prédication (message biblique donné au cours du culte)
à Genève, le dimanche 15 octobre 2023,
par : pasteur Marc Pernot
Des commentaires choquants
Bien des commentaires de ces paroles de Jésus me remplissent de perplexité, ils disent souvent que la prime reçue par ceux qui ont travaillé est le ticket d’entrée pour le Royaume des cieux. Ils disent que, certes, Dieu est plein d’amour en offrant l’entrée dans la vie éternelle, mais que ce salut de Dieu serait sous cette condition : avoir été là pour répondre à l’appel et travailler pour Dieu au moins une heure. Tant pis pour les autres, ils n’avaient qu’à pas rater le coche. Cette lecture est pour moi très choquante, pour plusieurs raisons.
D’abord parce que selon cette lecture, une personne qui serait née handicapée mentale dans une famille athée, ou quelqu’un qui a été victime de l’intégrisme religieux : ces personnes auraient infiniment moins de chance de réussir l’examen d’entrée qu’une personne née dans un milieu aimant, priant et réfléchissant. Or jamais Jésus ne punirait les malchanceux à la loterie de la vie.
Cette lecture est aussi choquante car elle est menaçante, ça n’encourage pas à aimer. Cette lecture est choquante car elle inquiète le croyant sincère à qui l’on fait croire que dans la vie future il serait séparé ce ceux qu’il aime et qui ne s’intéressent pas à Dieu ! Quelle triste théorie alors que l’amour est de toute façon plus fort que la mort.
Cette lecture de la parabole de Jésus est choquante enfin parce qu’elle ne respecte pas ce qui est marqué dans le texte.
Quel est le « Royaume des cieux » selon Jésus ?
Lisons donc ce que Jésus dit ici du Royaume des cieux. Laissons nous peut-être étonner par rapport à ce que nous avons toujours entendu.
Jésus dit : « Le Royaume des cieux est semblable à un humain, maître de maison, qui sort dès l’aube embaucher des travailleurs dans sa vigne. »
Explicitement, le « Royaume des cieux » est donc l’action de Dieu sortant pour chercher des personnes. Le « royaume des cieux » n’est pas un lieu, ce n’est pas une récompense, « le Royaume » c’est l’action de Dieu. Ce n’est pas très étonnant, Jésus passe son temps à le dire. Dans toutes les paraboles de Jésus, le Royaume de Dieu est comparable à une personne qui fait quelque chose.
Le salaire de l’ouvrier dans cette parabole est seulement la somme nécessaire pour vivre une journée en ce monde, un denier. Il concerne la vie en ce monde. Quand on s’imagine que ce serait le ticket d’entrée dans la vie future, cela ne vient pas du texte mais c’est l’antique histoire d’Orphée qui imprègne encore l’inconscient du lecteur de ce texte, avec la théorie de la rétribution. Cette cruelle théorie a été hélas reprise dans des églises depuis fort longtemps car elle est fort efficace pour dresser les foules, c’est la pédagogie de la carotte et du bâton, plaçant la victime de ces prêches devant le choix entre une merveilleuse vie future ou l’horreur de tortures éternelles. Le fidèle tremblant devant cette rhétorique est alors invité à mieux suivre tout ce que diront les responsables religieux.
Ce n’est absolument pas ce que dit ici Jésus. Il dit Que le « royaume des cieux » est l’action inlassable de Dieu en notre faveur. « Dieu sort » pour chercher l’humain et l’embaucher dans son équipe : cette image de Dieu est choquante pour un grec, où le service de l’autre est digne d’un esclave, mais cela reflète bien la conception de Dieu que présente Jésus-Christ en se faisant lui-même serviteur, lavant les pieds de ses disciples.
Dès l’aube, dès le début de la création, Dieu ne cesse d’être à la recherche de l’humain, encore et encore, même de la plus perdue des brebis perdues, nous dit Jésus dans une autre parabole.
Voilà ce que l’on appelle « le Royaume des cieux », c’est tout simplement Dieu faisant son travail de Dieu, Dieu qui se bouge, qui se rend proche, qui nous cherche, Dieu qui aime et donc qui travaille à sauver chacun de ses enfants, même les grognons, même les jaloux, même ceux qui sont restés dans une logique comptable du salut, ceux qui se comparent avec les autres, comme dans la parabole. Et pour ce qui est de la vie future, faisons confiance à Dieu c’est son affaire de garder en vie chacun de ses enfants, maintenant et plus tard.
