Illustration : l'arche de Noé naviguant en plein déluge - Image par Jeff Jacobs de https://pixabay.com/fr/photos/j%C3%A9sus-christ-dieu-esprit-saint-3548007/
Actualité - opinion

Garder la foi face au chaos du monde : de la révolte de Leeloo à l’espérance spirituelle

1x
100%

Entre le dégoût face à la violence du monde et l’appel exigeant de la foi, cet échange explore la transition intérieure vers une spiritualité de l’alliance. À travers une relecture du récit biblique du Déluge, la réflexion propose de transformer notre regard pour déceler la présence de Dieu dans les gestes de bonté les plus simples du quotidien.


Réflexion reçue :

Bonjour Marc,
Cela faisait longtemps, je sais que je n’ai pas donné de nouvelles, mais je continue toujours de vous suivre sur Facebook, même si je participe moins.
Je vous laisse en compagnie de ma dernière réflexion du jour à l’adresse de ceux qui cherchent à être des amis de Dieu, comme moi.
Bonne lecture et à bientôt.

Lilou dans Le Cinquième Élément dit : « À quoi ça sert de sauver la vie quand on voit ce que vous en faites… »

Certains jours, j’aimerais bien ne plus croire en Dieu et surtout en Jésus-Christ. Les choses seraient plus simples !
Je me dirais que le monde est pourri et qu’il n’y a plus qu’à attendre qu’il s’autodétruise ? Et je vivrais cahin-caha, jusqu’à ce que la mort m’emporte, et puis voilà…

Dans l’Ancien Testament, on nous raconte que Dieu avait créé un monde parfait et que les humains côtoyaient et se reproduisaient avec des anges déchus, donnant naissance à des géants (Nephilim s’il faut en croire les traductions) qui donnèrent naissance aux différents héros de l’Antiquité ; ou tout simplement des croisements de gens reniant Dieu avec des gens croyants me semble plus concevable…

Quoi qu’il en soit, Dieu vit que la méchanceté avait rempli le monde et qu’il s’était dévoyé de sa condition première de pureté et il nettoya tout cela par un déluge, en ne sauvant que Noé, sa famille, et un couple de chaque espèce d’animaux dans une arche.

La tentation du découragement face à la condition humaine

Eh bien moi, Dieu, je le comprends !
Le monde d’aujourd’hui est encore plus pitoyable qu’il ne l’était dans la Genèse et personnellement il ne m’inspire plus que dégoût.
Le problème est qu’aujourd’hui, Dieu ne viendra pas effacer la feuille et tout reprendre à zéro comme dans l’histoire de Noé ! IL l’a dit lui-même ?
Je ne maudirai plus la terre, à cause de l’homme, parce que les pensées du cœur de l’homme sont mauvaises dès sa jeunesse ; et je ne frapperai plus tout ce qui est vivant, comme je l’ai fait.

Et encore pire !
Beaucoup, beaucoup plus tard… Dieu a même fait une nouvelle alliance avec l’homme, en nous envoyant son fils pour le pardon de nos péchés… Comme dirait Keanu Reeves dans Constantine :
« Il y a toujours un « hic » !
Et il est bel et bien là le « HIC ! »

Non seulement si je crois au Christ je ne peux pas détourner le regard de tout ce qui me dégoûte, me répugne, me révolte ou m’attriste, mais si je suis croyante, je dois agir, même à contre-courant, même si je me noie en le faisant pour « la cause » ! Celle pour laquelle le Christ lui aussi a donné sa vie…
Et je vous avoue que franchement, certains jours j’en ai plus envie…

Oui, certains jours je me dis qu’il serait bien plus facile de ne plus avoir la foi. Mais comme le dit l’Ecclésiaste :
« Car avec beaucoup de sagesse on a beaucoup de chagrin, et celui qui augmente sa science augmente sa douleur. »

Mais comme je suis croyante justement, je crois aussi que Dieu a une réponse parfaite qui m’attend quelque part, comme il le fit déjà jadis pour moi, et je crois qu’il saura me la faire parvenir en temps et en heure.
C’est aussi cela, je crois, croire et aimer Dieu, être confiant.
Être conscient de ses limites humaines et rester confiant.
Garder en nous la clarté de l’étoile de Bethléem au-dessus de notre étable…
Marie-Noëlle


