17 novembre 2020

Bible - image de pixabay.com
Lire la Bible

Miracles Bibliques : de la magie ? de la théologie ? de la sagesse ?

Pourquoi les miracles ?

Les récits de miracle posent cependant une difficulté au lecteur de la Bible : certains en font un acte de foi, voire un fonds de commerce. Pour bien d’autres personnes ces miracles sont une offense à l’intelligence, à écarter. D’autres en font une lecture au sens figuré d’une théologie ou d’une sagesse, c’est possible mais ne prend pas en compte cette forme surprenante, même pour l’époque ?

  • Jean-Jacques Rousseau écrit : « Otez les miracles de l’Évangile et toute la terre est aux pieds de Jésus- Christ. »
  • Saint-Augustin, cité par Blaise Pascal, confesse « Je ne serais pas chrétien sans les miracles« .

Pourrait-on réconcilier les deux ?

Un miracle marque une rupture dans ce qui était normalement attendu. Les récits de miracle de la Bible cherchent à explorer ces points qui peuvent être déterminants dans le cours d’une existence humaine, comme des passages en force dans la fatalité. Et l’irruption du divin, de la nouveauté, de l’inattendu.

Comment saisir ce qui pourrait injecter du neuf dans l’enchaînement des événements ? Comment espérer sans se bercer d’illusions, sans verser dans la superstition ? Accueillir les bonnes surprises ?
Pour la personne croyante, cela interroge sa théologie. Pour celle qui a une religion cela interroge sa pratique et son langage. Pour le non croyant cela interroge son rapport au monde. Pour tous, cela interroge notre façon de vivre, de subir et d’agir.

Ensemble des conférences de ce cycle :

  1. La mer comme un passage : Voir ici

    La traversée de la mer rouge puis du Jourdain,
    Jonas au fond d’un poisson au fond de la mer,
    Jésus calme la tempête et marche sur l’eau.

  2. À boire et à manger en abondance : Voir ici

    Moïse et sa baguette magique, la manne, le rocher-source qui marche, le pot de farine jamais vide,
    Jésus change l’eau en vin, multiplie les pains et les poissons, offre sa chair à manger.

  3. Un corps en pleine forme : Voir ici

    Jésus guérit un aveugle, un paralytique,
    un lépreux, un muet, une main sèche
    et même la grippe de la belle-mère de Pierre.

  4. Les morts sortent des tombeaux : Voir ici
    Élie ressuscite un enfant, des ossements reprennent vie,
    Jésus ressuscite la fille de Jaïrus, Marthe et Lazare,
    une foule de morts entrent dans Jérusalem et Jésus est vivant.

Voir aussi, si vous le désiriez :

 

Article que j’ai donné à Heidi News sur ce sujet :

Des textes à dormir debout et à marcher sur l’eau ?

« Alors Moïse étendit sa main sur la mer, l’Éternel refoula la mer toute la nuit par un puissant souffle d’Orient, il mit la mer à sec, et les eaux se fendirent. Les Israélites entrèrent au milieu de la mer à sec, et les eaux furent pour eux une haute muraille à leur droite et à leur gauche. Les Égyptiens les poursuivirent, tous les chevaux du pharaon, ses chars et ses attelages, entrèrent après eux au milieu de la mer… » (La Bible, livre de l’Exode 14:21-22)

Par définition, ces récits bibliques de miracles sont abracadabrants. Ils l’étaient déjà à l’époque. Cela fait partie de l’intention même du texte de présenter le surgissement de l’impossible à imaginer. Ces textes gênent bien des lecteurs, par exemple Jean-Jacques Rousseau qui se dit chrétien malgré les miracles. Personne n’est obligé de lire ce genre de récits au sens matériel comme si notre espérance était de pouvoir passer à pieds secs à travers le Léman entre deux hautes murailles d’eau liquide. Le sujet de la Bible n’est ni la science ni l’histoire mais ce qui fait avancer la vie humaine. Nous le savons au moins depuis Galilée qui, en 1633 face aux intégrismes de l’époque, a pensé si fort « Eppur si muove » (et pourtant elle bouge, la terre, autour du soleil) que le monde entier l’a entendu. Ou presque. Loin d’offenser l’intelligence, ce genre de récits est là pour développer l’intelligence du lecteur, le libérer, l’aider à avancer.

Les textes bibliques ont commencé à naître à peu près à la même époque que la philosophie grecque, vers le VIIe siècle avant Jésus-Christ, et son développement poursuivra jusqu’à la fin du Ier siècle. C’est un étonnant miracle que ces deux formidables bibliothèques. Le dialogue entre les deux va inspirer notre civilisation, de sorte que leurs textes éveillent de puissants échos en nous.

Que faire de ces étranges textes de miracle qui truffent la Bible, à commencer par la Torah et encore plus dans les Évangiles ? Que nous apportent-ils ? Ils ne nous apportent pas des informations, ils nous proposent une formation, ils visent à nous mettre, nous, en route. Ils fonctionnent comme un défibrillateur, faisant un choc afin de nous rendre vivants.

La semaine dernière, quatre émissions des « chemins de la philosophie » sur France culture ont été consacrés à la Bible. À propos de cheminement, le professeur Thomas Römer, spécialiste de la Bible hébraïque, a évoqué ce récit de miracle de la mer ouverte devant les Hébreux, il expliquait qu’il ne faut pas prendre ce récit comme un fait historique, bien sûr, mais qu’il s’agit d’une grande mythologie. Loin de dévaloriser le récit biblique, cela dit l’importance et même la puissance de ces textes pour nous.

Paul Ricœur a beaucoup travaillé cette question. Afin que la métaphore soit vive et non morte, il invite le lecteur à un travail qui suspende le sens littéral du texte pour essayer des idées nouvelles, des valeurs nouvelles, des manières nouvelles d’être au monde. Les récits bibliques de miracles sont particulièrement riches pour cela. Ils nous invitent à ne pas nous résoudre aux limites qui nous semblent pourtant évidentes.

Il suffit de s’intéresser à la science pour voir que ses résultats sont profondément contre-intuitifs, c’est nécessairement le cas de chaque nouvelle découverte puisqu’elle repousse les limites des modèles précédents. Bien des choses possibles aujourd’hui n’étaient pas imaginables il y a seulement quelques générations. Même à l’échelle d’une vie humaine, une rencontre ou une occasion peuvent ouvrir un cheminement que nous n’avions pas imaginé une seconde.

Le récit de miracle nous aide à oser inventer des franchissements inconnus vers d’autres rives. Le récit de miracle nous prépare à reconnaître l’instant juste, la divine occasion qu’en grec on appelle kairos, et peut-être la saisir au passage grâce à cela.

L’humain a cette vocation de produire une réalité nouvelle tout à fait improbable. Hannah Arendt explique cela en montrant que la personne humaine est un commencement, au sens où chaque personne est unique, neuve, infiniment improbable. Ce n’est pas tout, l’humain n’est pas seulement un commencement, il est un commenceur, avec ce double don de la liberté et de l’action, il peut créer une réalité bien à lui, inouïe. Chaque action humaine est ainsi une sorte de miracle. Cela donne le vertige de se découvrir, souvent après coup, capable de cela. Les récits de miracle peuvent nous aider à nous y préparer.

Cette sortie d’Égypte évoquée par le miracle de l’ouverture miraculeuse de la mer est comme une naissance pour le peuple hébreu, une naissance à travers l’eau, comme au début de la Genèse. C’est d’ailleurs pour cela que ce peuple est dit « hébreu », c’est à dire littéralement « traversant ». Ce récit de miracle n’est pas seulement une anecdote. Dans le texte biblique ce miracle dit la façon d’être de l’humain, sa vocation à vivre de génération en génération. Cette traversée de la mer était un commencement pour la génération de Moïse, la génération suivante aura elle aussi avec Josué sa traversée miraculeuse à faire au Jourdain, et chaque humain est confronté dans une certaine mesure à la nécessité d’ouvrir une brèche comme par miracle à travers les eaux du chaos et du monde qui, autour de lui semble suivre son cours de façon inéluctable.

Il est possible de traduire ces miracles en termes de théologie, de philosophie et d’éthique grâce à une lecture allégorique. C’est souvent bien intéressant. Pour le croyant il est en effet utile et salutaire de se demander en quel Dieu il croit en vérité, et ce qu’il en attend. Pour l’incroyant il est utile et fécond de chercher de la même façon ce qui est pour lui source de vie, de mouvement et d’être. Il n’est pas inutile de nous demander aussi ce que sont pour nous les forces du pharaon qui cherchent à tout prix à nous empêcher de devenir libre, et qui seront par miracle « neutralisées » par les murailles de la mer se refermant sur elles… Ces recherches de traduction des récits de miracles sont enrichissantes, mais la force de ces récits dépasse cette rationalisation. Ils ont pour but de nous faire réfléchir, certes, mais aussi d’ouvrir en nous les portes d’un désir de vivre tout neuf, d’un désir d’inventer la vie et de faire des miracles, de passer vers d’autres façon d’être, et pour cela d’ouvrir la mer, de marcher sur l’eau, d’ouvrir des sources nouvelles dans les déserts, de faire pleuvoir des pains, de guérir des infirmités, de chasser des démons, et même de ressusciter, d’une certaine façon.

par : pasteur Marc Pernot

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