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Développement

Je cherche Dieu avec ardeur, mais je ne trouve ni son amour ni sa présence

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Chercher Dieu avec ardeur, prier, lire la Bible, et pourtant ne rien ressentir : cette absence de sentiment religieux n'est ni un échec ni une punition. Un pasteur explique pourquoi le salut ne repose pas sur ce que l'on éprouve, mais sur l'amour de Dieu, et comment reconnaître les talents spirituels que l'on a déjà sans le savoir.


Question posée :

Je me présente : j’ai 32 ans et j’exerce en qualité de travailleuse sociale pour une ONG. Mon récit sera probablement long et je vous remercie par avance pour le temps que vous pourrez y consacrer.

Voilà maintenant 3 ans que je suis à la recherche de Dieu, sans succès à ce jour. J’ai une connaissance à peu près correcte de la Bible, livre que je me force à lire sans en tirer de révélations ou de compréhension réelle de la Terre, du monde, des civilisations, de Dieu ou de moi-même. Mes connaissances théoriques sur Dieu sont plutôt développées, tandis que ma connaissance de Dieu est inexistante. Je n’ai pas de « relation personnelle » avec lui.

Il est dit que Dieu est amour et Jésus-Christ le sauveur. Je n’arrive à éprouver aucun amour pour Dieu ou Jésus. Si je m’intéresse à lui, c’est par crainte de l’enfer. Or, s’il n’y a pas d’amour de Dieu, l’on ne peut être sauvé.

Cela fait 4 ans que je suis dans cette boucle infernale. Lorsque je lis la Bible, je m’en désintéresse rapidement car cela ne me parle pas. Lorsque je prie, cela me demande des efforts considérables, car systématiquement, à chaque tentative, mon esprit divague dès les premières secondes de prière. Durant mes temps de prière, je ne me suis jamais sentie au contact de Dieu, mais seule dans ma chambre. Je n’éprouve pas d’admiration pour la nature (je la sais belle, mais je ne la ressens pas belle), ni ne suis touchée par rien de la création. Il est dit que qui cherche trouve. Je cherche, mais je ne trouve pas. Je ne trouve pas l’amour de Dieu, sa présence. Pourtant, j’ai demandé un nombre incalculable de fois. Dans mes prières, je n’ai pas cherché à cacher mes péchés et j’ai confessé de la manière la plus authentique que je puisse faire, en demandant le pardon, sans jamais le ressentir. Je reste littéralement écrasée par les blessures de mon passé. J’ai l’impression d’être une enfant qui pleure et demande (pas de biens, pas de travail, pas même un conjoint que j’attends pourtant depuis des années, mais juste de trouver Dieu), mais que l’on laisse en permanence dans le silence.

Il y a quelques mois, j’ai été dans une église évangélique. Ne me demandez pas pourquoi, j’ai eu la sensation de m’être trouvée là dans le plus grand des hasards. J’ai assisté aux cultes, dans une indifférence complète, et ai discuté avec une responsable de l’église. Elle m’a encouragée à donner ma vie à Jésus. Je lui ai dit que je ne pouvais pas, car je n’éprouve rien pour Jésus et que cela serait donc hypocrite. J’espérais apprendre à connaître Dieu et Jésus, et ensuite donner ma vie pour lui. En tout cas, je voyais cela comme ça. Elle m’a dit que je pouvais le faire dès à présent et que je verrais ma vie transformée. Je l’ai fait, et il ne s’est rien produit pour moi dans mon cœur. Cela vient s’ajouter à la liste de mes nombreuses tentatives vaines vers Dieu.

