Perspective : « Je ne fais pas le bien que je veux, mais le mal que je ne veux pas. » (Élisabeth Parmentier)

Peinture de Rembrandt représentant un apôtre - Fichier Wikicommons

L’apôtre Paul, selon Rembrandt

N°24 d’Une perspective à la foi
Eglise Protestante de Genève.
Un encouragement à réfléchir, discuter :
par exemple dans les commentaires ci-dessous.

Par : Élisabeth Parmentier
professeure de théologie pratique à l’université de Genève

« Je sais que le bien n’habite pas en moi, c’est-à-dire dans ma nature propre : j’ai la volonté de faire le bien mais je ne parviens pas à l’accomplir. En effet, je ne fais pas le bien que je veux mais je fais au contraire le mal que je ne veux pas. » (Romains 7,19-20)

Encore une de ces formules compliquées comme la théologie les affectionne ? Sommes-nous si incapables ? N’avons-nous pas une conscience pour distinguer le bien et le mal ?

Bien et mal en clair-obscur

Il nous est donné de voir clairement le mal depuis plus d’un mois. Celui qui détruit l’Ukraine paraît savoir très bien ce qu’il fait, et de plus prend soin de se parer d’intention libératrice. Insupportable cynisme ? Folie ? Enfermement d’autoritarisme ? En tout cas s’affiche d’évidence le mal qui détruit, augmenté du mensonge qui travestit le mal en bien.

Mais une telle visibilité du mal est rare, et le paradoxe décrit dans l’épître témoigne d’une fine connaissance des ambiguïtés humaines, qui relèvent plutôt du clair-obscur. Dans la réalité ordinaire, chacun peut se trouver pris entre sa bonne volonté et des décisions qui ne répondent pas à son idéal, ou se terminent mal. Un bien peut dégénérer en mal (trop aimer ou mal aimer peut devenir emprise et manipulation), ou comme le montre l’actualité, un mal peut se trouver des excuses de vertu même face à soi-même. Ou ce qui fut bon pour un temps ne l’est plus à d’autres moments…

L’affirmation majeure : la foi n’est pas une morale

Mais l’affirmation va au-delà du psychologique, ici elle est théologique : plus le fidèle veut « très » bien faire, plus il est confronté à ses limites. L’apôtre parle d’expérience personnelle : s’il a persécuté les chrétiens ce n’est pas en tant qu’incroyant, mais en tant que fidèle, en tant que juif très zélé et très convaincu. Des caractéristiques de ce que nous appelons aujourd’hui une « radicalisation ». Une fois complètement renversée sur le chemin de Damas, sa radicalité fera sa puissance d’engagement et son incomparable courage d’apôtre des nations.

Il ne s’agit pas pour Paul de théologie abstraite, mais du rapport à la « Loi » (les commandements). Il veut montrer qu’il ne suffit pas que les fidèles respectent les commandements. Respecter les prescriptions religieuses ne permet pas d’éviter le dévoiement de la volonté, de la pensée et parfois de l’action, comme le montrent d’innombrables péripéties de l’histoire chrétienne.

C’est pourquoi selon l’apôtre, la foi chrétienne ne dépend pas de l’accomplissement de la loi (ou de bonnes œuvres), mais de la grâce reçue en Jésus-Christ – avec toute la difficulté de recevoir et d’accepter ce qui est immérité ! Certes, la vie croyante est responsabilité et respect de ce que Dieu a commandé. Mais parce que l’être humain y rencontre ses limites, la foi ne peut se contenter d’être une morale.

Le plus : le don de la grâce imméritée

C’est pourquoi toute l’épître aux Romains, inspiratrice de la Réforme, souligne le « plus » qu’est le don divin de la grâce, « gratuit » car
immérité : nous ne sommes pas considérés aux yeux de Dieu en vertu de nos mérites et de nos réussites. Mais nous bénéficions de son amour donné par Jésus-Christ. Le recevoir peut avoir un effet immense. Il n’y a plus besoin de faire-valoir, plus besoin de se justifier. L’esprit de crainte s’efface pour l’esprit « d’adoption » : nous sommes fils et filles de Dieu. Personne ne peut nous prendre cet héritage… si ce n’est nous-mêmes.

 

Élisabeth Parmentier

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Marc Pernot

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