
« Jésus prit les sept pains et rendit grâce, les rompit et les donna… » (Marc 8:6)
Verset :
↪ « Jésus prit les sept pains et rendit grâce, les rompit et les donna à ses disciples pour qu’ils les distribuent »
(Marc 8:6)
Et, vous connaissez l’histoire, ces 7 pains suffiront à rassasier 4 000 personnes avec encore 7 corbeilles pleines des restes. Au sens matériel, cela supposerait une création d’énergie faramineuse, la fameuse équation d’Einstein E=mC2 permet d’évaluer cette énergie à celle produite par une centrale nucléaire pendant 2 278 ans. De plus, si Jésus pouvait créer ainsi 4 000 pains en un clin d’œil, comment se fait-il que chaque jour des milliers d’enfants meurent de faim ? Cela ferait douter de la bonté de Dieu.
Du miracle matériel au sens spirituel
Il existe un très très ancien principe d’interprétation de la Bible qui dit que quand un passage est invraisemblable au sens matériel cela nous invite à le lire au sens spirituel. L’histoire de ces 7 pains me semble alors bien plus intéressante car elle nous concerne dans notre vie de foi de tous les jours.
Le chiffre 7, lu comme étant 4 + 3, évoque l’union harmonieuse des réalités de ce monde (le 4) et de l’Esprit de Dieu (le 3). C’est la bénédiction de Dieu qui scelle cette union en créant un lien, une communication, une articulation entre ces deux dimensions. C’est particulièrement le cas dans notre personne, dans notre vie quotidienne. C’est dans notre âme que s’organisent cette union fonctionnelle par la bénédiction de Dieu reçue.
La métaphore de la nourriture et de la grâce
Ici, ce sont des pains qui sont qualifiés de 7 : cette bénédiction de la matière par l’Esprit est à prendre et à manger comme du bon pain, elle est une véritable nourriture pour notre être. C’est une invitation à prendre de ce pain comme le fait Jésus : c’est faire attention à cette matière, notre existence en ce monde, que l’Esprit de Dieu a transformée en bénédiction, c’est nous en saisir, en goûter la saveur de ce monde et la puissance de l’Esprit qui a fait lever cette pâte en source de vie. C’est nous saisir de ce prodige absolument hallucinant et rendre grâce, comme le fait Jésus. C’est l’émerveillement, la louange à Dieu.
Le plus prodigieux est que cette bénédiction et cet émerveillement se multiplient dans la mesure où nous les donnons à d’autres, et qu’il nous en reste alors plus encore pour nous. Cela est un fait d’expérience bien réel.
par : pasteur Marc Pernot
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En écho à ce texte :
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Ils oublièrent de prendre des pains, Jésus les fait travailler leur mémoire. (Marc 8:11-21)
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« Il y a ici un jeune garçon qui a cinq pains d’orge et deux poissons… » (Jean 6:9)
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Jésus : « Je suis le pain de vie, celui qui vient à moi n’aura jamais faim, jamais soif. » (Jean 6:35)



Jésus prit les sept pains et rendit grâce
Je suppose qu’il s’agit d’un rite, mais venant de Jésus, on ne peut pas imaginer qu’il n’habite pas son geste. Je trouve cela génial, et pas si simple : à la fois se donner des rites réguliers et ne pas en faire quelque chose de machinal.
Chère Pascale, oui, vous avez raison, dans le milieu dans lequel Jésus vivait, il était tout à fait usuel de bénir Dieu avant le repas. Ce n’ets pas le pain qui est bénit, bien sûr, mais Dieu pour le bénit, le remercier, particulièrement pour le pain : « Béni sois-tu, Éternel notre Dieu, Roi de l’univers, qui fais sortir le pain de la terre » et il y avait aussi une bénédiction de Dieu pour le vin « Béni sois-tu, Éternel notre Dieu, Roi de l’univers, qui crées le fruit de la vigne« .
C’est ce que nous retrouvons dans les bénédictions, les actions de grâce (eucharistie, en grec) des premiers chrétiens, comme en témoigne la « Didachè » vers la fin du premier siècle : « Nous te rendons grâce, notre Père, pour la sainte vigne de David, ton serviteur, que tu nous as faite connaître par Jésus, ton serviteur. À toi la gloire dans les siècles ! Nous te rendons grâce, notre Père, pour la vie et la connaissance que tu nous as faites connaître par Jésus, ton serviteur. À toi la gloire dans les siècles ! de même que ce pain dispersé sur les montagnes a été rassemblé pour devenir un seul tout, de même que ton Église soit rassemblée des extrémités de la terre. » (Didachè 9)
Ce récit pourrait-il être un midrash, au sens des 4 niveaux de lecture juifs, dont nous parlait notre prof, Danielle Cohen-Levinas, dans ses cours à Lausanne?
Complètement, oui !
Danielle Cohen-Levinas est une magnifique penseuse, et effectivement, cette lecture midrashique me semble essentielle pour lire bien des passages des évangiles, et aussi de certains passages de la Bible hébraïque. Cette lecture n’est pas très à la mode, hélas, dans les églises chrétiennes, je ne sais pourquoi, je n’ose penser que ce serait par antisémitisme plus ou moins conscient (hélas très conscient chez Luther), mais juste par méconnaissance. Le midrash est pourtant explicite dans le sein même du Nouveau Testament et pourtant méprisé par certains exégètes. Pas par tous.
L’explication qu’en donne Jésus lui-même de ses multiplications des pains tourne complètement et explicitement sur la question des nombres. C’est une interprétation midrashique. Voir peut-être cette prédication : Ils oublièrent de prendre des pains, Jésus les fait travailler leur mémoire. (Marc 8:11-21)
Cet ancien principe d’interprétation de la Bible qui dit que quand un passage est invraisemblable au sens matériel, cela nous invite à le lire au sens spirituel, remonte au moins à Philon d’Alexandrie (contemporain de Jésus), s’inspirant d’exégètes juifs plus anciens. L’apôtre Paul a été formé « aux pieds de Gamaliel » (Actes 2:23), célèbre exégète pharisien (petit-fils d’Hillel l’Ancien) qui pratique le Drash : recherche du sens au-delà de la lettre du texte. Cela se remarque souvent, par exemple, typiquement dans ce passage : « Il est écrit dans la loi de Moïse : Tu ne muselleras pas le bœuf qui foule le grain. Dieu a-t-il souci des bœufs ? En réalité, n’est-ce pas à cause de nous qu’il parle ainsi ? » (1 Corinthiens 9:9-10), ou quand il dit que le rocher-source qui suivait les Hébreux dans le désert était le Christ…
Après Philon, on retrouve ce principe explicitement exprimé dans le christianisme de l’Antiquité par Origène, Ambroise, Augustin… et au Moyen Âge avec la lectio divina, et l’immense philosophe Maïmonide. À vrai dire, ce sont hélas les réformateurs qui se sont méfiés de cette lecture multiple dans le cadre des controverses théologiques car il leur semblait que l’écriture devenait alors comme un « nez de cire » que l’on peut tordre dans le sens que l’on veut. Mais cette réticence est exagérée, Luther disant lui-même lire l’entièreté de la Bible avec cette unique « grille de lecture » spirituelle : le Christ, et Jésus-Christ crucifié (1 Corinthiens 2:2).
Belle étude de la Bible,
Dieu vous bénit et vous accompagne.
Marc