Le projet de Dieu, selon Jésus : « Ils respecteront mon fils ! » (Matthieu 21:37)

Peiture du XIVe siècle représentant Jésus portant sa croix (Simone Martini)

Par : pasteur Marc Pernot

Puisque les fêtes de Pâques se profilent, et que nous les passerons probablement au balcon ou à la maison, je vous propose de lire un des rares passages où Jésus explique comment il comprend sa mission, commençant à devenir passablement dangereuse :

Jésus dit cette parabole : Il y avait un maître de maison qui planta une vigne. Il l’entoura d’une haie, y creusa un pressoir et y construisit une tour, puis il la loua à des vignerons et partit en voyage. 34A l’approche des vendanges, il envoya ses serviteurs chez les vignerons, pour recevoir les fruits de la vigne. 35Les vignerons prirent ses serviteurs ; l’un, ils le battirent ; un autre, ils le tuèrent ; un autre encore, ils le lapidèrent. 36Il envoya encore d’autres serviteurs, en plus grand nombre que les premiers ; les vignerons les traitèrent de la même manière. 37Enfin le maître leur envoya son fils, en disant : « Ils respecteront mon fils ! » 38Mais quand les vignerons virent le fils, ils se dirent : « C’est l’héritier ! Venez, tuons-le, et nous aurons son héritage. »

Évangile selon Matthieu, chapitre 21

Voilà comment Jésus comprend le projet de Dieu quand il lui adresse sa vocation, sous les traits du maître de la vigne de cette parabole : « Ils respecteront mon fils », et ils arrêteront ainsi de faire n’importe quoi de cette vigne que je leur ai confiée.

Dans un sens, on peut dire que ce projet était très optimiste, et a largement échoué. Mais il est trop tôt pour le dire, ce projet étant encore en cours. C’est pourquoi l’Évangile garde sa pertinence 2000 ans après, interpelant le lecteur sur sa réponse à lui au geste du Père et à l’appel du Fils…

Cette parabole est pour moi fort touchante, rescapée d’une rédaction de l’Évangile présentant parfois la mort de Jésus comme voulue par Dieu ! J’ose y reconnaître une parole de Jésus lui-même prise en note ou gardée en mémoire par un auditeur fidèle de Jésus expliquant à son cercle de disciple sa détermination à continuer à avancer malgré les risques croissants, et comment il comprend l’exécution qu’il va probablement subir. Cette parabole nous permet de dire que Dieu ne voulait certainement pas cette mort, il voulait que son fils soit respecté et entendu. Selon l’Évangile de Luc, Dieu n’était pas bien sûr que ça marcherait, dans sa version, Jésus fait dire au maître : « peut-être respecteront-ils mon fils ? » (Luc 20:13). Selon l’Évangile de Matthieu Dieu pensait vraiment qu’en voyant et entendant le Christ, l’humanité respecterait Jésus et se réconcilierait avec lui-même.

À quoi sert donc la mort du Christ ? Elle est en tout cas un scandale pour Dieu. Elle est un terrible gâchis, une injustice sans nom à ses yeux, comme aux nôtres. Dieu ne voulait pas cela, lui qui ne veut que du bien aux coupables, comment pourrait-il vouloir qu’un innocent soit torturé à mort ? Personne ne voudrait que son fils subisse la torture et la mort.

Après que son fils ait été exécuté, comment est-ce que réagit le maître de la vigne dans cette parabole ? Jésus raconte le début de la parabole puis il demande aux gens de deviner la suite. Tout le monde trouve normal que le maître de la vigne réagisse en écrabouillant les coupables après ce crime abominable. Mais Dieu n’agira pas comme cela après l’exécution du Christ. C’est une surprise. Un Dieu qui peut pardonner même cela. Un Dieu qui réagit face au mal par l’amour. Un Dieu qui veut surmonter le mal en ajoutant toujours plus de bien, e pardon, d’amour.

Voilà comment la croix du Christ peut nous sauver : si elle nous persuadait vraiment de l’amour de Dieu, et que cet amour est la vraie réponse à la haine. Cet amour est manifeste en Jésus de Nazareth quand il accepte d’aller jusqu’au bout par amour pour humanité pour manifester l’amour de notre Père à tous. Cet amour de Dieu est particulièrement clair quand l’humanité tout entière rejette son fils, l’abandonne, le renie, et le frappe, et le tue, et l’oublie. Dieu est le premier, le seul à véritablement respecter son Fils. Il respecte même chacun de ses enfants, sans condition, même quand ils persécutent et maudissent le Maître légitime de cette vie : leur Dieu.

pasteur Marc Pernot

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