Je suis très attachée à la messe catholique, il m’arrive d’être mal à l’aise avec les préceptes de cette église.

Par : pasteur Marc Pernot

procession avec ostensoir et prêtres catholiques - Photo by Z I on Unsplash

Question d’un visiteur :

Bonjour,

Je suis une française catholique de 18 ans, et récemment j’ai repris contact avec Dieu. J’ai été éduquée dans une foi « légère » (si tant-est qu’une foi puisse être légère !). Mes parents nous ont fait baptiser, ma petite sœur, mon petit frère et moi, et nous ont inscrits au catéchisme dans le but que nous puissions plus tard, prendre la décision de la foi ou non en toutes connaissances de cause. Nous allons à la messe pour Pâques et Noël, mais mon père n’est pas croyant, et ma mère a tendance à se détacher de la religion avec le temps, mais ils nous ont toujours encouragés à faire nos propres choix et à avoir nos propres réflexions. Récemment, j’ai ressenti le besoin de nouer un lien plus profond avec Dieu. Même si je me suis toujours considérée comme croyante, je n’ai jamais vraiment pris ce fait comme important dans ma vie, jusqu’il y a un an ou deux. Ces derniers temps, je ressens le besoin d’aller à la messe, de prier, et je suis fière aujourd’hui de me dire chrétienne. C’est dans toute cette démarche que j’ai découvert votre site.

Pourquoi est-ce que je raconte tout ça ? Ça me semble important pour expliquer la suite.

En effet, même si j’ai toujours été attachée à la branche catholique, il m’arrive d’être mal à l’aise avec les préceptes de l’Église catholique. D’un côté, je suis très attachée aux messes catholiques, et au « rituel » autour, que je trouve propice à la réflexion et la prière, je me sens aussi proche d’idées très catholiques comme la figure de Marie. Je suis baptisée catholique, j’ai passé mes deux communions en temps que catholique. Mais je suis aussi profondément dérangée par des idées qui sont parfois promulguées par l’Église, comme l’interdiction des personnes homosexuelles de se marier, le déni de l’existence des transidentitées, la place des femmes, qui ne peuvent toujours pas être prêtres, les prêtres qui ne peuvent pas se marier… Entre autres. Il y a tant de gens en colère contre l’Église, et cela me rend triste de voir les chrétiens mis dans le même panier, mais en même temps je ne peux pas vraiment les blâmer quand on voit certaines choses, comme ce qui s’est passé en France lors du passage de la loi pour le mariage pour tous … A contrario, je me sens bien plus proche au niveau des idées de ce qu’on peut voir dans les différentes branches protestantes. Ce qui me fait poser des questions : devrais-je me convertir au protestantisme ? Si oui, faut-il faire quelque-chose en particulier ? Mais en même temps la « seule » chose qui me dérange dans le catholicisme, c’est l’Église, et encore pas tout (je n’ai par exemple aucun problème avec l’idée d’un pape (d’ailleurs j’aime beaucoup le pape actuel)). J’aimerai tant que les choses changent, et ne plus avoir honte de me présenter comme catholique. En bref : le catholicisme me convient très bien, et c’est vraiment la position de l’Église sur certains sujets qui me chiffonne. En attendant je prie tous les jours pour toutes les personnes de la communauté LGBT+ qui se sentent rejetées de l’amour de Dieu, et j’aimerai tant que chacun puisse, s’il ou elle le souhaite, se sentir aimé par Dieu … Parfois je me dis que c’est peut-être un problème générationnel, mais quand je vois le milieu des jeunes cathos de droite, je me dis que ce n’est pas gagné (milieu que je connais surtout grâce à un ami qui est très « tradi ») …

Voilà, ceci est la fin de ce mail particulièrement long ! Quel est donc votre avis sur ces questions en tant que pasteur protestant ?

Bien cordialement,

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir

Bravo, grand bravo de faire place à Dieu dans votre être et votre vie. Je suis persuadé que cela vous apportera beaucoup, à vous et à ceux qui sont autour de vous.

C’est comme tout, pour vivre dans ce monde réel il faut de la bienveillance et de l’espérance. Aucune personne n’est parfaite, nous avons donc à vivre en relation avec une personne en se réjouissant de ce qu’elle a de génial et en faisant avec ce qui est moins bon, ce qui n’empêche pas d’espérer que la personne puisse progresser, avec l’aide de Dieu, sur ce plan. C’est la base de l’Evangile de la grâce, manifesté en Christ, allant jusqu’à parler de Dieu qui aime, qui fait du bien et bénit celui qui a un problème.

En ce qui concerne l’église, c’est la même chose, tout groupe humain est de fait pas meilleur que la moyenne des personnes qui le compose, et le groupe est même souvent comme une chaîne : sa force est celle du maillon le plus faible. Il en est de même pour toute église. Même si notre inspiration est Dieu lui-même, parfait, et le Christ qui le manifeste, l’église est faite des humains qui s’y engagent, l’église, toute église, est donc pécheresse, faible, limitée, et bourrée de contradictions. Et pourtant, telle qu’elle est, elle apporte des services qui sont très utiles.

Comment faire ?

Tant que l’exercice courant, par exemple le dimanche matin, reste pour vous une nourriture faisant du bien à votre foi et à votre profondeur de réflexion, il me semble qu’il est bon de continuer. Je ne suis pas certain qu’il faille pardonner ou ne pas faire attention aux éléments choquants sporadiques car dès lors que vous choisissez une église, il me semble que vous avez aussi la responsabilité de prendre soin de cette église, d’essayer de la faire progresser. Cela peut prendre bien des formes, plus ou moins discrètes ou engageantes. Cela peut être :

  • dans la prière,
  • dans la discussion entre fidèles, dans l’expression libre dans la société civile, témoignant que l’église n’est pas que l’institution, n’est pas d’abord l’institution mais des hommes et des femmes,
  • dans l’expression respectueuse mais engagée auprès des personnes responsables localement ou au dessus,
  • cela peut aussi être dans des actes de solidarité. Par exemple, vous avez été apparemment choquée, comme moi, par la réponse donnée lundi dernier 15 mars 2021 par Congrégation pour la Doctrine de la Foi au sujet de la bénédiction des unions de personnes du même sexe refusant toute ouverture dans ce domaine, disant que « Dieu lui-même ne cesse de bénir chacun de ses enfants en pèlerinage dans ce monde… Mais Il ne bénit pas et ne peut pas bénir le péché ». Cela affirme tranquillement que l’acte homosexuel, même dans un couple stable de personnes fidèles et engagées, est un péché. C’est effectivement très stigmatisant non seulement pour l’acte lui-même, mais pour les personnes homosexuelles. C’est les bénir en vue de les changer. Ce genre de discours, qui plus est au nom de Dieu fait des dégâts immenses, spirituellement pour des personnes, mais aussi moralement et même physiquement, avec des enfants rejetés par leurs parents et par des suicides. Puisque ce sujet vous tient à cœur, vous pouvez le dire, vous pouvez aussi manifester concrètement dans votre paroisse de la chaleur, du respect, de la bénédiction envers la personne homosexuelle, et envers les couples de personnes homosexuelles. Cet accueil est très concret et possiblement extrêmement bénéfique.

En étant ainsi une chrétienne libre et engagée dans votre église, vous pouvez faire beaucoup de bien. Vous pouvez aussi en subir des conséquences, comme vous le remarquez, avec des personnes très sûres d’elles, et persuadées de détenir la vérité même de Dieu dans leur propre pensée et pratique. Jésus a bien souffert et est mort de cela. Mais il était le Christ. Ce n’est souvent pas très utile de s’affronter avec des personnes comme cela, c’est une perte d’énergie qui peut être mieux investie de façon positive. Il est possible de répondre que Dieu les bénit, et merci bien pour le témoignage de leur opinion, de leur foi.

Vous pouvez, à mon avis, panacher une pratique de la messe et une ouverture vers une pensée libre, et piocher quelques ressources dans les milieux chrétiens catholiques, protestants, orthodoxes. C’est déjà ce qui se vit entre théologiens protestants et catholiques qui collaborent grandement, en particulier dans le domaine biblique, mais pas seulement. Si vous avez la chance d’habiter un lieu offrant du choix, il est peut-être possible de chercher une paroisse plus ouverte que d’autres, avec un curé plus théologien, donnant une homélie fouillée.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

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