue amoureux.


La question du paradoxe biblique : qui doit faire le premier pas ?

Question posée :
Bonjour Marc,
Merci pour votre site.
Les évangiles disent : « Je me tiens à la porte, je frappe, quiconque entend ma voix… » mais ils disent aussi « Frappez et on vous ouvrira ». Comment comprendre ce paradoxe ? C’est Dieu qui frappe ou l’homme qui doit frapper ? Si c’est les deux, comment articuler cela ?
Merci.

La réponse du pasteur : l’importance du pluralisme théologique

Cher Monsieur,
Grand merci pour votre question qui est fort intéressante. Avec ces deux beaux versets :

  • « Voici, je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui, je souperai avec lui, et lui avec moi. » (Apocalypse 3:20)
  • « Demandez, et l’on vous donnera ; cherchez, et vous trouverez ; frappez, et l’on vous ouvrira. » (Matthieu 7:7)

La nuance est dans le pluralisme.

C’est comme cela qu’il est bon de lire la Bible, comme vous le faites : avec à la fois une attention à chaque verset et une attention à l’ensemble, car c’est ainsi que l’on peut bénéficier de toutes les nuances du message biblique. Car le langage biblique est souvent assez radical quand on regarde au niveau de chaque verset, la richesse de la nuance vient dans un regard d’ensemble. C’est ainsi que tel verset semble affirmer une chose, seulement il y a tel autre verset plus loin qui dit autre chose. C’est d’une grande richesse car la vie est souvent faite de multiples dimensions, la réalité a de multiples facettes, une chose peut être vraie aujourd’hui et différente demain, il peut y avoir différentes sensibilités. Ce serait dommage de nous contenter d’un point de vue étroit. Cette diversité permet aussi de ne pas nous laisser impressionner par les personnes qui instrumentalisent la Bible pour soutenir une de leurs idées (qui par ailleurs est peut-être excellente).

Qui frappe à la porte : une quête mutuelle

Je ne vois pas ça comme contradictoire, c’est deux versets : je cherche la personne humaine, et la personne cherche Dieu. C’est comme ça entre Roméo et Juliette, je pense. Or, dit le Cantique des cantiques, mais aussi Jésus, quand il parle de « l’époux » qui vient (dans une parabole), Dieu, amoureux de la personne humaine. C’est la même chose, en ce qui concerne la bénédiction : Dieu bénit la personne humaine et l’humanité, et la personne bénit Dieu. C’est alors qu’il y a une alliance bien faite entre les deux, cela crée une articulation entre Dieu et la personne, chacun étant attaché à l’autre, et le laissant libre.

L’articulation entre la Grâce et la Foi

La Bible nous dit que la bénédiction de Dieu est première, que c’est Dieu qui passe 100 ans à chercher ardemment la personne humaine. On appelle cela « la grâce« , car cela n’a pas d’autres causes que l’amour que Dieu a pour nous. À cette grâce peut répondre la foi de la personne. C’est ainsi que, paradoxalement, la théologie chrétienne a souvent dit simultanément que nous sommes sauvés « par la grâce seule », mais aussi que nous sommes sauvés « par la foi seule ». La première affirmation, disant que l’essentiel est bien ce mouvement de Dieu qui nous cherche (il finira de toute façon par nous trouver d’une façon ou d’une autre). La seconde affirmation dit que c’est notre amour pour Dieu, notre recherche de Dieu qui est importante, même si nous n’arrivons pas, ou pas encore, à avoir des actes qui seraient à la hauteur de notre amour.

La sensibilité spirituelle et l’ouverture à la transcendance

Dieu cherche la personne humaine. C’est ainsi qu’il arrive qu’une personne soit frappée par un sentiment religieux alors qu’elle ne cherchait rien. J’en connais qui étaient complètement athées et qui ont été frappées ainsi, entrant ensuite seulement dans une recherche théologique et spirituelle. Pourquoi est-ce que cela arrive ? C’est une question de sensibilité à cet instant. Cela ne veut pas dire que ceux qui ne ressentent rien ne sont pas cherchés par Dieu pour autant. Dieu cherche chaque personne, sans cesse, selon ce qu’il peut trouver comme étant les meilleurs moyens possibles pour ce cas particulier.

