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Question

Le sens spirituel du repos de Dieu : comprendre le 7ème jour de la Création

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Le repos du septième jour dépasse la simple absence d’activité pour devenir un acte de bénédiction et de sanctification. À travers le récit de la Genèse et l’enseignement de Jésus, ce temps de retrait invite à redécouvrir la dignité humaine au-delà de la productivité, reliant l’équilibre physique à la profondeur spirituelle.


Question posée :
Bonjour,
Je voudrais savoir en quoi consiste le repos de Dieu du 7 ème jour.
Cordialement.

Réponse d’un pasteur :

Bravo pour votre recherche, et en particulier pour cette question du repos de Dieu du 7ᵉ jour. C’est manifestement essentiel pour certains courants dans la Bible, et c’est même fondateur puisqu’il en est question dans le Décalogue (les tables de la Loi de Moïse, Exode 20), et que Jésus n’hésite pas à affronter durement les religieux de son époque sur cette question (au péril de sa vie).

La symbolique du chiffre 7 dans la Bible

Le chiffre 7 a une signification importante dans la Bible. Il associe le 4 de ce monde (les 4 points cardinaux) au 3 de la divinité (à cause des propriétés physiques de stabilité du triangle). C’est pourquoi le chiffre 7 évoque une certaine perfection, prenant en compte la bénédiction qu’est la vie en ce monde, et aussi la dimension spirituelle, la relation à Dieu. Cela fait une création complète, au top des deux dimensions.

Il est question du repos de Dieu le 7ᵉ jour dans le récit de la création qui ouvre le livre de la Genèse, ce sont les premières pages de notre Bible aujourd’hui.

« Dieu vit tout ce qu’il avait fait et voici, cela était très bon. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin : ce fut le sixième jour. Ainsi furent achevés les cieux et la terre, et toute leur armée. Dieu acheva au septième jour son œuvre, qu’il avait faite : et il se reposa au septième jour de toute son œuvre, qu’il avait faite. Dieu bénit le septième jour, et il le sanctifia, parce qu’en ce jour il se reposa de toute son œuvre qu’il avait créée en la faisant. » (Genèse 1:31-2:3)

Les trois actions de Dieu lors du septième jour

On voit dans ce texte que Dieu ne fait pas tout à fait rien, le 7ᵉ jour. Littéralement « il achève son œuvre », ou « il parachève son œuvre », il met la touche finale. Comment ? Il fait au moins trois actions, nous dit ce texte :

1. Dieu bénit le 7ᵉ jour

C’est un vrai boulot. Ce n’est plus de l’ordre de la création matérielle, en effet, mais c’est de l’ordre du spirituel. Bénir est le boulot de Dieu, bénir une personne, c’est s’associer avec cette personne, c’est lui donner de la force pour s’épanouir librement. Comment peut-on donc « bénir le 7ᵉ jour » ? En comptant sur ce jour comme important et précieux, en le rendant fécond. C’est ce qu’explique le point suivant.

2. Dieu le sanctifie

Cela veut dire que ce jour n’est n’importe quel jour parmi les 7 jours, que ce jour a une vocation spécifique pour apporter quelque chose. Peut-être comme quand l’agriculteur laisse la graine germer en profondeur. Il ne va pas labourer sans cesse pour voir si la graine germe, ça la tuerait. Dieu sanctifie le 7ᵉ jour en faisant que la paix, la tranquillité, la sérénité, le repos, le sommeil, les loisirs apportent vraiment quelque chose de précieux. Une ouverture à la bénédiction de Dieu sur notre corps et notre vie, sur notre monde.

3. Dieu s’arrête

C’est un vrai travail aussi de s’arrêter. Pensons à ce que cela veut dire d’arrêter un grand paquebot ? Ou d’arrêter de fumer ? Cela demande une volonté précise, une énergie.

