Jésus annonce que Dieu « leur fera promptement justice », que signifie ce « promptement » ?

Par : pasteur Marc Pernot

un homme en grosse moto roulant vite dans un virage, venent vers nous - Photo by Harley-Davidson on Unsplash

Question d’un visiteur :

Cher Pasteur,

Je me penchais ce matin sur la parabole du juge inique et de la veuve en Luc 18 : 1-8, spécifiquement sur le mot « promptement » du v. 8.

Luc 18/1-8

1 Jésus leur adressa une parabole, pour montrer qu’il faut toujours prier, et ne point se relâcher.
2 Il dit : Il y avait dans une ville un juge qui ne craignait point Dieu et qui n ‘avait d’égard pour personne.
3 Il y avait aussi dans cette ville une veuve qui venait lui dire : Fais-moi justice de ma partie adverse.
4 Pendant longtemps il refusa. Mais ensuite il dit en lui-même : Quoique je ne craigne point Dieu et que je n’aie d’égard pour personne,
5 néanmoins, parce que cette veuve m ‘importune, je lui ferai justice, afin qu’elle ne vienne pas sans cesse me rompre la tête.
6 Le Seigneur ajouta : Entendez ce que dit le juge inique.
7 Et Dieu ne fera-t-il pas justice à ses élus, qui crient à lui jour et nuit, et tardera-t-il à leur égard ?
8 Je vous le dis, il leur fera promptement justice. Mais, quand le Fils de l’homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ?

Au v. 8 de Luc 18, le mot « promptement » est traduit par différents termes :

Bientôt / au plus tôt / prompte justice / vengera bien vite / en vitesse / il leur fera justice et vite / rapidement

Quelle est donc la signification de ce terme du v. 8 : il leur fera promptement justice ?

Alors qu’il nous semble que Dieu attend, attend encore de nous faire justice face à des situations d’injustice telles que Jésus l’a vécue dans son procès.

La notion du temps ici est-elle à prendre dans le sens de la durée (chronos) ou le temps kairos, celui du surgissement, celui d’une situation qui se débloque, qui se retourne en notre faveur sans qu’on ne s’y attende ? Ou les deux ?

Je vous remercie de votre réponse et je vous adresse mes cordiaux messages.

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir

Le mot grec tachos signifie effectivement dans la Bible « promptement », ce que rendent bien les diverses traductions.

Je pense que cela dit que le salut n’est pas seulement pour la fin des temps, ni même seulement pour après notre mort. Mais qu’il s’incarne dans notre vie présente « promptement ».

La justice de Dieu n’est pas un jugement qui sélectionne et rejette, il ne consiste pas à régler les comptes en punissant le méchant.
La justice de Dieu est un soin qui rend juste, qui soigne et réconforte, qui nous élève et éventuellement nous relève, nous ressuscite.
La prière est ouverture à ce bon soin de Dieu.

Je verrais ce « promptement » comme évoquant le déploiement en cours de ce bon soin de Dieu pour nous. Jésus utilise souvent des paraboles agricoles pour parler de ce processus (du Royaume de Dieu, de son règne). Quand un graine est semée, au début, rien de visible, ensuite c’est une minuscule pousse bien négligeable, une certain temps est nécessaire avant que les effets soient appréciables. C’est donc du « chronos » dont il est question avec ce « promptement », à mon avis, comme une période de germination, de guérison, de construction, de cheminement, d’élévation, de rapprochement, d’attachement qui se tisse… c’est ainsi que « le fils de l’homme » advient en notre monde et en nous, ou s’efforce d’advenir dans la mesure où notre foi le permet, bien entendu (ce n’est pas non plus un viol !).

Il y a donc un temps de latence, seulement le « promptement » dit que l’attente n’est pas infinie, que la foi aura bientôt, à court ou moyen terme, à se réjouir des effets positif de la grâce de Dieu sur notre existence et sur notre personne. Le discours n’est donc pas de vaines promesses pour le jour du retour du Christ que certaines personnes de nombreuses générations ont déjà attendu en vain… ce ne sont pas des illusoires annonces de lendemains qui chantent, toujours le lendemain. Mais c’est un tout bientôt, que l’on pourra donc promptement expérimenter. Il arrive que ce soit nous-même qui nous piégeons si notre attente est tellement concentrée sur tel exaucement auquel nous tenons absolument… que nous ne voyons même pas la meilleure des surprises que Dieu a préparée et mise devant nos yeux.

Ce « promptement » engage Jésus. Il est vrai que nous ne prenons pas trop de risque à dire à une personne qu’elle tirera grand bénéfice « promptement » : en s’essayent à prier Dieu l’esprit ouvert à ce que cela pourrait apporter, en essayant un cheminement de foi. Et ce « promptement » est de l’ordre de quelques mois, en général (tout dépend bien sûr de chaque personne et de ce qu’elle vit et a vécu).

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : pasteur Marc Pernot

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Marc Pernot

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3 réponses

  1. Claire-Lise Rosset dit :

    Cher Pasteur Marc,
    Je vous remercie infiniment d’avoir répondu à ma demande qui répond à la question du besoin de justice dont se réclament tant de victimes plongées dans l’absurdité du mal subi, en portant les conséquences psychiques, spirituelles et même physiques graves dans leur âme et dans leur corps.
    Le « cherchez le royaume de Dieu et sa justice et toutes ces choses vous seront données par-dessus » me préoccupe depuis des décennies.
    Face à l’injustice, se rouler dans la poussière avec Dieu, comme Jacob, quitte à incarner les psaumes d’imprécation pour que la colère face à l’injustice se dise. Il faut du temps, beaucoup de temps, avant de faire sien ce verset de Jésus dit à Jean-Baptiste lors de son baptême : laisse faire maintenant …. Lâche prise sur ce qui te dépasse dans ta finitude humaine, remets ton besoin de pardon et de justice entre les mains de ton Dieu, lui qui aime le pécheur, mais qui condamne les actes malveillants faits aux plus petits qui croient en lui : les enfants, les personnes vulnérables et opprimées par ceux qui, dans leur arrogance, s’essuient la bouche et disent : Dieu verra-t-il ?
    Le chemin de foi que vous proposez est très intéressant. Dans le sens que, si on se bloque sur son besoin de justice, on se prive de ce chemin combien difficile, mais libérateur, que je ressens comme ces « douleurs de l’enfantement jusqu’à ce que Christ soit formé en vous », dont parle l’apôtre Paul .
    Job l’a vécu pour lui-même – et tant d’autres avec lui confrontés à la souffrance indicible – jusqu’à ce qu’il dise : j’avais entendu parler de toi (par qui ? Comment ? Avec quelle représentation de Dieu ?), mais ajoute : maintenant mon œil t’a vu.
    Temps de déréliction ou de dé-création à la Simone Weil, puis long temps de reconstruction pour aboutir à accepter l’inacceptable, au point de dire comme Joseph à ses frères : Vous aviez médité du mal contre moi, Dieu l’a changé en bien.
    Puis, après des années de tempête spirituelle, en arriver à ce paradoxe incroyable et surhumain qu’est la louange dans l’épreuve :
    Venez, écoutez, vous tous qui craignez Dieu, et je raconterai ce qu’il a fait pour mon âme.
    Mais ce cri de victoire du verset 18 du psaume 66 est corrélé au petit mot Pause du v. 15, qui correspond au temps de maturation dans l’épreuve. La graine qui pousse, avec ses vents, ses tempêtes, ces chaleurs qui brûlent la végétation grandissante, mais arrosée par l’eau rafraîchissante du Père des miséricordes et du Dieu de toute consolation.
    Que ferions-nous dans ce combat spirituel face au mal sous toutes ses formes sans cette prière de Jésus faite à Simon peu avant sa passion : J’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point ?
    Avec mes remerciements réitérés pour votre réponse qui a étayé ma réflexion sur le mal subi et mes cordiaux messages.
    Claire-Lise Rosset

    • Marc Pernot dit :

      Chère Claire-Lise
      Effectivement, la question n’est pas de régler les comptes.
      Cela ne sert à rien et cela place souvent la victime comme prisonnière de son passé, et du refus de son agresseur de reconnaître son acte.
      Pour la victime comme pour l’agresseur ce que l’on peut espérer de mieux est les bons soins de Dieu, et que la victime ressuscite, soit libérée. Et que la personne qui a fait du mal puisse progresser, prendre conscience, si possible.
      Je ne sais pas s’il faut « accepter l’inacceptable ».

      • Si c’est reconnaître que cela a eu lieu, oui, que cela a eu lieu dans le passé, que l’on a été victime de ce sale coup. Et qu’aujourd’hui nous avons une blessure qui saigne peut-être encore, mais que les coups sont derrières ?
      • Mais on a le droit de ne pas accepter la violence. De la dénoncer comme inacceptable, pour soi et pour les autres.

      Ah que nous avons besoin de ce souffle de l’Esprit de Dieu qui nous donne de vivre et de vivre debout.
      Dieu vous bénit et vous accompagne

  2. Claire-Lise Rosset dit :

    Cher Pasteur Marc,
    Oui, c’est un contre-sens que d’ «accepter l’inacceptable » , qui peut avoir un goût amer de résignation, voire de masochisme.

    Et pourtant, il arrive un moment où les conséquences du mal subi sont tellement graves, que lutter contre elles ne fait qu’aggraver la situation.
    Pour ma part, après avoir supplié Dieu à plusieurs reprises d’ôter ces « épines dans ma chair », j’ai vécu mon Gethsémané où je me suis abandonnée entre les mains du Père qui contrôle ma tempête existentielle : que ta volonté soit faite et non la mienne.

    Et je crois que la « victoire » sur ce combat permet de surfer sur la vague avec l’aide du Dieu de toute consolation, ce Dieu présent et caché, mais qui néanmoins reste le Rocher de mon cœur.

    Le Cant des cant. ne dit-il pas :

    « Ma colombe, qui te tiens dans les fentes du Rocher,
    Qui te caches dans les parois escarpées,
    Fais-moi voir ta figure,
    Fais-moi entendre ta voix;
    Car ta voix est douce, et ta figure est agréable. »

    « Fais- moi entendre ta voix » est simplement exprimer cette prière dans mes moments où le découragement me gagne : Je crois, Seigneur … viens en aide à mon incrédulité !

    Un tout grand merci de votre réponse pertinente, avec mes cordiaux messages.
    Claire-Lise Rosset

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