C’est le premier point, la première action de Dieu. Il part nous chercher afin de nous enrichir, nous dit Jésus.
Entrer dans la vigne du Seigneur
Ensuite, c’est vrai que dans cette parabole de Jésus, à chaque fois que Dieu rencontre une personne, il lui donne une mission bien précise, la même à chaque fois, et cette mission c’est « d’entrer dans la vigne », pas plus. Quelle est donc cette mission essentielle, première ? C’était évident pour les auditeurs de Jésus et encore pour les lecteurs de l’Évangile selon Matthieu, rédigé à l’origine en hébreu pour des juifs. Dans la Bible « La vigne du Seigneur » c’est le peuple d’Israël (Ésaïe 5:7, Ps. 80, Jér. 2 et 12). En Christ cette « vigne du Seigneur » ce sont « toutes les familles de la terre » (Gen. 12:3).
Notre mission est donc d’entrer dans ce corps qu’est l’humanité, saisir que nous y avons notre place. Et ensuite ? Il n’y a pas d’autre mission donnée à chaque ouvrier. Chacun fera alors naturellement ce qu’il a à faire dans la vigne selon son propre charisme. C’est comme dans un corps, l’œil n’a pas reçu l’ordre de voir, ni l’oreille d’entendre, ils le font spontanément, de bon cœur, si je puis dire.
Entrer dans la vigne, c’est cultiver l’humain. Le mot « travail » retrouvé sous de multiples formes dans ce texte est le mot ergon (ἔργον) qui est employé dans la Genèse pour parler de Dieu créant le monde (Gen. 2 :2-3). En ce qui concerne l’humanité, quand Dieu dit « créons l’humain à notre image », c’est à l’humain qu’il s’adresse, Dieu travaille inlassablement à créer l’humain, et ici nous le voyons inlassablement nous appeler à être la vigne, et qu’avec lui nous travaillions à créer une humanité plus juste et plus fraternelle, où chacun a sa place pleine et entière.
Une humanité en évolution
La vigne désigne dans la Bible l’humanité. Une vigne ne produit de bons fruits que grâce à une belle collaboration entre le travail de Dieu et le travail des humains, les mil est un travaux pour qu’une vigne soit en forme et produise de bons fruits. Dieu, lui, y travaille depuis l’aube de la création, avant même le premier rais de lumière dans le monde. Reste à embaucher les humains, tous, chacun.
Vient ensuite dans la parabole une question d’heure du jour, de l’aube jusqu’à la dernière heure qui se situe entre la 11e et la 12e heure à la tombée de la nuit. Cela aussi nous parle de l’histoire de la création de Dieu encore en cours. En Christ nous sommes dans cette dernière heure, comme le dit Jésus, « mon heure est venue », « elle vient et elle est déjà là » (Jean 2:4, 7:6, 12:23) l’heure de créer avec Dieu l’humanité telle qu’il l’espère.
Nous avons la chance d’arriver dans cette dernière heure, celle où Christ vient d’être manifesté, car nous sommes les premiers à voir en Christ l’humanité accomplie. Aujourd’hui, notre heure est donc venue, celle où Dieu nous supplie de prendre notre place dans sa vigne qui est aussi notre vigne.
Le scientifique et explorateur Théodore Monod faisait remarquer que l’humanité est toute jeune dans l’histoire de l’évolution de l’univers, qu’il est donc normal que notre développement n’en soit qu’à ses balbutiements, que nous soyons encore préhominiens. C’est vrai. Sauf que le temps est vraiment venu de poursuivre notre évolution. Aux temps préhistoriques, nous étions un prédateur comme l’est un loup dans la steppe ou un lion dans la savane, c’était normal. En quelques centaines de milliers d’années, notre puissance d’action a tellement évolué qu’il devient urgent que nous sortions un petit peu de la barbarie. C’est vrai que dans toutes les cultures et religions il existe des individus qui ont atteint une certaine stature morale et spirituelle qui nous laisse entrevoir ce que serait un humain plus abouti. C’est encourageant, nous avons à évoluer ainsi, vers une humanité améliorée, pacifiée, équilibrée, fraternelle. Il y a du boulot à faire, Dieu a un ardent besoin d’ouvriers travaillant dans sa vigne. Ce n’est pas une question de vie future, c’est afin que nous vivions et soyons heureux maintenant sur cette terre.
