La question du salut d’un proche athée suscite souvent une inquiétude profonde chez les croyants. À travers un dialogue entre une fille et un pasteur, ce texte explore la distinction entre la croyance intellectuelle et la force de l’amour, offrant une perspective théologique apaisante sur la liberté spirituelle et la bienveillance divine.
Question d’une internaute sur la foi de son père
Bonjour,
Mon père est, ou plutôt était, athée. En effet, j’ai beaucoup prié Dieu pour que sa lumière vienne sur lui. J’ai demandé à mon père de s’ouvrir à la foi et il m’a dit « non c’est bon ». Ensuite je lui ai demandé d’accepter au moins l’éventualité de l’existence de Dieu et il m’a dit qu’il n’est pas complètement fermé à cette éventualité. À votre avis, le salut n’est pas perdu pour lui ?
Réponse du pasteur Marc Pernot
Bonsoir Monsieur,
Bravo pour l’amour que vous avez pour votre père et aussi pour Dieu.
Le salut éternel et l’amour inconditionnel de Dieu
Pour ce qui est du salut éternel de votre père, il est fondé sur l’amour de Dieu pour votre père, amour sans condition, sans chantage, sans examen : purement et simplement parce que Dieu garde chacun de ses enfants et quelqu’un qui aime n’abandonne pas à la mort celui qu’il aime. Donc, de ce côté, aucun problème.
La foi est autre chose : cela aide à bénéficier dès maintenant des bénéfices de l’aide de Dieu. Mais qu’est-ce que c’est qu’avoir la foi ? Jean dit que « quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu, car Dieu est amour » (1 Jean 4:7), Jésus dit que ce ne sont pas ceux qui disent « Seigneur ! Seigneur ! » qui se portent bien mais ceux qui font les œuvres de « son Père qui est dans les cieux », c’est-à ceux qui aiment (Mt 7:21).
Peut-on être athée et avoir la foi ?
Cela montre qu’il n’est pas si évident que, du point de vue de Dieu, votre père n’ait pas du tout « la foi ». C’est un peu plus compliqué que cela. La foi, c’est aimer Dieu, l’aimer, c’est autre chose que de croire en l’existence de Dieu. La question d’être convaincu de l’existence de Dieu est complexe, car que entend-on par « Dieu » ? Ce mot est chargé de bien des choses, de piété populaire, d’imaginaire et de fantasmes ; tout cela est tissé de l’histoire personnelle de votre père, de l’éducation qu’il a reçue, des personnes rencontrées et de ses lectures… Cela fait que, quand on demande à des personnes qui se disent athées en quel Dieu elles ne croient pas, très souvent nous ne croyons pas non plus à ce Dieu-là.
La réponse de votre père est plus profonde : « non, c’est bon ». C’est plus fin. Il dit ne pas avoir besoin de la foi pour trouver sens à son existence. Ou qu’il ne ressent pas le besoin de chercher plus loin. Il a déjà saisi que la foi n’est pas seulement une croyance en un être suprême, mais que la foi est une chose qui apporte à notre existence. Et il dit ne pas en avoir besoin. Il me semble que cela doit être respecté.
Témoigner de son expérience spirituelle avec respect
Mais votre démarche est motivée par l’amour de votre père, vous voudriez le faire profiter de ce que vous apporte la foi à vous. Vous êtes là sur une bonne piste : celle de votre expérience personnelle et comme votre père aime sa fille, il pourrait être intéressé par ce que vous apporte à vous la foi, sans la lui imposer le moins du monde, mais au contraire en l’interrogeant de façon sincèrement intéressée sur ce qui, lui, donne sens à sa vie, quelle visée, quelle ressource pour prendre des décisions essentielles dans sa vie, ce qui le tient debout et le fait se lever le matin…
Mais est-ce que votre père, réellement, n’a pas la foi au sens profond du terme ?
Jean dit : « L’amour est de Dieu, et quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu. » (1Jean 4:7) : si une personne qui aime son prochain qu’elle a sous ses yeux, c’est qu’elle a été touchée par Dieu d’une certaine façon, par les tripes, par le cœur, et donc que d’une certaine façon cette personne a eu connaissance de Dieu de cette façon, et elle est réellement enfant de Dieu, enfant de l’amour, si l’on reprend les termes de Jean : « Dieu est amour« .
La liberté de croire et le sens de la prière
Bien sûr, il est préférable et important de chercher Dieu aussi par son intelligence, dans la prière et la théologie. C’est important car la conscience est une formidable capacité de l’humain pour l’aider à cheminer. Mais ce n’est pas le tout de l’humain.
Si votre père sentait une sorte de pression, ou la moindre menace, afin de tenter de l’obliger à croire en Dieu, ou à le chercher, à le prier… s’il sentait que sa fille était déçue de lui qu’il n’ait pas de recherche consciente de Dieu… Ce serait comme un anti-évangile puisque alors la question de Dieu deviendrait pour lui une menace, et non la Bonne Nouvelle.
Donc, il me semble donc que vous pourriez, sans que ce soit lourd ou insistant, lui glisser à l’occasion la richesse incroyable que vous apporte le fait de vous intéresser à Dieu et de prier. Cela lui donne une piste, tout en le laissant libre de vivre et d’espérer à sa façon à lui. On ne sait pas ce qu’il a pu subir comme mauvais témoignage sur la foi, peut-être même des traumatismes, ou des idéologies athées au point d’en être intégriste (disqualifiant la foi des autres sans nuances). Donc c’est l’amour pour votre père qui doit vous guider, et donc le respect de ses convictions aujourd’hui.
Ensuite, oui, c’est bien de penser à ceux que nous aimons dans la prière. Même si Dieu n’a pas besoin qu’on lui demande de pousser votre père à avoir la foi. Dieu fait certainement déjà tout ce qu’il peut pour le toucher par l’intelligence, par le cœur, par des anges comme vous… Ensuite, Dieu n’est pas du genre à forcer quelqu’un. Peut-on forcer une personne à aimer ? Peut-on forcer une personne à être libre ? à être heureuse ? Alors, à quoi est-ce que cela sert de prier Dieu pour une personne à laquelle nous pensons ? C’est afin que Dieu ouvre des pistes en nous qui sommes en train de le prier, afin que nous sachions mieux trouver ce que nous pourrions faire, dire, être avec cette personne.
Ne vous inquiétez pas : Dieu le bénit, et Dieu vous bénit.
Dieu vous bénit et vous accompagne.








Il reste la peine que l’on ressent, parfois vivement, face à la détresse d’un proche ou d’un moins proche, dont on sait qu’une ouverture à Dieu pourrait atténuer.
Grand merci pour ce message. Heureusement qu’il y a des personnes comme vous qui associent la compassion et la délicatesse, le respect de l’autre. Cela va si bien ensemble, surtout quand nous sommes en situation de croiser une personne qui souffre.