Le travail continu de Dieu : la perspective de Jésus

Est-ce que vraiment, Dieu ne ferait rien un jour par semaine ? Ce serait étonnant quand même, cela voudrait dire en particulier que son Esprit arrêterait d’animer toute personne vivant au monde. Ou qu’une fois par semaine Dieu cesserait d’écouter, de regarder et de venir en aide à ceux qui espèrent en lui ? En tout cas, Jésus réfute cette idée que Dieu cesserait d’agir (de temps en temps) quand lui-même est attaqué parce qu’il donne un coup de main à une personne le jour du sabbat ; il explique :

« L’homme annonça aux Judéens que c’était Jésus qui l’avait guéri. C’est pourquoi ils poursuivaient Jésus, parce qu’il faisait ces choses le jour du sabbat. Mais Jésus leur répondit : « Mon Père agit jusqu’à présent ; moi aussi, j’agis. » (Jean 5:15-17).

Alors comment comprendre ce texte de la Genèse qui dit que Dieu se repose le 7ᵉ jour de la création ? La question fondamentale à examiner est de chercher de quoi parle, en réalité, ce récit de création de la Genèse ?

  1. Car il ne parle pas de ce qui s’est passé dans les 7 premières journées existant après la création du temps, ce n’est pas un texte appartenant à la science de l’Univers. Ce n’est absolument pas l’objet de ce récit, d’ailleurs on ne peut pas parler de « jours » avant que la Terre ne tourne sur elle-même autour du Soleil, la notion même de « jour » est attachée à ce phénomène physique.
  2. Ce récit parle du sens de la création de Dieu, comment il crée : dans une évolution, étape par étape. Ce travail est encore en cours dans une création continuée « jusqu’à ce que toute chose lui soit soumise » (1 Corinthiens 15:28). nous dit l’apôtre Paul. Par conséquent, le repos de Dieu le 7ᵉ jour évoquerait que Dieu ne cesse de créer jusqu’à ce que son œuvre soit à son terme aussi bien matériellement que spirituellement. C’est alors que nous serons dans un état de la création pouvant être qualifié de digne du 7ᵉ jour. Avec cette belle promesse que Dieu ne nous abandonnera pas jusqu’à ce qu’il reste des difficultés. Et nous appelle à agir à ses côtés pour poursuivre son œuvre, comme le dit Jésus : “Il faut que NOUS fassions, tandis qu’il est jour, les œuvres de celui qui m’a envoyé » (Jean 9:4).
  3. Ce récit parle aussi de notre propre existence à nous. Nous sommes un être en cours de création, évoluant sans cesse, ce texte parle des soins de Dieu dans le présent : l’impulsion et les soins que Dieu nous donne pour nous aider à avancer dans la vie, pour approfondir et élever notre être.

L’application pratique : Sabbat et dignité humaine

C’est ainsi pour nous, humains, que ces récits parlent de ce 7ᵉ jour de Dieu, de ce repos. Comme le Décalogue le dit, cela nous invite à entrer dans cette bénédiction du 7ᵉ jour, à compléter notre être aussi bien en étant en forme physique que spirituelle. Et que pour cela, dans une attention à la fois à notre corps et à notre âme, il serait bon de sanctifier, de mettre à part un jour sur sept en nous arrêtant un peu d’être dans la course de nos activités, laissant les six autres jours pour agir et produire, pour créer dans ce monde.

Car une course effrénée d’action en ce monde pourrait amener à confondre le sens de notre vie avec une certaine productivité. Or, nous ne sommes pas une machine à produire, nous sommes une personne précieuse et aimée et digne par elle-même. Confondre la dignité humaine et sa productivité est très dommageable, c’est comme de marcher sur la tête. Et c’est cruel pour ceux qui ont moins ou pas du tout la capacité de produire. Une éventuelle production n’est qu’un fruit, l’essentiel est l’arbre que nous sommes, aimé par Dieu.