Réponse du pasteur Marc Pernot : Une théologie de l’espérance

Chère Marie-Noëlle,
Grand merci pour cette méditation inspirante. Je reconnais qu’il peut y avoir du dégoût quand on voit certaines choses aux actualités. Vous avez raison, avec ce récit du déluge (Genèse 6 à 9, dans la Bible). C’est un conte théologique et spirituel frappant, à travers lui, la Bible nous propose un cheminement, depuis le dégoût devant la violence de l’humanité et l’envie de tout envoyer balader… jusqu’à la fin où Dieu bénit l’humanité, l’assumant telle qu’elle est en réalité, à la fois géniale par certains côtés, et parfois violente. La décision de Dieu est de faire alliance pour accompagner cette humanité qu’il aime et aimera toujours.

Changer de regard sur la création et l’humanité

  • Ce récit nous propose ainsi un changement de théologie : partant d’une conception de Dieu comme juge impitoyable et juste, découvrir le Dieu qui aime ses enfants et les accompagne dans l’espérance qu’ils deviennent meilleurs.
  • Ce récit nous propose en cohérence un changement dans notre propre regard sur l’humanité, passant de l’horreur et du dégoût à l’attention prévenante de notre humanité et de chaque humain, de chaque vivant en ce monde.

Il ne s’agit pas de détourner les yeux des horreurs commises par l’humanité… mais de ne pas se laisser aveugler par cela et de relever prioritairement tout éclair de bonté, tout geste concret de fraternité en ce monde, toute éventuelle capacité de progression. De tels signes, j’en rencontre tous les jours.

Hier encore, j’ai rencontré un futur jeune homme qui me dit que sa femme et lui attendent la naissance de leur enfant pour le mois prochain et que c’est en conscience qu’ils font cet enfant alors que le monde ne va pas très bien, que l’enfant à naître communique déjà, réagit à la voix, à la musique, à une caresse sur le ventre de la maman, que le chat, fâché au début par cette grossesse, se blottit maintenant deux fois par jour contre le ventre de la maman… Bref, comment ne pas se réconcilier avec l’humanité et avec la création face à cela ?

Chaque jour, je vois des parents entourer et éduquer leurs enfants, les initier à la vie spirituelle, je vois l’amour des grands-parents se manifester, je vois des aînés s’épauler, l’ardeur de bénévoles qui œuvrent dans l’église et dans les associations, ou qui aident leur voisin, des élus locaux qui s’échinent à gérer leur petite commune en plus de leur propre vie, les enfants qui vont joyeusement à l’école, les personnes avec un gilet fluo qui les aident à traverser avec un « Bonne journée les enfants »… Bien sûr, tout cela est moins spectaculaire que les bombes et les records de température, mais c’est néanmoins une clameur immense, pour qui veut bien l’entendre : celle des hommes et des femmes, des enfants de bonne volonté. Cela existe chez les simples et parmi les puissants.

L’exaucement de Dieu dans le cœur humain

La réponse parfaite qui vient de Dieu et qui nous attend quelque part ? Bravo pour cette conviction, cette espérance : cette réponse de Dieu, ou plutôt son exaucement (car la Parole de Dieu est une action plutôt qu’une phrase articulée portée par une onde sonore) : cette réponse en acte de Dieu est dans notre cœur qui pardonne et qui aime notre humanité, qui a de l’espérance pour elle, qui fait alliance avec elle, qui a une tendresse d’un instant pour une personne. Comme Dieu le fait. Encore et encore.

Pour nous, à notre niveau, c’est plus facile finalement. Nous pouvons porter nos regards sur ceux qui nous entourent, les visages que nous croisons. Il y a certes une ou deux personnes souffrantes et que cela rend nocives, mais je dirais qu’en portant notre regard à notre niveau : combien l’humanité est touchante ! Ou plutôt, combien la personne humaine est touchante. Et cela nous donne envie de nous soucier de telle ou telle personne, de prendre de ses nouvelles, de prendre un café, d’échanger, et peut-être de donner un coup de main ou ne serait-ce qu’un petit pot de miel. Au sens propre ou au figuré.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

pasteur Marc Pernot

Partagez cet article sur :
  • Icone de facebook
  • Icone de twitter
  • Icone d'email

Articles récents de la même catégorie

Articles récents avec des étiquettes similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *