Marc Pernot le 1er mars 2026
Prédication

Au-delà du communautarisme : l’appel à une spiritualité de la conscience

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Ce texte interroge la tension entre l’appartenance à un groupe et l’authenticité de la démarche spirituelle. À travers l’image biblique du roc et du sable, il propose une réflexion sur la nécessité de fonder sa vie sur une écoute singulière de la conscience, loin des replis identitaires et des dogmatismes collectifs.

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prédication (message biblique donné au cours du culte)
à Genève le dimanche 12 septembre 2025,
par : Marc Pernot, pasteur à Genève

Transcription de la Vidéo :

Ce texte interroge la tension entre l’appartenance à un groupe et l’authenticité de la démarche spirituelle. À travers l’image biblique du roc et du sable, il propose une réflexion sur la nécessité de fonder sa vie sur une écoute singulière de la conscience, loin des replis identitaires et des dogmatismes collectifs.


La plupart des paroles et gestes de Jésus manifestent l’amour de Dieu. C’est très inspirant. Mais tout lecteur des Évangiles sait bien qu’il existe quelques paroles de Jésus qui sont particulièrement rudes et même choquantes. C’est le cas de ce passage que je vous propose ici.

En prologue à son témoignage sur Jésus, Jean nous donne ce résumé : « La loi a été donnée par Moïse, la grâce et la vérité, c’est-à-dire littéralement la tendresse et la fidélité, nous sont venues par Jésus-Christ. » (Jean 1:17) et cela, même pour les pécheurs et les personnes de mauvaise vie.

Or, dans le passage que je vous ai lu, Jésus pourrait nous dire un jour : « Je ne vous ai jamais connus ; éloignez-vous de moi, vous qui faites le mal ! » Pourquoi ces paroles de brutalité et non de tendresse, paroles de rejet plutôt que de fidélité ?

Sortir de la léthargie spirituelle

Quand Jésus est choquant, c’est afin de nous sortir de notre léthargie, du confort de nos idées trop simplistes. Quand il le fait, c’est qu’il touche à une question essentielle. Il serait donc dommage de passer à côté.

Mais remarquons d’abord qu’il n’y a pas seulement une parole brutale, mais deux. Car Jésus explique son premier propos en le disant autrement, sous forme d’une courte parabole extrêmement connue dont la conclusion est, elle aussi, fort brutale : « La pluie est tombée, les torrents sont venus, les vents ont soufflé et se sont abattus sur cette maison : elle est tombée, et sa chute a été grande. » C’est alors que l’on comprend mieux la première parole choquante de Jésus : ce n’est pas que Jésus ne voudrait pas nous aider, mais c’est qu’il ne pourrait pas changer un état de fait. Si nous avons construit sur du sable : on a construit sur du sable et que ça ne peut pas tenir, c’est aussi simple que cela. Mais Jésus ne nous abandonne pas pour autant : la preuve, il est justement en train de tenter de nous éveiller avec ses paroles chocs.

Le Roc : une relation personnelle et singulière

Quelle est donc la question si cruciale ici ? Il suffit de comparer entre ceux qui « entreront dans le Royaume des cieux » et les personnes qui filent du mauvais coton.

Il y a une différence essentielle qui saute aux yeux, c’est que les personnes problématiques forment un groupe parlant au pluriel « nous avons prophétisé, nous avons fait des miracles… », alors que Jésus parle au singulier de la personne juste « celui qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux. »

Ce que Jésus propose est donc de se mettre individuellement à l’écoute de ce que Dieu nous dit, puis de le mettre en pratique comme on veut, comme on peut, même de guingois cela tiendra la route. C’est cela construire sur le Roc. Ce roc, c’est la relation personnelle à Dieu, selon une image que l’on retrouve un peu partout dans la Bible hébraïque pour dire la fidélité de Dieu pour nous soutenir sans condition, sans fléchir. (De 32, 1Sa 2:2, Ps 18, Ésa 26)

Le sable ou le piège de l’identité collective

Mais que veut dire bâtir sur le sable ?

Le sable, dans la culture des auditeurs de Jésus, fait inévitablement penser à cette promesse faite à Abraham dans un des passages les plus connus de la Bible, promesse répétée de génération en génération : « ta descendance sera comme le sable de la mer » (Genèse 22:17 ; 32:12). Le sable, c’est la communauté. C’est une bénédiction.

Le problème, c’est quand la communauté se met à la place de Dieu en se prenant pour un roc et fait ainsi écran à la relation directe, personnelle à Dieu, prétendant être la bouche de Dieu pour nous dire sa Parole. C’est une usurpation. Jésus nous en met en garde ici de façon radicale. Les personnes qui filent du mauvais coton parlent, prophétisent et agissent « au nom du Seigneur » comme si elles étaient sa bouche et ses mains, il suffit que les gens fassent partie de ce collectif pour être au Seigneur.

Libération face aux communautarismes

Quand Jésus dit cela et parle de bâtir sur le sable, c’est afin de libérer ceux qui mettaient toute leur confiance dans la religion de leur époque, mais pas seulement. Les populismes d’hier et d’aujourd’hui nous vendent aussi de l’identité collective et cela se retrouve dans des religions étroites où un « nous » (les fidèles, les bons chrétiens) se distingue du « eux ». Cela peut être du « nous » politique ou basé sur une identité de sexe, de nation, de classe.

Jésus nous invite à être d’abord une personne singulière qui écoute Dieu et qui en tire les conséquences comme elle peut ensuite. Ce n’est pas de l’individualisme pour autant car ce n’est pas un moi-je se dressant dans sa solitude revendicatrice, c’est un vers-Dieu qui me fonde. Or, précisément, ce que l’on entend par Dieu est au-dessus de tous et en tous. Cela nous unit extraordinairement avec les autres, cela fonde une fraternité. Il n’y a plus de « nous » face à des « eux », il y a un moi parmi d’autres moi qui comptent autant et vers lesquels Dieu m’envoie. Alors ma nationalité, mon sexe, ma classe… sont vécus comme une part de ce que je suis, non comme me déterminant.

Jésus nous conseille fortement de nous libérer des communautarismes de tout poil par une écoute singulière, intime, directe de Dieu, de s’y engager. Jésus le dit aussi pour lui-même : il ne dit pas « heureux celui qui s’applique à vivre mon Évangile ». Il nous renvoie à l’écoute de Dieu au singulier. C’est le rôle de l’Église : renvoyer chacun à sa propre écoute de Dieu. À l’écoute de sa propre conscience comme Paul le fait : « Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? » (1 Corinthiens 3 :16) Non, nous ne le savions pas, nous n’avions pas l’impression d’entendre Dieu, or, il est déjà là, en chacun. C’est la fondation solide, le rocher.

La conscience comme sanctuaire

Ce que l’on entend de Dieu au fond de notre conscience, ce sont des paroles inexprimables car elles sont au-delà des mots, ce que nous recevons alors dépasse ce que peut nous apporter l’humain, même « au nom du Christ » : ce que nous recevons, c’est une puissance d’être, c’est une mise en mouvement, c’est le droit d’être nous-mêmes, c’est une inspiration pour aimer et espérer à la première personne. Ce n’est donc pas une leçon, ce n’est pas un savoir, c’est quelque chose qui nous porte et qui nous envoie. C’est cela « entrer dans le Royaume des cieux ».

Bien sûr, notre écoute est imparfaite, ce n’est pas la question, l’important est cette ouverture à l’ultime. Dieu sait ce que cela nous inspirera, mais alors nous pourrons construire, comme le disent Jésus et Paul. Ce sera sans doute un peu de guingois, bricolé de paille et de pierres précieuses, mais ça tiendra car ce sera bâti sur le roc qu’est Dieu. Dieu y pourvoira, il pourra alors y pourvoir.

Le rôle de l’Église : libérer plutôt que régenter

Ce que nous pouvons attendre de l’Église n’est donc pas qu’elle nous dise ce que nous devrions croire, et encore moins ce que nous devrions faire, encore moins comment nous devrions voter : ça, c’est encore le sable du « nous avons parlé au nom du Seigneur ».