À nous, avec Dieu, de bénir et de sanctifier ce chemin de parachèvement en nous arrêtant un peu de courir. Ce repos fait partie des 7 jours de la création, cela veut dire que ce n’est pas seulement une négation, une absence d’activité, mais qu’il est là positivement comme un plus.

Le repos du 7ᵉ jour, à appliquer selon la lettre ou selon l’Esprit ?

On voit que Jésus n’appliquait pas à la lettre ce 7ᵉ jour. Il travaille quand il travaille, librement. Et il prend du temps parfois pour s’arrêter et retisser le lien avec Dieu, et travailler sa propre vocation. C’est ainsi qu’on voit Jésus laisser parfois la foule, quitter ses disciples et se retirer pour prier à l’écart, seul. C’est comme un temps de Sabbat qu’il se donne. C’est un temps qui est sous le signe de ce 7ᵉ jour : après avoir beaucoup travaillé, enseigné, soigné, il sent qu’il a besoin de cesser de travailler pour se reconstruire à la fois physiquement (dans le repos) et spirituellement (dans la prière). Ensuite il retourne vers le monde, la foule, ses proches. C’est sa conscience et son inspiration, c’est l’occasion qui se présente, c’est l’Esprit qui l’aide à se décider s’il est temps d’agir ou temps de s’arrêter. C’est là le véritable repos du 7ᵉ jour : ce temps que la personne se donne parce que c’est pour elle le moment venu de prendre soin d’elle-même ainsi.

C’est cette liberté qui nous permet de nous adapter personnellement en fonction de là où nous en sommes, et de prier avec authenticité, c’est cette liberté qui nous appelle à sentir notre corps, notre moral, notre foi pour en prendre soin avec tendresse et intelligence. C’est donc essentiel de nous ouvrir à cette liberté. Pour que nous nous sentions autorisés à cette liberté, Jésus prend énormément de risques, car les intégristes de l’époque ne supportent pas que l’on transgresse la lettre du 7ᵉ jour. Il explique que « le Fils‭ de l’homme‭ est‭‭ maître‭ même‭ du sabbat‭.‭ » (Marc 2:28) : il le dit pour lui-même mais aussi pour tous les humains « fils ou filles d’Adam » et Ève, les humains.

Pourquoi le dimanche est-il devenu le jour du repos ?

Jésus pratiquait le sabbat le 7ᵉ jour de la semaine, quand il n’avait pas d’urgence à faire autre chose. Parce que c’est un utile exercice. Le repos personnel pratiqué par Jésus est essentiel, mais nous ne sommes pas seulement une personne individuelle, nous sommes aussi membres du corps de l’humanité et il est donc bon, en plus, dirais-je, de nous rassembler à la fois physiquement et spirituellement pour travailler notre humanité ensemble.

Pour cela il faut bien nous donner un rendez-vous. La loi religieuse juive a fixé cela le samedi, pourquoi pas, c’est le 7ᵉ jour à condition de commencer à compter à partir du dimanche, c’est très arbitraire. Les premiers chrétiens étaient tous juifs et allaient à la synagogue le samedi, et ils ont choisi de prendre leur temps de 7ᵉ jour à eux le lendemain du Sabbat, c’est un symbole de résurrection : c’est comme un 8ᵉ jour d’une semaine qui n’en compte que 7 sur terre, pour nous dire que nous sommes déjà, en Christ, dans le temps de l’éternité, le temps du Royaume de Dieu.

Mais là encore, nous sommes dans la liberté en Christ. Il se révèle souvent utile pour notre équilibre de vie, notre santé du corps et de notre foi, d’aller à notre rythme dans une assemblée de chrétiens le dimanche. C’est une expérience comme celle qui constate qu’il est bon pour notre santé de faire de l’exercice et de manger équilibré. Mais c’est bien entendu libre ; à la suite de cette liberté que le Christ avait et que nous donne. Dieu ne nous en veut évidemment pas de ne pas adopter ce rythme. L’essentiel pour lui est que nous soyons en forme. Il y a bien des façons de rejoindre d’autres chrétiens pour faire corps et ouvrir notre âme à la louange de l’assemblée, cela peut être par exemple une discussion avec un ami un mardi qui sera notre temps de sabbat.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

pasteur Marc Pernot

 

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8 Commentaires

  1. Dominique dit :

    Que faites vous après avoir préparer le jardin, semer et planter? Vous attendez , et vous attendez quoi si ce n’est le fruit de votre travail?
    Le jour de repos de Dieu c’est la période qui consiste à voir le résultat de son oeuvre. Maintenant, regardez , lisez bien. Chaque jour nouveau commence par une création d’un type nouveau. Pourquoi le 7eme jour ne serait pas marqué par une création nouvelle, mais cette fois spirituelle? Et c’est bien le cas, et Jésus le confirme. Cette création nouvelle qui marque le début du 7eme jour, est la création d’une humanité spirituelle qui commence avec Abel et qui est le résultat attendu par Dieu. Le repos de Dieu est donc bien l’attente d’un résultat suite à une oeuvre de 6 jours symboliques.

  2. Tristan dit :

    Dieu qui travaille est-il au courant de ce qui se passe en Ukraine, à Rafah ou en Papousie?

    1. Marc Pernot dit :

      Certainement, mais il n’a pas de télécommande pour piloter les gens. Heureusement, dans un sens. Ce serait épouvantablement tyrannique. Mais je reconnais que ça serait plus efficace d’avoir des petits robots programmés par une super IA transcendante. D’ailleurs, des dictateurs en rêveraient.

      Que fait Dieu ? il prie l’humain, il l’appelle, il le supplie, il lui montre combien c’est bon et agréable d’aimer et de respecter.

      Ça peut sembler peu efficace dans le court terme. C’est vrai. Mais sur le long terme, il n’y a pas d’autre solution possible.

      1. Tristan dit :

        alors à quoi bon laisser les gens prier Dieu pour les opprimés, les malheureux, les victimes puisque Dieu se contente de regarder.

        1. Marc Pernot dit :

          On prie pour les opprimés non pas pour apprendre à Dieu qu’il y a de l’oppression, ni pour le convaincre de faire quelque chose (il fait déjà tout ce qu’il peut).. Mais la prière en pendant aux opprimés devrait aider à nous changer nous pour être meilleur nous-même, et à faire ce que nous pouvons pour améliorer le monde.

          1. Lili dit :

            C’est ce qu’on comprend grâce à votre théologie : la prière ne sert pas à modifier le monde en s’adjoignant l’aide d’une puissance extérieure (définition qu’on peut avoir et raison pour laquelle on ne s’y suis intéresse pas) mais à modifier la personne qui prie, ne serait-ce qu’à la placer dans un état de sérénité, plus propice aux bonnes idées que les énervements. Sans que cela ne soit non plus strictement une méditation puisqu’il s’agit non d’isoler le monde pour se concentrer sur soi mais de se concentrer sur le monde en s’ouvrant à la possibilité de notre propre manifestation i.e. en l’aimant. Peut-être cela provoque-t-il un face à face de cette façon : « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là au milieu d’eux » Mt 18.

      2. DD dit :

        Je crois que de toute façon, les humains n’écoutent plus la parole de Dieu… C’est uniquement le pouvoir et l’argent qui les intéressent… La parole de Dieu est inaudible

        1. Marc Pernot dit :

          Il y a toujours et « un petit reste », il en reste encore, et il en restera toujours. En ce qui me concerne, la question n’est pas tant le manque de foi des autres, mais mon manque de foi à moi. Ensuite, si ma foi me pousse à annoncer l’Evangile, c’est par passion, pour en faire profiter ceux qui voudront, mais ensuite, chacun son truc.

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