Les années passent et je dépéris complètement. Cela s’est accentué depuis que je réside dans une nouvelle région très différente de celle dont je suis originaire (milieu rural +++), où j’ai emménagé en novembre pour le travail… Je crois que je suis habitée. Je suis une personne qui a cherché à se sentir bien depuis des années et qui a fait des efforts pour cela (faire des activités, j’ai suivi plusieurs psychothérapies, j’ai eu des traitements médicamenteux, je cherche vainement Dieu…) et aucune de mes tentatives ne donne rien. C’est comme si j’étais un cas désespéré, navrant, pour lequel on ne peut rien faire. Alors je ne vois plus que ça : soit je suis « habitée » et coupée de Dieu par ce biais, soit simplement Dieu n’existe pas (pourtant, cette seule idée m’est intolérable). Ce n’est pas possible autrement. On ne peut pas chercher autant Dieu que moi sans jamais le trouver, n’est-ce pas ? Il est dit que Dieu aime tous ses enfants. Se peut-il qu’il ne souhaite pas que tous soient sauvés ? Peut-être qu’il était prévu pour moi que j’échoue forcément ?

Je vous remercie vivement d’avoir pris le temps de me lire et j’espère avoir une réponse de votre part quand vous le pourrez,

Bonne journée,

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir,

Chacun a sa propre sensibilité au sentiment religieux

J’ai rencontré bien des personnes en recherche de Dieu. Il en existe une importante proportion qui a senti la présence de Dieu, son amour, son pardon. Il existe une proportion tout aussi importante, me semble-t-il, de personnes qui n’ont jamais eu aucun « sentiment religieux ».

L’un comme l’autre sont difficiles à dire, je pense. En particulier avec ses proches : certains ne vont-ils pas se demander si je suis un « illuminé » ? Et avec des croyants : si je dis que je n’ai aucune expérience de Dieu, ne vont-ils pas me juger ? Hélas, cela peut arriver.

Mais quand une personne se sent à l’aise et non jugée, elle peut plus facilement accepter de dire ce qu’il en est dans ce domaine. Et cela fait du bien, je pense, de savoir que l’humanité est riche de personnes de sensibilités différentes, que chacun a sa façon de réagir et de s’exprimer dans la vie. Et ce serait un scandale de dire que telle personne vaut plus qu’une autre parce qu’elle aurait ou n’aurait pas tel ou tel talent.

C’est ainsi pour ce qui est du sentiment religieux. Certains en ont, certains le vivent une fois de façon aiguë, d’autres d’une façon plus diffuse, certains comme en pointillé, d’autres pas du tout. À vue de nez (je n’ai pas fait de statistique), sur les centaines de personnes que j’ai rencontrées pour préparer un baptême d’adulte, nous parlons de cela, et je pense que c’est du 50/50 : une personne sur deux a une sensibilité à Dieu d’une façon ou d’une autre, et une personne sur deux n’a jamais eu l’impression de sentir quoi que ce soit ou qui que ce soit qui serait de l’ordre d’une transcendance. Cela peut d’ailleurs changer au cours d’une vie, heureusement, car nous sommes des êtres en évolution.

Avoir ou non ce talent : que faire dans chaque cas ?

  • C’est vrai qu’avoir une certaine sensibilité au sentiment d’une rencontre avec Dieu est une chance, dans un certain sens. Quand on a une chance, un talent, c’est très bien, mais c’est aussi, quelque part, un peu une charge d’en faire quelque chose de beau. Et dans ce domaine, ce n’est pas si facile, car précisément cela ne dit pas grand-chose aux personnes qui n’ont pas cette expérience ; cela pourrait même les faire se sentir moins croyantes, ce qui ne serait pas sympa et serait faux. Le second risque est de s’appuyer là-dessus pour croire avoir dépassé la théologie par la mystique. C’est un peu rapide et simpliste, voire dangereux. Donc, que faire de ce talent quand on l’a ? À chacun de voir : peut-être de faire en sorte qu’il soit converti en qualité d’être, en qualité de bienveillance pour les autres, en patience pour soi et pour les autres.
  • Et quand on n’a pas cette sensibilité, on n’est pas un handicapé pour autant, on n’est pas un méchant dont le péché fait écran au gentil Seigneur qui chercherait à nous atteindre. Non, cela veut simplement dire qu’au jour d’aujourd’hui, on n’a pas ce talent-là. Nous n’avons pas tous les talents ? Oui, c’est comme cela. Cela fait partie de la richesse de l’humanité, comme le dit l’apôtre Paul avec humour : si la main disait à l’œil « parce que je ne vois pas la lumière, je ne fais pas partie du corps », et si l’œil disait à la main « parce que je ne peux rien prendre, je ne fais pas partie du corps »… nous serions bien avancés. Vous n’avez pas cette sensibilité-là ? Vous en avez d’autres. Vous dites que vous travaillez dans le social et dans une ONG, cela me fait supposer que vous êtes capable d’un certain élan vers l’autre et ses besoins. Tout le monde n’a pas cette sensibilité-là non plus. L’apôtre Jean, ami proche de Jésus apparemment, a dit avec force que « quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu ». Alors ? Ce talent-là non plus n’est pas si facile à mettre en œuvre ; bien sûr, lui aussi comporte ses risques de ne rien en faire, ou de faire plus de mal que de bien.

