Pourquoi l’apôtre Paul a-t-il une part si importante dans la Bible ?

icône de Paul de Tarse - Image par Hans Braxmeier de Pixabay

Par : pasteur Marc Pernot

Question d’un visiteur :

Bonjour Pasteur

J’aimerais vous posez une question concernant l’Apôtre Paul : pourquoi a-t’il une part si importante dans la Bible ?

Si l’on « considère « qu’il est le « fondateur » de l’église Chrétienne n’est-il pas l’instigateur du péché originel ( qui a bien-sur inspiré bien plus tard Augustin) en accablant Adam et ce afin d’insister sur la notion de « source de Vie » que représente Jésus …en bref, je trouve Paul parfois bien présomptueux , à coté de ses collègues.

Je vous souhaite de tout cœur et avec foi le meilleur possible.

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir et merci pour cette question, bravo de vous intéresser à la Bible.

Vous avez tout à fait le droit de préférer tel ou tel de ses « collègues » à Paul lui-même. D’abord parce que c’est la personne de Jésus qui est de toute façon centrale dans le Nouveau Testament et pour les chrétiens, pas Paul, Pierre, Jean, ou tel autre évangéliste.

L’apôtre Paul est important car il est en quelque sorte un des premiers théoriciens de la foi chrétienne. Il a tiré cela de sa double formation biblique et philosophique, au croisement des mondes hébraïques et grecs. Il a tiré cela aussi de sa foi mystique, de son enthousiasme et de son courage, de son intelligence et de sa capacité à travailler avec d’autres personnes (sans compromis pour autant). En plus, son statut privilégié de citoyen romain était un passeport lui permettant de voyager librement. De tout cela il est arrivé historiquement à fonder pas mal d’églises un peu partout, et il a produit des textes qui ont passionné les gens, de son vivant et ensuite, des personne sont recopié ces lettres et les ont envoyées à d’autres.

Qu’avaient de spécial ces lettres ? Dans la Bible, il n’y a pas tellement de discours sur Dieu, sur l’homme, sur le salut et le péché…. la Bible raconte des histoires pour évoquer ces questions en actes. Jésus non plus, n’a pas écrit de catéchisme (fort heureusement), il a transmis une façon d’être et quelques pistes de réflexion.

Les grecs, eux, étaient depuis longtemps de sacrés théoriciens. Grâce à sa double culture, Paul tire le meilleur du génie spirituel hébraïque et en particulier du Christ et il va chercher à rendre compte de ce meilleur en utilisant le génie grec de l’analyse et de la rhétorique.

A mon avis, Paul n’est qu’un des fondateurs de l’église chrétienne, avec d’autres collègues, comme vous dites. Mais il a plusieurs atouts :

  • C’est son courant qui l’a emporté, historiquement : avec l’acceptation des chrétiens d’origine païenne, avec la liberté à chacun de suivre ou non les commandements religieux du judaïsme. Son courant a pris rapidement une ampleur telle que le judaïsme chrétien a été infiniment dépassé en importance.
  • Paul a développé une véritable pensée philosophique, théologique et spirituelle, et elle a été féconde, aidant les personnes à penser la foi du Christ.

Du coup, certaines personne sont été tentées de dire que Paul est LE fondateur de l’église chrétienne. C’est évidemment exagéré puisque LE fondateur de la foi chrétienne est Jésus, y compris pour la dimension universelle de la foi proposée, du salut apporté. Cette dimension appartenait à la définition même de la fonction de Christ, de Sauveur ultime de l’humanité.

Mais oui, il y a des passages et des idées extraordinaires dans les lettres de Paul. Bien de ces passages sont entrés dans le patrimoine de la pensée mondiale. Mais vous avez raison de vous sentir autorisé à ne pas être d’accord avec  tout ce qu’il dit, et même parfois choqué. Paul n’est pas Dieu, il n’est pas non plus le Christ, et nous sommes chrétiens plus que Pauliniens. On n’est pas non plus obligé de trouver sympathique ce monsieur, ce n’est pas grave : de toute façon il ne nous est pas demandé de partir en vacances avec lui ! Il est utile de reconnaître qu’il existe des passages qui ont fait un mal terrible, et qui continuent aujourd’hui à faire des dégâts : la soumission aux autorités comme venant de Dieu (dont des tyrans et des chefs d’église ont abusé), l’acceptation de l’esclavage (sous diverses formes), mais surtout peut-être la légitimation de la domination du mari sur la femme et du viol conjugal… Mais à côté de cela il y a tant et tant de passage incroyablement forts, lumineux, vivifiants, libérants ! La vérité n’interdit pas la bienveillance, elle invite plutôt au discernement.

Et les grands textes, les plus puissants et les plus beaux sont de toute façon comme des outils puissants dans notre main, et d’un outil puissant comme un marteau, un couteau, le feu ou la parole : il est possible de faire vivre ou de tuer. Que ce soit pour faire vivre et embellir la vie.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

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5 réponses

  1. Marc Delcourt dit :

    Par rapport à ce que Paul a dit de « pas sympa », il faut nuancer un peu car notre ami n’est pas facile à lire et s’emmêlait les pinceaux. D’abord, seules sept épîtres lui sont attribuées avec certitude (Romains, 1 et 2 Corinthien, Galates, Philipiens, 1 Thessaloniciens et Philémon). Les autres sont de la main de ses disciples qui ont perverti une pensée paulinienne plus universaliste. Car tout discours de Paul devrait être apprécié en fonction de son principe fondamental décrit en Galates 3:28 (Il n’y a plus ni juif, ni grec ; ni esclave ni homme libre, etc). Il adresse un message à visée universaliste à des sociétés structurée par des identités fermées car construites sur les différences entre hommes et femmes, libres et esclaves … Il ne va pas fondamentalement remettre en question la structure mais pervertir les relations initialement basées sur la force par des relations centrées sur l’amour du prochain en y introduisant notamment des réciprocités. Bien relire 1 Co 11, 2-16. Pour Paul, devant Dieu, les différences n’existent pas. Lors du culte, les femmes présidaient, faisaient la prédication, … Mais il fallait garder un l’ordre établi (par ex. : les femmes devait être voilées et les hommes devaient avoir le chef découvert) et là, il faut avouer qu’il a introduit lui-même la méprise dont s’est emparée 2000 ans de lecture paternaliste. Car il patauge à plusieurs reprises entre son principe universaliste et les règles sociétales fermées des communautés. Le fait est que pour un homme du 1er siècle, il avait un esprit très ouvert et le traiter de macho, de raciste, etc serait aussi complètement anachronique.
    (Pour aller plus loin, lire D. Marguerat, « Paul de Tarse, un homme aux prises avec Dieu. » 5ème édition publiée aux éditions Cabedita.).

    • Marc Pernot dit :

      Les passages les plus terribles sont peut-être bien dans la lettre aux Romains et dans la 1èe aux Corinthiens, et les plus magnifiques passages aussi. Comme quoi, c’est peut-être là un trait de caractère de Paul ?

  2. Marc Delcourt dit :

    Peut-être et c’est rassurant quelque part. Paul, un homme comme les autres. Ni ange, ni bête, dans la mêlée, les mains dans le cambouis du vivant. Il interpelle, nous demande d’aiguiser notre esprit critique et de nous arrêter aussi où ça semble incohérent ça râpe, ça choque, etc. On a pas fini d’en écrire des prédications et des bouquins à partir de ses épîtres,…

    • Marc Pernot dit :

      Oui !
      Et cette puissance de contraste est stimulante pour le lecteur, en même temps, elle appelle à ne pas tout gober tout cru comme si c’était Dieu lui-même qui parlait par la bouche de l’Apôtre.

  3. ANDIRAN NATHAN dit :

    Heureusement que Paul a été choisi par Dieu. Que comprendrions-nous de l’Ancien Testament ?…
    Et puis, que voulez-vous, c’est chose naturelle de trouver peu moderne les us d’autrefois !
    On peut lire l’évangile sans amour comme on peut le faire pour Paul. Et il y a pourtant des pages
    chez Paul qui sont sublimes et qui montre un homme d’une délicatesse peu commune. Même
    pour aujourd’hui.

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