Il arrive qu’une personne se questionne sur Dieu et sur la foi, pour telle ou telle raison : c’est peut-être par le témoignage de sa grand-mère, l’écoute d’une cantate de Bach, la vue d’un tableau de Rembrandt, ou l’émerveillement devant le ciel étoilé, ou par la philosophie, par la lecture d’un évangile… peu importe. Depuis que l’humain n’est plus seulement une sorte de cousin du singe, il s’ouvre à la transcendance comme nous cherchons de l’air pour respirer. Dieu frappe, donc, à la porte de notre être, ou plutôt aux portes de notre être : la tête, le sentiment, le cœur, il frappe aux portes de chaque personne, et de chaque parcelle de l’univers (je pense), qu’on le cherche consciemment ou non. C’est sa nature et c’est ce que signifie le fait qu’on l’appelle « créateur » ou « amour ».

Reconnaître la voix de Dieu parmi les illusions

L’humain frappe souvent à la porte de Dieu, chacun selon sa sensibilité et sa culture. Dieu frappe aux portes de l’humain. Ni l’un ni l’autre n’est très facile, tellement l’humain et Dieu sont différents, appartiennent à deux espaces différents. Cela est encore compliqué par le fait que bien des voix et des pulsions frappent à notre porte. Parmi ces voix, Dieu n’est pas toujours facile à reconnaître comme tel. Nous avons l’intuition qu’il y a autre chose que la seule matière dans la réalité, nous cherchons cette « autre chose » comme à tâtons, et nous frappons ainsi parfois à d’autres portes que nous pensons pouvoir être celle de Dieu alors que c’est la porte de nos illusions. Mais le contact se fait finalement assez souvent, chez une majorité de personnes, semble-t-il. Et une certaine relation, que l’on peut qualifier de foi personnelle, peut se faire. Souvent, après un moment intense de communion avec Dieu, vient un temps de retour sur terre, vers notre vie quotidienne. C’est normal. Et puis cette relation à Dieu est en temps sans cesse Elle est sans cesse à approfondir. C’est pourquoi nous ne cessons pas de frapper à sa porte.

Une relation, une alliance

Ensuite, comme dans toute relation, il est bon que ce soit un élan mutuel vers l’autre. Comme Roméo aime Juliette et Juliette aime Roméo. C’est ce qui est exprimé par exemple dans le Cantique des cantiques de la Bible. Et dans ces deux versets que vous avez parfaitement raison de mettre en regard. C’est aussi le cas des trois paraboles de l’Évangile selon Luc au chapitre 15. Jésus annonce une seule parabole et il en raconte trois à la suite : La première est celle d’un berger qui cherche et qui trouve sa brebis perdue qui ne participe pas à cette recherche. La seconde est l’humain à la recherche d’une précieuse part de lui-même. La troisième partie de la parabole est un père qui attend son fils parti au loin, et qui a la joie d’accueillir ce fils venant enfin frapper à sa porte, et ce père part alors rechercher un autre fils fâché dont on ne sait pas s’il acceptera d’entrer… Si l’on isole un seul de ces trois volets de la parabole de Jésus, on pourrait dire que Dieu seul cherche l’homme ou que si l’homme ne cherche pas Dieu, il n’a aucune chance… Il faut tout tenir ensemble dans la complexité et la richesse de l’élan mutuel de Dieu et de la personne pour entrer en relation. Faire alliance.

Dieu vous bénit ainsi.

pasteur Marc Pernot

Partagez cet article sur :
  • Icone de facebook
  • Icone de twitter
  • Icone d'email

Articles récents de la même catégorie

Articles récents avec des étiquettes similaires

8 Commentaires

  1. Natacha dit :

    Ma pensée
    Si quelqu’un cherche Dieu alors cela veut dire que Dieu a déjà trouvé cette personne Le cheminement qui s’en suit est une question de confiance

    1. Marc Pernot dit :

      Grand merci. C’est un peu ce que dit Blaise Pascal dans ses Pensées, Dieu nous dit « tu ne me chercherais pas si tu ne m’avais pas déjà trouvé ». Pour ce qui est de Dieu, il n’a même pas eu à nous chercher, il a toujours été à nos côtés.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *