Peut-on sérieusement croire en la Résurrection ? par Kévin Buton-Maquet

Resurrection - Giordano Luca (1632–1705)

N°15 d’Une perspective à la foi
Eglise Protestante de Genève.
Un encouragement à réfléchir, discuter :
par exemple dans les commentaires ci-dessous.

Vous êtes-vous déjà trouvés en position de devoir présenter le contenu de votre foi chrétienne à une personne de bonne volonté, curieuse de vous entendre mais peu au fait en matière de religion ? Quand je m’y essaye, en général les choses se passent bien tant que j’en reste au message d’amour et d’acceptation de Jésus, bref à ce fond éthique qui est d’autant plus audible à mon interlocuteur qu’il a eu plusieurs siècles pour se diluer dans notre culture. Mais les choses se gâtent lorsque la Résurrection s’invite dans la conversation. On prend un air surpris : « Comment, tu crois vraiment à ça, toi ? », et je me retrouve quelque part entre l’ufologue et le raélien. Voici le dilemme : d’un côté, nous tenons à la Résurrection. Nous sommes encore sous le coup de l’avertissement de Paul : « Si le Christ n’est pas ressuscité, votre foi est vaine » (1 Co 15, 17). De l’autre côté, la Résurrection est proprement de l’ordre de l’incroyable. On veut bien me passer un ou deux miracles, mais qui peut sérieusement croire à cette théologie de morts-vivants ?

Mais qu’est-ce seulement que croire ? Nous comprenons souvent la croyance comme un assentiment que nous accordons à une proposition, comme par exemple celle-ci : « Jésus a été relevé d’entre les morts ». Mais quelle preuve pourrions-nous bien apporter de la vérité de cette proposition ? Disons-nous cela sur la base d’un raisonnement logique ? Certes non, quoique bien des ouvrages de dogmatique aient été écrits qui semblent vouloir faire entrer la Résurrection dans le casier qu’on a préalablement étiqueté pour elle. Fascinatio logicae. Disons-nous alors cela sur la base d’une expérience ? Sans doute, mais une expérience de deuxième degré, puisque ce n’est pas nous qui avons fait l’expérience d’un Christ vivant, mais des femmes et des hommes qui ont vécu il y a deux mille ans. L’expérience de la Résurrection ne nous est pas directement accessible comme elle a pu l’être aux apôtres – et l’a-t-elle été à eux-mêmes ? Nul n’était présent au tombeau, et les Évangiles nous présentent l’expérience de la Résurrection comme une arrière-pensée, une pensée de l’arrière, un événement dont on ne prend conscience qu’après coup. C’est cette conscience à retardement qui fait revenir les pèlerins d’Emmaüs sur leurs pas, c’est elle qui pousse Thomas à retourner dans la maison où les apôtres se terrent. Si donc on me réclame les preuves de ma croyance, combien maigre sera la moisson !

Or, il ne s’agit pas d’établir l’existence factuelle de la Résurrection sur la base de données d’expérience. Si ces données ont existé, elles nous sont à jamais inaccessibles. Il faut plutôt se demander s’il est rationnel que celles et ceux qui ont fait cette expérience, interprétée comme le signe d’un Christ vivant parmi eux, se soient convertis et aient décidé de conduire leur existence à la lumière de cette expérience. Selon cette perspective, la croyance ne porte pas sur une proposition extérieure à l’individu, mais elle désigne une certaine attitude, une façon d’agir. Les apôtres, confrontés à une expérience religieuse dont l’écho seul nous est encore perceptible, ont décidé de faire confiance. La question nous est posée à nous aussi, par-delà les siècles, dans les silences du texte. Si nous découvrons en nous la même propension à la confiance, il n’y a rien que de raisonnable à croire en cet écho, et à le laisser transformer nos vies comme il le fit pour tant d’autres. Alors, peut-on sérieusement croire en la Résurrection ? Nous pouvons sérieusement vivre notre foi chrétienne, et c’est cette vie retournée par le Christ qui nous fait dire – non sans risque, non sans pari – qu’il faut bien que ce Jésus, qui fut crucifié, se soit relevé d’entre les morts.

Kévin Buton-Maquet,
philosophe et étudiant en théologie

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5 réponses

  1. Cher Kevin,

    Merci pour cette réflexion qui ­— comme je la comprend — est une invitation à faire l’expérience d’une « vie retournée par le Christ » (j’aime beaucoup cette expression!) en osant la confiance, et quelque part ainsi goûter à la résurrection. Alléluia !

    La question que je pose après n’est qu’un détail par rapport à cette interpellation fondamentale.

    Est-ce que ce « retournement » de notre vie ne peux pas aller jusqu’à retourner notre pensée aussi ? Est-ce que « l’incroyabilité » de la résurrection ne devrait pas interroger notre « crédulité » dans d’autres domaines, et retourner notre épistémologie — notre machine à produire les savoirs et croyances que nous tenons pour acquis — si elle est déficiente sur un point aussi central que celui de la résurrection? (Je me permets de signaler une réflexion dans ce sens ici: https://www.theologeek.ch/2013/03/02/la-resurrection-et-la-foi-de-lhistorien )

  2. Pascale dit :

    Avec une lecture littérale, c’est de toute façon toute la Bible qui est incroyable, et pas seulement la résurrection. Si je devais expliquer ma foi à une personne dépourvue de culture religieuse je ne parlerais absolument pas de la résurrection, non pas forcément par peur de paraître ridicule, mais parce qu’elle ne me parait pas essentielle de prime abord ; l’essentiel de la foi chrétienne est le message contenu dans les évangiles.
    À mon avis, la perception que l’on a de Jésus et de sa mission peut influer sur la perception que l’on a de la résurrection. Si on pense que la mission de Jésus (et donc le projet de Dieu) est de réconcilier l’humanité avec Dieu, de révéler un Dieu qui aime, qui pardonne, sans aucune condition, et de montrer ce que Dieu espère de chacun, on peut alors raisonnablement penser qu’il aurait mieux fallu qu’il vive le plus longtemps possible plutôt que de mourir comme un malfaiteur au bout de trois ans, et que dans ce cas nul besoin de croix, ni de résurrection. Pour moi (en tout cas je n’arrive pas à la comprendre autrement) le but de la résurrection est de contrecarrer l’échec apparent de la croix. Elle est une expérience mystique, initiée par Dieu, vécue uniquement par des proches de Jésus et suffisamment forte pour les sortir de leur abattement et les mobiliser pour aller répandre l’Évangile. Sans cette expérience, le passage de Jésus sur terre aurait probablement sombré dans l’oubli, la foi des apôtres aurait été vaine et la nôtre n’aurait pas existé.
    Pour finir je voudrais ajouter que, sans vivre dans un milieu intégriste, exprimer dans mon entourage une opinion selon laquelle la résurrection n’est pas une réalité matérielle et qu’elle n’est pas fondamentale pour ma foi est totalement inaudible et donc je me tais.

    • Marc Pernot dit :

      Bon courage !
      En même temps c’est triste de ne pouvoir échanger en sincérité avec ses proches. Le problème n’est pas tant alors celle de l’opinion de chaque personne, même sur un point comme celui-ci, que le respect et l’écoute de l’autre. C’est un peu la question que je cherchais à creuser dimanche dernier dans la prédication où Jésus lui aussi était incompris de ses proches.

      • Pascale dit :

        Oui, c’est un peu triste. Mais dans un même temps je n’oublie que j’étais aussi ainsi : très souple sur certains aspects, très rigide sur d’autres, avec une ligne rouge à ne pas franchir.

        • Marc Pernot dit :

          Ça me semble tout à fait normal. Ensuite la question est de gérer ce que nous devenons quand notre ligne rouge est franchie. Que Dieu nous soit en aide.

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