Vous connaissez sans doute déjà Dieu plus que vous ne le pensez

Pour ce qui est de la connaissance de Dieu, vous m’avez l’air d’être pas mal avancée aussi par la théologie. Cela aide. Vous vous appliquez à la prière : c’est une bonne et saine pratique, surtout quand on a affiné la conception que l’on a de Dieu et que l’on en est venu, comme vous le faites, à avoir une conception de ce qui est l’idéal (c’est-à-dire, Dieu, par définition) et source de croissance vers cet idéal : l’amour ; la compréhension de cette Terre, du monde, des civilisations, de Dieu ou de vous-même ; de belles relations ; une recherche de sentir l’autre ; la sincérité ; la demande de pardon ; l’espérance… et bien d’autres choses qui me font penser qu’en réalité Jean a raison. À votre façon, vous avez bien plus connu Dieu et bien plus intégré ce qu’est Dieu que vous ne le pensez. Même si cette façon ne correspond pas aux stéréotypes qui sont venus s’imprimer malencontreusement dans votre conception de ce que devrait être une vraie belle foi. C’est plus simple que cela : une belle foi, pour vous, ce sera votre façon à vous d’avoir la foi.

Le salut ne dépend pas de ce que l’on ressent, mais de l’amour de Dieu

Vous écrivez : « Je n’arrive à éprouver aucun amour pour Dieu/Jésus. Si je m’intéresse à lui, c’est par crainte de l’enfer. Or, s’il n’y a pas d’amour de Dieu, l’on ne peut être sauvé. » Ouh là là, qui vous a mis en tête cette idée de Dieu ? Un Dieu dont on ne voudrait pas même comme patron d’une entreprise, et encore moins comme tendre maman d’un enfant nouveau-né. Ce qui fait qu’une personne est sauvée, c’est le fait qu’elle est aimée par Dieu. C’est tout. Affaire réglée. Ensuite, si cela nous inspire pour aimer un peu, comme nous le pouvons et à notre façon, tant mieux. C’est tout bénéfice pour nous, pour le monde autour de nous, et sans doute une joie pour Dieu (nous le suggère Jésus dans sa parabole de la brebis perdue de Luc 15). Mais bon, c’est une autre question.

Soigner son environnement de vie, et l’idée d’être « possédée »

Ensuite, votre situation dans un environnement tout à fait exotique pour vous n’est manifestement pas facile. C’est peut-être là-dessus que vous avez des mesures à prendre, peut-être de façon urgente ; c’est bien entendu à vous de voir ce qui peut être fait : est-ce que ce sont des fréquentations à changer, un rythme de vie, des activités à éliminer ou à ajouter… Je n’en sais rien. Mais comme une plante a besoin d’ombre et une autre de soleil, et que l’olivier dépérit si on le traite comme un nénuphar… là aussi, il faut s’aimer un peu afin de se procurer un environnement qui soit sain pour nous. Ensuite, comme les végétaux, ça pousse imperceptiblement, sans qu’on le voie ni qu’on sache bien comment…

Quant à l’idée d’être possédée ou je ne sais quoi, franchement, je n’y crois pas une seconde.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

Marc Pernot, pasteur à Genève

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