C’est à cela que nous appelle Jésus dans cette parabole. Et notre mission, en premier lieu, c’est d’« entrer dans la vigne » : c’est de nous sentir partie prenante de « la vigne » au singulier, prendre conscience que tout se tient dans l’humanité, et même que tout se tient dans l’univers. Comme le dit à sa façon Victor Hugo dans les Misérables : « L’irradiation de l’astre profite à la rose, et aucun penseur n’oserait dire que le parfum de l’aubépine est inutile aux constellations. »
Entrer dans la vigne. Sentir que nous y avons notre place, nominative, d’enfant aimé, d’héritier responsable de l’entreprise familiale, co-héritier avec le Christ (Ro. 8:17), et co-créateur de l’humain (1Co. 3:9), nous dit Paul.
Philosopher et se sentir appelé par Dieu
Encore une fois, ce n’est pas afin d’être digne du salut de Dieu que nous entrons maintenant dans la vigne, c’est l’inverse : nous y entrons dans la mesure où nous sentons que Dieu nous a préparé notre place dans la vigne et qu’il a besoin de nous maintenant.
Entrer dans cette démarche vient progressivement. Jésus nous montre que cela commence en sortant un instant de notre petite zone de confort pour aller sur la place, là où les humains se croisent, commercent, discutent comme à Athènes ou Appenzell. C’est sur l’agora que philosophaient Socrate, Platon, Aristote, Diogène, les Stoïciens et les Épicuriens qui discutent avec l’apôtre Paul (Actes 17). Sortir, discuter, philosopher, chercher ce que nous pourrions faire de juste et de bon. C’est la première étape, celle d’aller sur la place et de chercher avec d’autres. Vient ensuite cet appel de Dieu, ce souffle d’Esprit qui nous fait sentir comment nous avons notre place dans cette œuvre de Dieu travaillant à créer une humanité plus évoluée. Notre heure est venue, avec cette invitation de Dieu à entrer vraiment dans la vigne, et la joie de faire alors ce que nous pourrons faire ensemble avec Dieu.
20:1Le Royaume des cieux est semblable à un humain, maître de maison, qui sort dès l’aube embaucher des travailleurs dans sa vigne. 2S’entendant avec les ouvriers sur un denier pour la journée, il les envoya dans sa vigne. 3Puis, étant sorti aux environs de la troisième heure, il vit d’autres qui se tenaient sur la place, sans travail, 4et il leur dit : Allez, vous aussi dans la vigne, et je vous donnerai ce qui est juste 5 et ils (y) partirent. Sortant de nouveau aux environs de la sixième heure, puis de la neuvième, il fit de même. 6Sortant aux environs de la onzième heure, il trouva d’autres qui se tenaient là et leur dit : Pourquoi êtes-vous restés là tout le jour sans travailler ? 7Ils lui répondirent c’est que personne ne nous a embauchés.” Il leur dit : Allez, vous aussi dans la vigne.”
8Le soir venu, le maître de la vigne dit à son intendant : Appelle les ouvriers, et remets à chacun son salaire, en commençant par les derniers pour finir par les premiers. 9Ceux de la onzième heure vinrent et reçurent chacun un denier. 10En venant, les premiers pensèrent qu’ils recevraient davantage, et ils reçurent, eux aussi, chacun un denier. 11En le recevant, ils murmuraient contre le maître de maison, disant : 12“Ces derniers venus n’ont travaillé qu’une heure, et tu les traites comme nous, qui avons supporté le poids du jour et la chaleur.” 13Il répondit à l’un d’eux : Ami, je ne suis pas injuste envers toi, n’est-ce pas sur un denier que nous nous étions entendu ? 14Emporte ton denier et va. Je veux donner à ce dernier autant qu’à toi. 15Ne m’est-il pas permis de faire ce que je veux de mon bien ? Ou alors ton œil est-il mauvais parce que je suis bon ? 16Ainsi les derniers seront premiers, et les premiers seront derniers. »
Ésaïe 5:7
La vigne de l’Éternel c’est la maison d’Israël, et les hommes de Juda sont le plant qu’il chérissait. Il avait espéré comme fruits de la droiture, et voici du sang versé ! Il avait espérée de la justice, et voici des cris de détresse !
Merci beaucoup pour cette très belle prédication !
Je suis d’accord et je trouve que c’est de plus très bien exprimé et formulé comme la plupart de vos articles et réponses aux questions.
J’ai fait moi-même spontanément en lecture directe de la Bible cette interprétation de la récompense dans la vie future.
Mais en fait, il me semble que rien n’est dit de ceux qui n’ont pas travaillé : la parabole parle seulement de ceux qui ont été embauché. Donc même avec cette interprétation concernant la vie future espérée (et espérée au terme naturel biologique), on verra bien effectivement ce qui se passera dans la pratique en confiance en Dieu d’amour dans l’espérance qu’il existe bien.
Et donc à présent concernant l’autre interprétation de ce texte comme un des textes faisant le lien entre la vie quotidienne et le Royaume des Cieux, pour chaque jour si on veut, pour aujourd’hui chaque jour. Je voudrais questionner l’aspect « salaire », d’une valeur d’un denier, soit ce qui permet de vivre une journée : si nous croyons que salaire il y a, il s’agit alors d’une interprétation mystique : cela consiste à croire à une action créatrice immanente de la part de Dieu, a priori en nous, et co-créatrice.
Les différents ouvrières et ouvriers pourraient être en fait des façons de vivre la journée quotidienne : de la vivre en cherchant à être embauché par le Seigneur, pour cooeuvrer à la finalité et à l’action créatrice et pro-vie dans l’Univers de l’action immanente de Dieu. En consacrant soit toute la journée, soit une partie de la journée, soit une toute petite partie de la journée à ce projet.
Cela me fait penser à l’autre parabole de l’évangile selon Matthieu avec les demoiselles d’honneur de la mariée qui attendent le soir, à la nuit tombée, le retour du marié pour entrer dans la maison et célébrer le mariage, et où seules celles qui ont prévu de l’huile d’onction sont reçues. Ces demoiselles d’honneur de la mariée pourraient symboliser chaque jour, chaque soir, nos différentes trames d’activités quotidiennes : celles en alliance avec le Seigneur, avec le projet de création divine, sont celles qui ont pris de l’huile d’onction avec elles, pour entrer dans la fonction christique de coopération, d’alliance, d’union ou communion dans la distinction et sans mélange avec Dieu.
Ouvriers embauchés ou qui ne se font pas embauchés et demoiselles d’honneur de la mariée pourraient alors renvoyer dans les deux cas à nos propres démarches et actions au cours de la journée : lesquelles sont en coopération avec la finalité créatrice divine (de l’Univers, des univers, des Cieux…), et lesquelles sont plus seulement centrées sur nos bulles, personnelles ou collectives.
Cette récompense dans les deux cas serait-elle d’ordre mystique, spirituelle, intérieure : que signifient en effet ce denier éventuel quotidien, ou encore le fait de pouvoir accéder à la célébration de mariage au retour à l’improviste du marié (la nuit pendant que l’on dort ) ?
Est-ce que cela rejoint le témoignage d’Emmaüs à la fin de Luc : un coeur brûlant ? Le fait de « ressentir » dans son corps une sorte de présence immanente de Dieu qui nous relie à une Transcendance divine ? Pas une présence contraignante, ni directive, simplement une sorte de signe, de témoignage de l’existence effective de Dieu, comme selon différents passages des évangiles ? Une sorte de « nuée », comme pour la Tente d’Israël, ou le Temple, mais en nous, comme selon Hébreux ? Un moment de vie en communion avec la Spiration, l’action immanente de Dieu, le souffle divin ?
En tout cas, comme pour prolonger la rencontre théologique-philosophique de Paul et des Athéniens, il y a deux ouvrages de quelqu’un ayant grandi dans une famille athée, et qui s’est converti au christianisme (protestantisme puis catholicisme) en lisant les évangiles (comme moi en lisant l’évangile selon Matthieu en m’y attachant seulement à l’enseignement de Jésus Christ) : Les métaphysiques principales, introduction à la philosophie ; et Études de métaphysique biblique (est-ce que la Bible est vraie d’un point de vue métaphysique ?), tous les deux de Claude Tresmontant.
Merci beaucoup encore pour tous vos articles et prédications et réponses aux questions, souvent très très belles et bénéfiques aux personnes et à beaucoup de monde, et modèles de réponses et de points de vue inspirants peut-être pour des cas similaires ?
[bonjour, comme je pense que Dieu seul sait éventuellement qui est en cours de travail à sa vigne à chaque instant, est-il possible de remplacer « Un ouvrier d’aujourd’hui » par « Peut-être un ouvrier de la Vigne au moins une fois dans sa vie ? » dans le champ « nom » du message précédent, et de supprimer ce commentaire entre crochets ?
Et éventuellement dans le texte d’insérer quelque part au début avant la question sur la notion de « salaire »-action immanente de Dieu : « Je pense que Dieu seul sait éventuellement qui est en cours de travail à sa vigne à chaque instant. Peut-on alors être un ouvrier de la Vigne au moins une fois dans sa vie ? ». N’hésitez pas aussi à amender ou à retirer éventuellement un passage s’il vous semblait théologiquement faux avec plus de connaissances.
Merci beaucoup par avance, merci encore et bonne continuation ! ]
Merci pour cette prédication remplie d’espérance et pour cette description très concrète du Royaume.
Jésus parle régulièrement du Royaume de Dieu qu’il nous demande d’appréhender, sans attendre, ici et maintenant, comme vous le documentez par votre réflexion.
Je m’interroge cependant sur certains récits allégoriques du Royaume qui semblent être des images bien différentes et dont une lecture superficielle pourrait ruiner les messages d’espérance portés par d’autres textes. Ainsi, en Matthieu 22, le Royaume de Dieu est comparé à un Roi qui invite aux noces de son fils. Il n’est plus question ici de travail à la vigne mais de la participation à un banquet où nous sommes tous invités. Lors de ce banquet, nous sommes loin de la Cène durant laquelle Jésus partage le pain et le vin, produits agricoles, fruits du travail des hommes et concrétisation de son immense amour pour nous. Au menu de ce banquet de Matthieu 22, ce sont les bœufs et les bêtes grasses que le Roi a fait égorger (Voilà : j’ai préparé mon banquet, mes bœufs et mes bêtes grasses sont égorgés ; tout est prêt : venez à la noce – Matthieu 22, 4). Sans doute, pour le contexte, Jésus s’adresse-t-il entre autres aux prêtres et aux pharisiens et emploie-t-il un langage dans lequel ils peuvent se reconnaître dans leur pratique religieuse au Temple et pour qu’ils puissent percevoir le danger qui les guette s’ils ne s’amendent pas (Le roi se mit en colère, il envoya ses troupes, fit périr les meurtriers et incendia leur ville – Matthieu 22, 7). Ce texte est quand-même teinté de violence et de souffrance provoquée !!
Le Roi fait cependant preuve de miséricorde vis-à-vis de la seule personne de l’assemblée qui ne porte pas le vêtement de noce, en lui demandant de se justifier (dernière chance de se repentir ?). Mais devant le silence de l’intéressé, la sanction tombe (Jetez-le, pieds et poings liés, dans les ténèbres du dehors ; là, il y aura des pleurs et des grincements de dents – Matthieu 22, 13).
La conclusion du Roi est également interpellante car si la salle de noce est remplie de convives et qu’un seul ne porte pas l’habit de noce et est exclu, le Roi précise que beaucoup sont appelés, mais peu sont élus (Matthieu 22, 14).
Devant ces difficultés, y-a-il possibilité de trouver une harmonie au travers de des différents textes décrivant le Royaume des Cieux?
Encore merci pour l’aide précieuse que vous nous aportez dans la compréhension du message évangélique et de son implication dans notre parcours de vie.
Bravo de lire la Bible et de réfléchir.
Merci pour les encouragements.
Les paraboles sont complexes et à mil facettes, c’est complètement fait exprès. Et donc je ne suis pas certain qu’il soit possible de faire une synthèse de toutes les paraboles, elles forment un bouquet, une symphonie. Sauf que notre interprétation doti être encore et toujours l’Evangile : c’est à dire la meilleure de toutes les nouvelles pour chacun, même le plus perdu des moutons perdus. A mon avis.
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Bonjour,
Merci beaucoup pour cette très belle prédication !
Je suis d’accord et je trouve que c’est de plus très bien exprimé et formulé comme la plupart de vos articles et réponses aux questions.
J’ai fait moi-même spontanément en lecture directe de la Bible cette interprétation de la récompense dans la vie future.
Mais en fait, il me semble que rien n’est dit de ceux qui n’ont pas travaillé : la parabole parle seulement de ceux qui ont été embauché. Donc même avec cette interprétation concernant la vie future espérée (et espérée au terme naturel biologique), on verra bien effectivement ce qui se passera dans la pratique en confiance en Dieu d’amour dans l’espérance qu’il existe bien.
Et donc à présent concernant l’autre interprétation de ce texte comme un des textes faisant le lien entre la vie quotidienne et le Royaume des Cieux, pour chaque jour si on veut, pour aujourd’hui chaque jour. Je voudrais questionner l’aspect « salaire », d’une valeur d’un denier, soit ce qui permet de vivre une journée : si nous croyons que salaire il y a, il s’agit alors d’une interprétation mystique : cela consiste à croire à une action créatrice immanente de la part de Dieu, a priori en nous, et co-créatrice.
Les différents ouvrières et ouvriers pourraient être en fait des façons de vivre la journée quotidienne : de la vivre en cherchant à être embauché par le Seigneur, pour cooeuvrer à la finalité et à l’action créatrice et pro-vie dans l’Univers de l’action immanente de Dieu. En consacrant soit toute la journée, soit une partie de la journée, soit une toute petite partie de la journée à ce projet.
Cela me fait penser à l’autre parabole de l’évangile selon Matthieu avec les demoiselles d’honneur de la mariée qui attendent le soir, à la nuit tombée, le retour du marié pour entrer dans la maison et célébrer le mariage, et où seules celles qui ont prévu de l’huile d’onction sont reçues. Ces demoiselles d’honneur de la mariée pourraient symboliser chaque jour, chaque soir, nos différentes trames d’activités quotidiennes : celles en alliance avec le Seigneur, avec le projet de création divine, sont celles qui ont pris de l’huile d’onction avec elles, pour entrer dans la fonction christique de coopération, d’alliance, d’union ou communion dans la distinction et sans mélange avec Dieu.
Ouvriers embauchés ou qui ne se font pas embauchés et demoiselles d’honneur de la mariée pourraient alors renvoyer dans les deux cas à nos propres démarches et actions au cours de la journée : lesquelles sont en coopération avec la finalité créatrice divine (de l’Univers, des univers, des Cieux…), et lesquelles sont plus seulement centrées sur nos bulles, personnelles ou collectives.
Cette récompense dans les deux cas serait-elle d’ordre mystique, spirituelle, intérieure : que signifient en effet ce denier éventuel quotidien, ou encore le fait de pouvoir accéder à la célébration de mariage au retour à l’improviste du marié (la nuit pendant que l’on dort ) ?
Est-ce que cela rejoint le témoignage d’Emmaüs à la fin de Luc : un coeur brûlant ? Le fait de « ressentir » dans son corps une sorte de présence immanente de Dieu qui nous relie à une Transcendance divine ? Pas une présence contraignante, ni directive, simplement une sorte de signe, de témoignage de l’existence effective de Dieu, comme selon différents passages des évangiles ? Une sorte de « nuée », comme pour la Tente d’Israël, ou le Temple, mais en nous, comme selon Hébreux ? Un moment de vie en communion avec la Spiration, l’action immanente de Dieu, le souffle divin ?
En tout cas, comme pour prolonger la rencontre théologique-philosophique de Paul et des Athéniens, il y a deux ouvrages de quelqu’un ayant grandi dans une famille athée, et qui s’est converti au christianisme (protestantisme puis catholicisme) en lisant les évangiles (comme moi en lisant l’évangile selon Matthieu en m’y attachant seulement à l’enseignement de Jésus Christ) : Les métaphysiques principales, introduction à la philosophie ; et Études de métaphysique biblique (est-ce que la Bible est vraie d’un point de vue métaphysique ?), tous les deux de Claude Tresmontant.
Merci beaucoup encore pour tous vos articles et prédications et réponses aux questions, souvent très très belles et bénéfiques aux personnes et à beaucoup de monde, et modèles de réponses et de points de vue inspirants peut-être pour des cas similaires ?
Cordialement,
[bonjour, comme je pense que Dieu seul sait éventuellement qui est en cours de travail à sa vigne à chaque instant, est-il possible de remplacer « Un ouvrier d’aujourd’hui » par « Peut-être un ouvrier de la Vigne au moins une fois dans sa vie ? » dans le champ « nom » du message précédent, et de supprimer ce commentaire entre crochets ?
Et éventuellement dans le texte d’insérer quelque part au début avant la question sur la notion de « salaire »-action immanente de Dieu : « Je pense que Dieu seul sait éventuellement qui est en cours de travail à sa vigne à chaque instant. Peut-on alors être un ouvrier de la Vigne au moins une fois dans sa vie ? ». N’hésitez pas aussi à amender ou à retirer éventuellement un passage s’il vous semblait théologiquement faux avec plus de connaissances.
Merci beaucoup par avance, merci encore et bonne continuation ! ]
Merci pour cette prédication remplie d’espérance et pour cette description très concrète du Royaume.
Jésus parle régulièrement du Royaume de Dieu qu’il nous demande d’appréhender, sans attendre, ici et maintenant, comme vous le documentez par votre réflexion.
Je m’interroge cependant sur certains récits allégoriques du Royaume qui semblent être des images bien différentes et dont une lecture superficielle pourrait ruiner les messages d’espérance portés par d’autres textes. Ainsi, en Matthieu 22, le Royaume de Dieu est comparé à un Roi qui invite aux noces de son fils. Il n’est plus question ici de travail à la vigne mais de la participation à un banquet où nous sommes tous invités. Lors de ce banquet, nous sommes loin de la Cène durant laquelle Jésus partage le pain et le vin, produits agricoles, fruits du travail des hommes et concrétisation de son immense amour pour nous. Au menu de ce banquet de Matthieu 22, ce sont les bœufs et les bêtes grasses que le Roi a fait égorger (Voilà : j’ai préparé mon banquet, mes bœufs et mes bêtes grasses sont égorgés ; tout est prêt : venez à la noce – Matthieu 22, 4). Sans doute, pour le contexte, Jésus s’adresse-t-il entre autres aux prêtres et aux pharisiens et emploie-t-il un langage dans lequel ils peuvent se reconnaître dans leur pratique religieuse au Temple et pour qu’ils puissent percevoir le danger qui les guette s’ils ne s’amendent pas (Le roi se mit en colère, il envoya ses troupes, fit périr les meurtriers et incendia leur ville – Matthieu 22, 7). Ce texte est quand-même teinté de violence et de souffrance provoquée !!
Le Roi fait cependant preuve de miséricorde vis-à-vis de la seule personne de l’assemblée qui ne porte pas le vêtement de noce, en lui demandant de se justifier (dernière chance de se repentir ?). Mais devant le silence de l’intéressé, la sanction tombe (Jetez-le, pieds et poings liés, dans les ténèbres du dehors ; là, il y aura des pleurs et des grincements de dents – Matthieu 22, 13).
La conclusion du Roi est également interpellante car si la salle de noce est remplie de convives et qu’un seul ne porte pas l’habit de noce et est exclu, le Roi précise que beaucoup sont appelés, mais peu sont élus (Matthieu 22, 14).
Devant ces difficultés, y-a-il possibilité de trouver une harmonie au travers de des différents textes décrivant le Royaume des Cieux?
Encore merci pour l’aide précieuse que vous nous aportez dans la compréhension du message évangélique et de son implication dans notre parcours de vie.
Amicalement.
Bonjour
Bravo de lire la Bible et de réfléchir.
Merci pour les encouragements.
Les paraboles sont complexes et à mil facettes, c’est complètement fait exprès. Et donc je ne suis pas certain qu’il soit possible de faire une synthèse de toutes les paraboles, elles forment un bouquet, une symphonie. Sauf que notre interprétation doti être encore et toujours l’Evangile : c’est à dire la meilleure de toutes les nouvelles pour chacun, même le plus perdu des moutons perdus. A mon avis.
Su cette parabole des invités à la noce, voir peut-être cette prédication :
https://jecherchedieu.ch/temoignages/beaucoup-sont-appeles-peu-sont-choisis-parabole-des-invites-aux-noces-matthieu-22-esaie-25/