Qu’appelle t-on la mystique dans une tradition ?

Par : pasteur Marc Pernot

illustration - Image: 'The harpist at Jaffa Gate, Jerusalem' by Flavio~  https://creativecommons.org/licenses/by-nc/2.0/ http://www.flickr.com/photos/37873897@N06/21533396600

Une harpiste jouant à la porte Jaffa, à Jérusalem. J’ai choisi cette illustration en pensant à David, le mystique mais aussi roi.

Question d’un visiteur :

Bonjour
Bonjour Pasteur Marc,
Qu’appelle t-on la mystique dans une tradition, qu’elle soit chrétienne ou d’autre religion ?
Bien cordialement,

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir,

C’st un belle et intéressante question. Je viens de faire un petit dictionnaire « des mots qui piquent« , publié hier sur ce site, et j’avais mis dedans le mot « mystique« , car il me semble essentiel et pas si clair. Je ne peux parler qu’en ce qui concerne la foi chrétienne, et même plutôt en ce qui concerne ma conception de la foi chrétienne. Sur un sujet comme celui-ci, assez personnel et lié à la sensibilité de chacun, il faudrait sans doute interroger de multiples personnes dans chaque religion.

Personnellement, il me semble qu’il y a deux jambes dans mes exercices spirituels : la théologie et la mystique.

  1. La théologie comme effort d’élaboration de ce qu’est Dieu, qu’attendre de lui, ce qu’il attend de nous et de moi, ce qu’est la vie, l’humain…
  2. La mystique comme ouverture à une relation à Dieu, à cet objet dont parle la théologie.

Il s’agit bien d’exercices à faire personnellement, pour que la sincérité soit la plus grande possible. Cela demande de prendre un peu de temps et d’effort, à sa mesure, comme on peut. Une théologie toute faite et offerte en prêt à penser par une église va bloquer ce processus de vie et de cheminement vers Dieu et avec Dieu. Nous pouvons par contre écouter, examiner et retenir ce qui nous semble bon de ce que nous trouvons à l’église, sur internet, dans les livres, en discutant avec des amis… on peut se sentir libre de se faire sa propre opinion sans nécessairement avoir la même. Pour que nous puissions nous sentir ainsi libre : il faut être en confiance devant Dieu. Or, le Christ nous y encourage si souvent avec ses « n’ayez pas peu », ses « va en paix », ses « ta foi t’a (déjà) sauvé »… Et cela, je pense est essentiel : placer sa confiance Dieu plutôt que dans les doctrines sur Dieu, placer plus sa confiance dans l’action de Dieu en notre faveur et dans son amour, son pardon, son salut. Il nous bénit et nous accompagne.

Théologie & Mystique : dans un sens : le 1) se place au dessus de Dieu pour l’analyser et le 2) se place en dessous de Dieu pour se laisser créer. Le 1) ose dire quelque chose sur Dieu, et le 2) ferme la bouche pour se laisser surprendre, laisse son opinion en suspend, ne sait plus.

Ce n’est pas paradoxal, pas plus que la respiration est paradoxale : c’est l’inspiration et l’expiration qui fait tout le truc.

  • Une foi trop cérébrale est un jeu de l’esprit, complètement en dehors déconnectée de ce qu’est l’essentiel. Il suffit de lire (ou de feuilleter) le sublime récit de l’enfer de Dante, ou des livres discutant sans fin du sexe des anges ou autres arguties théologiques abracadabrantesques. Tant et tant de croyants sincères se sentent obligés de croire des trucs qu’on leur a enseigné mais qui les encombrent dans leur chemin, comme des réponses présentées comme essentielles mais qui répondent à des questions qui ne sont pas les leurs, peut-être des questions des siècles passés, par exemple.
  • Une foi trop mystique peut faire de nous le jouet de nos fantasmes et de notre humeur de l’instant. Car en nous s’exprime des voix très diverses : des blessures anciennes, des sentiments et des instincts, des illusions et aussi l’Esprit Saint. L’intelligence doit filtrer, élaborer, creuser…

Si l’un et l’autre de ces deux gestes s’articulent en harmonie.

  • La théologie nous permet d’affiner notre idée de Dieu, une conception moins puérile peut-être, avec un Dieu qui ressemble un peu moins à un Père Noël tout puissant que nous rêverions tous avoir pour Dieu en réalité. Alors, cherchant à entrer dans la prière, nous pouvons nous rendre présent, méditer ce Dieu là, et commencer à nous présenter. C’est un bon début.
  • Et commençant à ouvrir la Bible, muni peut-être de dictionnaires et de livres pour analyser avec sérieux, si nous repensons à cette présence que nous avons sentie comme aimante, une fois, comme tenant à nous plus que tout, cette source qui nous a donné un supplément d’être, d’espérance et d’amour… alors ma façon de faire de la théologie en sera nourrie.

Théologie et Mystique sont donc les deux points essentiels de nos exercices spirituels. L’un et l’autre sont aussi l’occasion de joie spirituelle et intellectuelle qu’il y a à avancer dans cette recherche de Dieu par l’intelligence et le sentiment religieux.

J’ajouterais un troisième : c’est l’exercice de notre vocation : dans le service de l’autre et pour notre participation à la genèse d’un monde plus beau. Cela devrait être comme un fruit naturel de nos exercices spirituels. Mais à l’occasion de cet exercice pratique nous apprenons aussi énormément l’essence même de la vie et donc de Dieu lui-même. Dans ce rapport aux autres nous découvrons aussi une image de Dieu à travers le meilleur de ce qu’ils sont et de leur propre expérience de la vie, leur propre subjectivité de leur point de vue sur Dieu venant croiser la nôtre.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

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