Le rôle de l’Église, précisément, c’est de renoncer à parler à la place de Dieu et de renvoyer chaque personne à son écoute singulière de Dieu. De dire à chacun qu’il est assez grand pour l’écouter directement et discerner ensuite, comme il le pourra, imparfaitement mais authentiquement, comment il va construire sa pensée et son action. Le rôle de l’Église est de nettoyer les canaux encombrés de dogmatismes et de moralismes, envahis de tous les « nous », des systèmes qui prétendent penser à notre place, nous libérer aussi de notre peur, de notre sentiment d’isolement, d’insuffisance et de culpabilité… et de préparer ainsi les chemins du Seigneur en chacun, de donner envie de nous fonder sur lui pour bâtir.

Cela se décline aussi sur le plan éthique : il est bon que notre action soit inspirée par l’amour, par notre bon fond où souffle l’Esprit. C’est alors que nos actes seront féconds. Mais les actes bâtis sur le sable, ce sont les pensées et les actes imposés par ces « nous » : c’est une régression, un abandon de responsabilité, une aliénation. C’est bien confortable de ne pas avoir à creuser pour retrouver le roc dans les profondeurs de notre être, de choisir plutôt la facilité en faisant partie d’un « nous » qui nous donne le sentiment d’exister face à un « eux », les autres. C’est trompeur et cela délite l’humanité. Le sable fait de piètres fondations, nous dit Jésus. C’est vraiment casse-gueule de bâtir là-dessus.

Nous sommes dignes de mieux que cela : de nous relier à Dieu personnellement, y recevoir le courage d’être soi, l’envie de bâtir par l’amour, dans le souci de l’autre. Nous serons inspirés par ce souffle puissant.

Textes de la Bible

Matthieu 7:21-29

Ce ne sont pas tous ceux qui me disent : « Seigneur ! Seigneur ! » qui entreront dans le royaume des cieux, mais celui-là seul qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux. 22Beaucoup me diront en ce jour-là : « Seigneur, Seigneur, n’est-ce pas par ton nom que nous avons parlé en prophètes, par ton nom que nous avons chassé des démons, par ton nom que nous avons fait beaucoup de miracles ? » 23Alors je leur déclarerai : « Je ne vous ai jamais connus ; éloignez-vous de moi, vous qui faites le mal ! »

24Ainsi, quiconque entend de moi ces paroles et les met en pratique sera comme un homme avisé qui a construit sa maison sur le roc. 25La pluie est tombée, les torrents sont venus, les vents ont soufflé et se sont précipités sur cette maison : elle n’est pas tombée, car elle était fondée sur le roc. 26Mais quiconque entend de moi ces paroles et ne les met pas en pratique sera comme un fou qui a construit sa maison sur le sable. 27La pluie est tombée, les torrents sont venus, les vents ont soufflé et se sont abattus sur cette maison : elle est tombée, et sa chute a été grande.

28Lorsque Jésus eut achevé ces discours, les foules étaient ébahies de son enseignement, 29car il les instruisait comme quelqu’un qui a de l’autorité, et non pas comme leurs scribes.

 

1 Corinthiens 3:11-16

Paul dit : Personne, en fait, ne peut poser d’autre fondation que celle qui est en place, à savoir Jésus-Christ. 12Que l’on construise sur ces fondations avec de l’or, de l’argent, des pierres précieuses, du bois, du foin ou du chaume, 13l’œuvre de chacun deviendra manifeste, car le jour la mettra en évidence ; en effet, c’est dans le feu qu’il se révélera, et l’épreuve du feu montrera ce que vaut l’œuvre de chacun. 14Si l’œuvre que quelqu’un a construite demeure, il recevra un salaire. 15Si l’œuvre de quelqu’un est brûlée, il en subira la perte ; lui, certes, il sera sauvé, mais comme au travers du feu.

16Ne savez-vous pas que vous êtes le sanctuaire de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous ?

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