
Protestantisme, confession et pardon : peut-on vraiment être libéré de ses fautes ?
Un pasteur répond à une question sur la spécificité protestante face au repentir et à la confession : pourquoi le pardon de Dieu est déjà acquis, comment comprendre les paroles fortes de Jésus sur la réconciliation et la géhenne, et comment avancer quand on n'arrive pas à se pardonner soi-même.
Question posée :
Bonjour Pasteur,
J’espère que vous allez bien par la grâce de Dieu.
J’aimerais savoir quelle est la différence entre les protestants et les autres chrétiens ?
Notamment sur le repentir auprès de Dieu, se confesser par exemple.
Et aussi il y a quelque chose qui m’inquiète fortement à cause de mon passé avant que je sois chrétienne.
Pour commencer, je pensais encore que tant que ça ne sortait pas de ma bouche, c’était peut-être mal, mais ce n’était pas un péché.
Quand on devient chrétien, nos fautes conscientes et inconscientes du passé sont-elles effacées ?
Aussi, j’ai appris dans Matthieu 5.23-24 : « Si donc tu présentes ton offrande à l’autel, et que là tu te souviennes que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande devant l’autel, et va d’abord te réconcilier avec ton frère ; puis viens présenter ton offrande. »
Il est aussi dit que « celui qui le traitera de fou sera passible de la géhenne de feu. »
Faut-il prendre ceci au mot ?
Jésus, paix sur lui, avait pourtant dit que le blasphème contre lui était pardonnable, mais pas le blasphème contre Dieu sans repentir. Qu’en est-il du blasphème sur autrui ? Je ne comprends plus.
J’ai pensé pire l’année dernière concernant même certaines personnes mortes. J’étais vraiment horrible et je le regrette. J’espère juste que ces personnes mortes, et même de leur vivant d’ailleurs, n’en veulent pas et n’en voulaient pas aux gens qui ont pensé du mal d’elles. Si on dit du mal de quelqu’un, ou en pensée, consciemment ou non, alors qu’on ne peut pas voir la personne, qu’elle soit dans un autre pays, etc., ou même qu’elle soit morte en ayant quelque chose contre vous, que vous le sachiez ou non d’ailleurs.
Comment faire pour se repentir dans ce cas, même quand on le veut de tout son cœur et qu’on regrette ?
Au fond de moi, j’espère vraiment qu’il y a une solution de pardon pour les gens dans mon cas. J’espère que Dieu ne mettra pas son enfant au feu s’il a essayé de se repentir mais qu’il ne sait pas comment faire dans cette situation.
Pardonnez-moi d’avoir transformé la question en confession.
Je vous souhaite une bonne journée.
Merci pour tout ce que vous faites, d’être toujours bienveillants auprès de ceux qui vous écrivent.
Et que Dieu vous bénisse.
Réponse d’un pasteur :
Le protestantisme : une relation directe et confiante avec Dieu
Bonjour,
Théoriquement, le protestant est en ligne directe avec Dieu, interprète librement la Bible, se fait sa propre opinion théologique, le tout avec l’aide de Dieu qui aide chacun à progresser, pas à pas. Cela n’est possible que dans la confiance en l’amour de Dieu, et donc dans son pardon, sa patience.
C’est comme cela que cela marche dans bien des Églises protestantes, mais pas dans toutes, car il y a des Églises qui se disent protestantes et dont les responsables tiennent quand même à prendre le pouvoir sur les fidèles. C’est très humain, c’est comme cela dans bien des associations et institutions. Même dans l’Église, bien sûr. En ce qui concerne le protestantisme, la liberté conduit à une grande diversité de sensibilités entre paroisses, selon les personnes (pasteurs et laïcs) qui s’y sont engagées. Il faut donc bien regarder et choisir, rester vigilant. Il y a plus de chances d’avoir quelque chose de respectueux pour l’individu dans des paroisses dites presbytériennes, réformées, luthériennes, épiscopaliennes ou anglicanes.
Le repentir et la confession : un pardon déjà accordé
En ce qui concerne le repentir ou la confession, là encore, pour le protestant, c’est devant Dieu, en ligne directe, dans la confiance en son amour que rien ne peut diminuer. Cette démarche devant Dieu ne vise donc pas à obtenir le pardon (déjà accordé), mais à laisser Dieu prendre soin de nous comme un médecin prend soin d’une personne souffrante.
Comment lire les paroles fortes de Jésus
Il faut comprendre comment parle Jésus : il parle de façon à nous réveiller, à susciter en nous une interrogation salutaire. Le statut de ses paroles n’est pas celui d’un code de lois et règlements qu’il faudrait appliquer à la lettre afin d’être dans la vérité. Ce n’est pas possible. Par exemple, quand il dit : « Mais moi, je vous dis de ne pas résister au méchant » (Matthieu 5.39) ! Ce n’est pas un modèle de société : impossible de laisser les gangsters braquer les personnes âgées, les fous violer les femmes et les enfants, et cette parole très claire de Jésus ne nous oblige pas à laisser notre porte ouverte et les clés de la voiture sur le tableau de bord avec notre portefeuille.
Comment lire ces paroles de Jésus ?
- En s’interrogeant sincèrement pour chercher quelle est la meilleure attitude à avoir avant d’agir. Une fois, ce sera de lutter contre les agissements mauvais d’une personne ; une autre fois, ce sera de patienter pour trouver comment l’aider à se porter mieux ; une fois, ce sera de l’interroger elle-même pour lui faire prendre conscience ; une autre fois, ce sera en montrant l’exemple d’un bon comportement…
- En s’interrogeant devant Dieu, en confiance dans son amour et sa patience pour nous, en lui demandant de nous ouvrir les yeux, de nous faire saisir les vrais enjeux et les possibilités multiples qui s’offrent à nous, qu’il nous aide à choisir et à faire ce que nous avons choisi.
- Et ces paroles provocantes de Jésus nous aident aussi à nous interroger après coup sur la façon dont nous avons agi, pour voir si nous n’aurions pas pu mieux faire… encore et toujours en confiance dans le pardon de Dieu.
Se réconcilier avec son frère et réparer ce qui est possible
Pour ce qui est de se réconcilier avec son frère, je trouve ces paroles de Jésus intéressantes, car même si nous avons en Dieu un amour et un pardon infinis, ce pardon n’est pas tout. Si nous avons fait n’importe quoi, il est bien possible que nous ayons fait souffrir une personne, et le fait d’être pardonné par Dieu est un encouragement à essayer de réparer les conséquences de nos fautes. Ce n’est pas toujours possible, car si l’on a blessé une personne, la peine qu’elle a vécue a bien été vécue, et on ne peut pas revenir en arrière. Mais il y a souvent des choses que l’on peut améliorer dans la situation de la personne que l’on a fait souffrir. Le pardon de Dieu nous y encourage.
La géhenne de feu : une image de purification, non de torture
La géhenne de feu n’est pas une torture que Dieu ferait subir à la personne qui a commis une faute. Dieu ne torture personne. Bien sûr, puisqu’il est amour et tendresse, comme une maman parfaite pour son bébé.
Le feu est une image de ce qui purifie le minerai afin d’éliminer la terre qui est dedans et d’en dégager l’or, l’argent et le platine. Tel est l’amour de Dieu : il cherche à dégager le meilleur qui existe en nous, notre personnalité profonde, notre amour et notre espérance, notre créativité, notre foi. Et pour cela, il cherche à nous libérer de ce qui pèse sur nous : les souffrances anciennes, nos défauts. C’est cela qu’il cherche à brûler par son Esprit en nous. Voilà la « justice de Dieu » : elle cherche patiemment à rendre juste chaque personne, par amour.
Se pardonner à soi-même et la confession auprès d’un pasteur
Dieu cherche aussi à nous aider à nous pardonner à nous-mêmes. Ce n’est pas toujours facile, et cela peut prendre du temps. L’apôtre Jean a bien raison quand il nous affirme : « Si notre cœur nous condamne, Dieu est plus grand que notre cœur, et il connaît toutes choses » (1 Jean 3.20), et il nous aime, nous pardonne, car « Dieu est amour » (1 Jean 4.8 et 16).
Même si le chrétien protestant se confesse à Dieu directement, il lui est évidemment permis, si nécessaire, d’aller voir son pasteur pour lui dire ses remords pour quelque chose, afin que le pasteur puisse ainsi lui dire le pardon de la part de Dieu. Il arrive que nous ayons ainsi besoin d’une parole humaine pour nous rassurer sur le fait qu’avec Dieu, aucune situation n’est désespérée.
N’ayez crainte : Dieu vous bénit et vous accompagne.
par : pasteur Marc Pernot
À lire aussi : Sur le sens théologique et spirituel du Blasphème, et du « péché impardonnable », voir les articles dédiés dans notre Petit Dictionnaire de Théologie.
En écho à ce texte :
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Confesser son péché à Dieu suffit-il, ou faut-il aussi en parler à quelqu’un ?
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Péché « mortel » : faut-il une confession pour être pardonné ?
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Le pardon de Dieu ? Pour soi ? Et quoi pour la victime ?

Bonjour Marc Pernot,
Vous avez entièrement raison par rapport a la responsabilité de la personne a confesser directement en priant ses péchés. Cependant, parfois il est bon pour la personne de ce confié a un frère ou une soeur dans la foi de confiance, ( sans forcément être Monsieur, Madame le, la pasteur) qui acceptera de prier pour la personne et encouragera humblement le pécheur, a s’amélioré, mais également a être bienveillant en envers lui, comme Dieu l’es pour nous. Mais la personne qui écoute dois être consciente qu’elle est comme la personne qui demande d’être écoutée, elle est pécheresse. Cette personne a donc ces combats. Il est vrai, c’est compliqué de trouver cette personne de confiance, mais pas impossible. Mais il n’est pas indispensable pour ce faire pardonner, juste un plus. C’est d’ailleurs ce que développe Dietrich Bonhoeffer, Dans son livre: La vie communautaire.
Je ne sais pas ce qu’il y a dans le canton de Genève, mais dans le canton de Vaud, il y a des structures comme la Cascade à Renens et la Rosée à Payerne, qui sont des lieux d’écoutes.
la Cascade: https://www.eerv.ch/region/les-chamberonnes/activites/solidarite/la-cascade
La Rosée: http://www.larosee-broye.ch/nsite2/
Amitié fraternelles