Introduction par le pasteur Marc Pernot :
Merci pour ce témoignage de recherche et de questionnement, de lecture et d’observation. Bravo pour vos lectures, bien choisies. François Vouga est un exégète très réputé. Avec Marguerat, Roemer, Dettwiller, Cuvillier et quelques autres, c’est toujours solide, honnête et argumenté. Vouga est donc a priori digne de confiance. Bien sûr, ses hypothèses ne sont que des hypothèses, je suppose qu’il ne les présente pas autrement : c’est loin, très très loin du statut de fait historique. Et les hypothèses des exégètes durent ce que durent les roses : cueillies le matin, bientôt fanées.
I. Le courant johannique face au Gnosticisme
Le livre de François VOUGA aborde la question de certains chrétiens appartenant à la mouvance johannique et influencés par une théologie de type gnostique. Monsieur VOUGA esquisse une brève explication des deux visions de Jésus. Apparemment l’Égypte aurait connu une forme de christianisme à variante théologique gnostique. L’Évangile selon Thomas découvert en Égypte serait influencé par cette optique du christianisme et du Christ. Que pensez-vous de cette interprétation théologique ? Est-elle légitime ? Pourquoi certains auteurs du Nouveau Testament semblent fortement rejeter cette théologie ? Cette théologie existe-t-elle de nos jours dans certaines dénominations du christianisme ?
La réponse du pasteur :
L’étude de François Vouga est certainement intéressante car la question du rapport entre le courant johannique et gnostique existe. Je n’ai pas lu ce qu’a dit François Vouga, je ne peux donc pas en parler, mais je peux vous répondre en vous donnant mon point de vue.
Le gnosticisme était un courant spirituel assez important en Égypte à l’époque, et bien connu par une littérature retrouvée (voir un important volume dans La Pléiade), et dont un certain nombre de personnes a accueilli l’Évangile du Christ rapidement.
Je ne pense sincèrement pas que le courant johannique soit gnostique. Pour deux raisons :
L’incarnation et l’amour du monde
D’abord parce que Jésus selon Jean aime ce monde : la Parole s’incarne dans notre chair, dans ce monde, et c’est une bénédiction, pas une chute. Jésus y explique : « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son fils… » (Jean 3:16) : Dieu aime vraiment ce monde-ci. Ce type de pensée ne me semble pas trop gnostique, cette incarnation de la Parole en Christ mêle les choses, le spirituel et le mondain, l’Esprit et la chair, et c’est une grâce.
La dualité symbolique chez Jean
Ensuite, c’est vrai que l’on voit dans les écrits appartenant au courant spirituel de Jean qu’il y a parfois une forme de discours présentant deux types, du genre lumière/ténèbres, juste/pécheur. Cela pourrait s’apparenter à une façon de parler gnostique. Seulement, cela ne me semble pas avoir pour but de distinguer deux catégories de personnes, mais c’est tout le contraire : c’est pour parler de deux composantes qui existent en chaque personne.
« Cette lumière était la véritable lumière, qui, en venant dans le monde, éclaire tout homme. Elle était dans le monde… et le monde ne l’a pas connue. Elle est venue chez les siens, et les siens ne l’ont pas reçue. Mais à tous ceux qui l’ont reçue… » (Jean 1:9-12).
Oui, l’Évangile selon Thomas a bien une teinture nettement gnostique, lui. Mais la foi et les idées de Jésus me semblent loin de ce courant : Jésus, aimant le monde, et universaliste, nuancé, cherchant à enseigner toute personne, homme comme femme, enfant, de toute classe sociale. Ce n’est pas très gnostique.
II. L’énigme de l’apôtre Paul : Histoire et Tradition
Une possible remise en cause de certains points de la vie personnelle de Paul : (citoyen romain, élève de Gamaliel, langue hébraïque…) Selon M. VOUGA, Luc aurait fait appel à certains traits relatifs à Paul en vue de mettre en valeur le ministère de l’apôtre. S’il vous plait, que pensez-vous de cette position relative à Luc et Paul ? Quels points de vue sur la vie de l’apôtre Paul peut-on avoir comme traits sûrs ?
La réponse du pasteur :
Personnellement, je ne vois pas pourquoi il faudrait douter du fait que Paul soit citoyen romain et érudit hébraïsant ; à le lire, il me semble avoir cette compétence, avec une bonne connaissance aussi de la philosophie grecque. Cela ne me semble pas du tout improbable.
Mais bon, si François Vouga avance ces hypothèses, cela mérite qu’on se penche dessus, et qu’on voie ce que cela apporterait à notre foi et à la compréhension de nos textes s’il avait raison. Ces écrits concernant Paul sont très anciens, les personnes qui les ont reçus en premier auraient vraiment pu avoir connu Paul, ou une personne ayant connu Paul…
III. Liturgie Anglicanisme High Church et Communion
Ayant été catholique dans ma jeunesse, je reste impressionné par ces processions identiques en tout point pratiquement à celles organisées par l’Église catholique. Les trois processions semblaient être nettement High Church car le rituel liturgique et les tenues vestimentaires sont 100 % de type romain ! Pourriez-vous m’aider à voir pourquoi je reste impressionné par ces cérémonies ecclésiastiques ? Simples réminiscences du bon vieux temps ?
La réponse du pasteur :
Comme protestants réformés, nous sommes complètement en communion « de chaire et d’autel » avec les anglicans et les luthériens. Nous sommes donc profondément en communion sur le fond, sur la foi.
Il est vrai que la forme des anglicans high church est très proche d’une forme catholique traditionnelle. Mais derrière les différences apparentes entre les dentelles et l’austère robe noire, le fond est en profonde communion. C’est une simple question de pédagogie au service du même évangile. Chacun son style.
Et bonnes recherches à vous. Dieu vous bénit et vous accompagne.








François Vouga est effectivement un exégète sérieux, spécialiste de la pensée paulinienne . Mais il n’est pas infaillible et ne le pense pas lui-même.
La gnose est délicate à définir et de ce fait délicate à attribuer . Elle est de plus différente en fonction des époques ! La gnose de René Guénon est une gnose qui a peu à voir avec celle des communautés du second siècle . Gnose, gnostique doivent s’appréhender avec beaucoup de souplesse.
Petite réflexion sur le gnosticisme : aujourd’hui il me semble qu’il y a de plus en plus de réserves sur l’utilisation de cette catégorie pour désigner un courant concret. Le « gnosticisme » est surtout une construction théorique pour rassembler sous un même chapeau des textes et courants plutôt divers – et que l’on ne connait globalement que par le prismes de leurs détracteurs.
En gros : ça marche comme un épouvantail, mais ça ne permet pas de rendre compte de manière adéquate des courants eux-mêmes. Mais Philippe Therrien sera plus précis que moi !
Merci, oui. Il n’y avait pas de pape ni de structure du gnosticisme. C’est une sensibilité, comme aujourd’hui l' »évangélisme », ou le « protestantisme ». Il y a de multiples groupuscules indépendants, mais on voit quand même un peu ce que cela signifie.