Pourquoi Jésus demande souvent le secret sur qui il est, et sur les miracles ?

Par : pasteur Marc Pernot

illustration : un homme a une combinaison de superman sous sa chemise - Image par Elias Sch. de Pixabay

Question d’un visiteur :

Cher Pasteur, bonjour.

J’ai besoin de votre aide : Selon les Evangiles, quand Jésus guérit, purifie, revient souvent ce texte :
Jésus dit : « Prends garde de ne le dire à personne » ou « Ayez soin que personne ne le sache »

D’autres fois, une personne devine qu’il est le Christ et il insiste pour dire de ne le révéler à personne.

Que signifie cette exhortation à garder le secret ?

Je vous remercie par avance.

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir

En ce qui concerne les miracles de guérison, c’est vrai que Jésus semble souvent très gêné que cela arrive. Et il dit souvent à la personne guérie de ne pas en parler (ce qu’elle se précipite de faire par la suite, ne pouvant s’en empêcher. Pourquoi est-ce que Jésus demande le secret ?

Je pense que la première raison est que ces guérisons physiques viennent perturber sa mission qui est d’être le Christ, le Messie, l’envoyé de Dieu pour apporter quelque chose de neuf et de décisif à l’humanité. Or, la manière de concevoir ce qu’accomplit le Messie était assez variable dans la population, et dans la Bible aussi, d’ailleurs (ceci expliquant cela). Certains attendaient un super-héros qui viendrait achever la création du monde (en cours depuis les origines), éliminer le chaos existant dans la nature, les maladies, les handicaps, la méchanceté… les humains assistant en spectateur à ce prodige cosmique. D’autres attendaient d’autres formes de Messie, guerrier, ou sage. Jésus incarne un autre genre de Messie, dont parle Esaïe 53 : un messie qui nous accompagne dans nos souffrances et vient nous encourager de l’intérieur par l’Evangile et par l’Esprit, le souffle de Dieu, par un encouragement à faire corps ensemble et avec Dieu, et à changer le monde.

  • Dans la logique de ce mouvement, Jésus ne peut s’empêcher de faire du bien quand il le peut (il ne le peut pas toujours, nous dit l’Evangile), d’un côté, c’est bien pour la personne et pour l’exemple, mais d’un autre côté cela trouble son message en maintenant l’illusion d’un Messie qui viendrait résoudre les problèmes du monde à notre place, de l’extérieur.
  • Toute la difficulté est que Jésus est à la fois un humain normal, et le Messie. Comme personne humaine il se sent amené à guérir quand il le peut, comme Messie, il ferait mieux de s’abstenir de faire cela et d’apprendre aux humains à se soigner mutuellement.
  • Comment s’en sortir ? il le fait et demande le secret. Même si la personne en parle, le fait que Jésus ait demandé le secret invite à se poser des questions, comme vous le faites (bravo), et déjà cela invite à une travail intérieur.

Ensuite, je vois un autre problème à ces guérisons physiques de Jésus : il guérit un aveugle qui était sur le bord du chemin où Jésus passe. Tant mieux pour cet aveugle, mais tous les autres ? L’aveugle qui mendiait à un pâté de maison de là ? L’esquimau aveugle qui n’a aucune chance de croiser Jésus puisqu’il n’est a priori pas passé par le Groenland ? Ne risque-t-il pas de se sentir abandonné de Dieu ? N’est-ce pas injuste pour tous les autre souffrants ? Ça l’est. C’est pourquoi le soin de l’autre qu’espère Dieu ne peut se faire par un individu seul, fusse-t-il le Messie, mais par un changement des cœurs pour que le soucis et donc le soin de l’autre passe de proche en proche. Et que personen ne soit oublié, car Dieu n’a pas moins d’espérance pour l’esquimaude qui a des engelures aux doigts de pieds que pour l’aveugle Bartimée qui a la chance extraordinaire de croiser Jésus, les deux personnes sont autant aimées et bénies par Dieu, et il espère la meilleure forme possible pour ces deux personnes.

En ce qui concerne le secret que Jésus demande à ceux (sage ou démon) qui ont compris qu’il était le Messie, le Christ, c’est plus délicat, à mon avis. C’est ce que l’on appelle « le secret messianique » dans le langage théologique. La raison en est très discutée depuis des millénaires, bien sûr, car Jésus ne dit pas vraiment pourquoi. Mais précisément, je crois que c’est là un indice important. C’est que Jésus veut que nous nous posions des questions par nous-mêmes (encore une fois, comme vous le faites : bravo). Ce secret messianique me semble vouloir dire : la question n’est pas celle de la connaissance d’un dogme permettant de connaître une vérité. Mais la question est d’expérimenter soi même cette vérité. La question n’est pas de savoir que cet homme Jésus est le Christ, d’en être plus ou moins persuadé, mais la question est d’expérimenter tout simplement ce que cela nous apporte (ou non) :  de nous intéresser à lui et d’essayer ne serait-ce que quelques mois de nous impliquer dans ce qu’il propose.

Par exemple, Il est bon de savoir que faire un peu d’exercice chaque jour est bon pour la santé, mais ce n’est pas cette connaissance qui va nous aider, mais seulement si on se bouge un peu. Un sportif non pratiquant, c’est un peu comme une personne qui pense que Jésus est le Christ mais pour qui cela ne change rien à son cœur, son espérance, sa vie.

Ou, comme le dit Paul (1 Corinthiens 13) : Si je parlais les langues des hommes et des anges, si j’avais le don de prophétie, la science de tous les mystères et toute la connaissance, si je n’ai pas l’amour, je ne suis rien.

Le salut en Christ n’est pas une leçon à connaître, mais une confiance en Dieu, un amour de Dieu, à la suite du Christ.

Dieu vous bénit ainsi

Cela dit, l’Evangile n’est pas non plus un enseignement secret à ne révéler qu’aux initiés. Bien sûr qu’il est permis de dire ce que nous a apporté la foi du Christ, sui tel est le cas. Mais il y a des façons d’en parler qui font grandir l’autre, et d’autres moins.

par : pasteur Marc Pernot

Si vous voulez, vous pouvez voir aussi, dans le petit dictionnaire de théologie :

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