09 février 2026

Un jeune homme vu de haut étudiant la Bible et la théologie sur son bureau - Photo de Jacob Bentzinger sur https://unsplash.com/fr/photos/homme-en-chemise-a-manches-longues-noire-ecrivant-sur-papier-blanc-QiLPQeQSXD0
Question

L’Incarnation du Christ et la réalité du Salut : comment la Parole devient-elle chair en nous ?

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Loin d’une vision juridique du pardon, cet article explore la venue du Christ comme l’accomplissement d’un projet divin. Cette réflexion invite à percevoir le salut non comme un événement extérieur, mais comme une transformation intérieure où chaque être humain est appelé à devenir le lieu d’incarnation de la Parole.


Question :
Cher pasteur,
Comment Dieu, en nous aimant (et prenant condition d’homme, à moins que cette théologie ne soit pas partagée par tous les chrétiens ?), nous sauve-t-il concrètement ?
Merci cher pasteur

Réponse d’un pasteur :

Une distinction entre piété populaire et théologie chrétienne

Que Jésus soit Dieu se promenant en sandales est plus de la piété populaire que de la théologie chrétienne. Selon certains, ce héros divin arriverait à transformer Dieu en celui qui peut enfin pardonner aux pécheurs, l’humain serait spectateur de ce travail. Il me semble qu’une autre lecture est possible : Dieu aimant et pardonnant car cela a toujours été sa nature depuis toujours, le Christ intervient pour nous ouvrir à une mystique de la transformation intérieure, de la genèse de notre véritable humanité.

La nature du Christ est une branche particulièrement complexe, extrêmement subtile de la théologie. Elle est explorée par les théologiens à partir du IIᵉ siècle jusqu’à nos jours. Ce domaine est tellement épineux que les grands conciles ont jalonné les limites de la pensée autorisée (selon eux) en ce domaine de multiples anathèmes très pointus.

Le Prologue de Jean : quand la Parole devient chair

Pour remonter à une des sources essentielles sur la question, ce que dit le prologue de Jean (1 :1-18), c’est que « la Parole (de Dieu) devint chair » en Christ, ce n’est pas la même chose que de dire Dieu prend la condition humaine. Mais reprenons cela plus en détail :

Un projet de genèse pour l’humanité

Au verset Jean 1:12, un projet est évoqué, un projet de Dieu qui concerne tout humain : ce qui est chair (l’humain) reçoit le pouvoir de devenir enfant de Dieu, né de Dieu.

Au verset Jean 1:14, il est dit que « la Parole de Dieu (le Logos) devient chair ». On peut comprendre cela comme la concrétisation du projet immense du verset 12, l’humanité, ou plutôt chaque personne de l’humanité devenant le lieu d’incarnation de la Parole de Dieu. En recevant la Parole, la personne « devient enfant de Dieu », avec le même verbe que dans « la Parole devient chair ». Ce n’est pas seulement une adoption puisqu’il y a une transformation de la personne, une genèse.

C’est par amour de Dieu même pour les pécheurs, car ceux qui refusent la Parole sont quand même appelés par Dieu « les siens », nous dit Jean, Dieu ne lâche pas l’affaire, il fera ce qu’il a décidé, c’est un processus continu, progressif, c’est pourquoi il vaudrait mieux, me semble-t-il, ne pas lire « ceux qui… » mais plutôt « ce qui », en chacun de nous, refuse ou reçoit la Parole créatrice de Dieu.

Jésus, le fils unique et le premier-né

On voit ainsi que cette incarnation ne va pas de soi : cette Parole est refusée (v. 11) et en même temps acceptée (v. 12). plus ou moins en chacun, ce don n’est qu’un « pouvoir de devenir », une liberté offerte, espérée. C’est là que l’apport du Christ est décisif : en lui, pour une fois, ce projet marche visiblement bien, ce n’est plus seulement le « pouvoir de devenir », c’est un « est devenu », c’est une réalité que nous pouvons contempler et même toucher du doigt (1 Jean 1:1).

C’est pourquoi Jean parle de Jésus comme « fils unique » alors même que nous pouvons devenir, tous, « enfant de Dieu ». Jésus serait à la fois fils unique et fils premier-né d’une multitude de frères et sœurs, comme le dit l’apôtre Paul : “Ceux qu’il a connus d’avance, il les a aussi prédestinés à être semblables à l’image de son Fils, afin que son Fils fût le premier-né entre plusieurs frères et sœurs.” (Romains 8:29)

Jean parle de cette incarnation de la Parole en Jésus comme d’une « gloire », en hébreu « la gloire » signifie l’efficacité bien réelle, éclatante d’une action. C’est ce qui arrive, enfin, en Jésus : le projet de Dieu se réalise enfin. C’est ce qui est ironiquement mis dans la bouche de Pilate à l’autre bout de cet évangile selon Jean : « Voici l’Homme » (Jean 19:5), dit Pilate en présentant Jésus à la foule. Pour une unique fois, nous avons vu ce que Dieu entend quand il crée l’humain.

Le salut comme manifestation de l’amour de Dieu

C’est aussi un petit peu le cas quand même en chacune et chacun de nous car quel humain n’aurait jamais le moins du monde été capable d’aimer un tout petit peu ? Or, comme le dit encore Jean dans sa première lettre : « Quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu. » (1Jean 4:7) Mais cela reste hésitant et embryonnaire alors qu’en Jésus cela se manifeste en sa personne, ses paroles et sa vie, particulièrement sur la Croix.

Cela nous invite à entrer encore et de plus en plus dans ce processus d’incarnation de la Parole de Dieu dans notre chair, dans notre espérance, dans notre façon d’aimer…

Cette « incarnation de la Parole de Dieu » en nous est une dimension essentielle du salut. La question du pardon, d’être accepté par Dieu pour la vie future, n’a jamais été en question puisque Dieu aime de toute éternité, il nous a choisis, comme le dit Paul, et il garde envers et contre tout toujours une entière bonne volonté pour chacune et chacun. Jésus a manifesté cela mais il n’en est pas la cause, c’est tout simplement la nature même de Dieu d’aimer car « Dieu est amour » (1 Jean 3:17 et 16).

Jésus n’a pas eu besoin d’aider Dieu à nous aimer et nous pardonner, c’est nous que le Christ aide en manifestant cet amour de Dieu même pour les pécheurs : il a fait connaître « sa grâce et sa vérité », c’est-à-dire littéralement sa tendresse viscérale pour nous et sa fidélité inaliénable à notre égard (Jean 1:17).

Que cela nous aide à recevoir sa Parole créatrice, son souffle. C’est un supplément de création, c’est un soin tendre et bénéfique à recevoir. Concrètement, cela aide d’investir un peu de notre temps et de notre pensée pour nous ouvrir à cette action de Dieu en nous : à chacun de voir si ce n’est pas la pensée, la réflexion, la prière, la méditation des évangiles, le culte, la prière personnelle, mais aussi en aimant un petit peu aussi selon ce qui sera possible.

pasteur Marc Pernot

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