Je suis chrétien « mécréant », quelle en est la suite la plus pieuse ?

Par : pasteur Marc Pernot

soleil brillant derrière un arbre - Image: 'Sun shines through' by Martin Fisch https://creativecommons.org/licenses/by/2.0/ http://www.flickr.com/photos/45409431@N00/46254141912

Question d’un visiteur :

Chrétien itinérant entre diverses églises.

Elevé dans le catholicisme, mécréant, 61 ans.

Je crois au Dieu personnel, au point de le craindre.

Mais insensiblement je suis devenu réfractaire à la totalité de mon christianisme, en abandonnant par étape la croyance en la divinité de la Sainte Vierge, en la résurrection de Jésus, en la divinité d’une trinité ; j’ai suivi assidûment les développements théologiques censés transmettre, sans le percer mais sans le trahir, le mystère d’un monothéisme tripartite ; j’en ai tiré à chaque fois l’impression que leurs auteurs sont des raisonneurs intarissables ordinaires, sans aucune lumière particulière sur le sujet dans leur cœur.

Je ne suis probablement pas un cas rare, quelle en est la suite la plus pieuse ?

Je vous prie, frère chrétien, d’agréer ma respectueuse considération.

Réponse d’un pasteur :

Cher Monsieur

Je ne vois aucun problème avec le fait que vous ayez votre façon de concevoir Dieu, tout simplement personnel, sans avoir une conception trinitaire de Dieu. Franchement. Une majorité des chrétiens des 15 premières générations de chrétiens pensait la même chose que vous sur ces points là, à mon avis. Le culte à la vierge, reine du ciel, voire « mère de Dieu », n’est pas non plus une pratique des premières générations de chrétiens. Pour ce qui est de la résurrection, les avis étaient partagés. Paul en tout cas, considère que son expérience spirituelle sur le chemin de Damas est une rencontre avec le Christ ressuscité. Ce qui laisse place à une conception assez subjective de la « résurrection du Christ », qui est de l’ordre d’une expérience de foi des disciples plus que de l’ordre de la réanimation d’un cadavre. Cela aussi ne me semble en aucun cas une façon de voir qui serait choquante dans le cadre du christianisme.

Et quand bien même ! Si quelqu’un n’est pas content avec votre façon de voir : qu’il ait sa propre façon de voir à lui / elle, voilà tout. Et s’il/elle venait à se faire injurieux et vous dire qu’à cause de ce que vous pensez ou ne pensez pas il vous refusait l’étiquette de « chrétien », cela serait plus révélateur de sa foi à lui/elle que de la vôtre. Jésus lui-même n’était pas comme cela, lui qui célèbre avec exclamations la foi d’un centurion romain qui n’était donc certainement même pas monothéiste (obligé de rendre un culte à l’empereur comme dieu).

Mais quand même, ce serait plus agréable de ne pas se faire injurier trop souvent, et il vaut donc mieux chercher une paroisse (ou des paroisses si vous préférez) qui respecte la sensibilité personnelle des personnes. Car il me semble bien utile de sortir de chez soi assez régulièrement (à votre rythme) pour avoir cette dimension de déplacement et d’exercice spirituel au milieu d’autres chrétiens. Cela vient en complément d’une pratique personnelle, surtout faite de prière, mais aussi de recherche théologique et biblique, selon ce qui vous inspirera. Bravo de chercher, délibérément, volontairement, une suite la plus pieuse possible : c’est à la fois un élan vers l’avant, un volonté d’investir pour cela, et la priorité à la relation à Dieu.

Il me semble être important votre façon de considérer Dieu comme une personne avec qui vous avez des relations. Tout dépend ce que vous entendez par la crainte de Dieu, si c’est un étonnement, une considération devant cette réalité supra-naturelle, transcendante, qui touche aussi bien notre personne au plus profond de son être comme il englobe les milliards de galaxies et de trous noirs, je ressens cela aussi. Mais soi c’est la peur que ce Dieu se retourne contre nous, l’évangile du Christ nous en délivre, à mon avis. Et c’est plus qu’un grand soulagement, cela permet de penser et de vivre de la plus belle façon possible sans que ce soit motivé par une menace, ou par un chantage, ce qui peut conduire à un certain égocentrisme, peut-être.

Dans notre foi commune en Christ

pasteur Marc Pernot, église protestante de Genève

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