J’aimerais m’engager dans l’armée ou la police, mais si je devais tuer, est-ce que Dieu me pardonnerait ?

Par : pasteur Marc Pernot

soldat lourdement équipé pointant son arme - Photo by Specna Arms on https://unsplash.com/photos/kVVKHGNgsAw

Question d’un visiteur :

Bonjour,
Voilà, je compte m’engager dans l’armée ou dans la police. Ayant longtemps réfléchis, j’ai trouvé dans ce métier beaucoup de choses qui coïncidaient avec ce que je cherchais: mon envie d’aventure, mon envie de servir mon pays, d’aider des gens… bref de faire quelque chose de bien de ma vie. Cependant, çà reste un métier de combat et de violence et je me pose la question que si jamais, dans mon métier futur, je suis contraint de tuer un homme, pour me défendre ou pour défendre quelqu’un d’autre, ou encore pour l’empêcher de nuire, cela sera t-il grave?

Ayant fait mon éducation religieuse seul, je ne sais pas trop quoi penser, et je voudrais en aucun cas offenser Dieu, car j’ai toujours voulu lui rendre honneur par mes actes, en étant quelqu’un de juste et de bon, je me pose donc la question de savoir si Dieu me le pardonnerai si, pour les raisons que j’ai citées, je sois contraint de tuer un homme.

Je suis tombé sur votre site internet il y a peu, et étant baptisé catholique, mais sans avoir jamais reçu d’éducation religieuse, je ne pensais pas obtenir autant de réponses à mes question sur un site protestant, et pour cela, je tiens à vous remercier grandement pour vos éclairages.

Réponse d’un pasteur :

Bonjour

Bravo pour votre recherche et votre sincérité. Bravo de tenir compte de la foi pour cela.

Votre question est très profonde et grave. Elle touche à la grandeur parfois tragique de ce que c’est qu’être humain

Avant toute chose, cette question : Est-ce que Dieu me le pardonnerait ? La réponse est simple, directe, absolue : oui Dieu pardonne. Il pardonne car il aime. Et s’il aime nous n’y sommes pour rien, c’est parce que Dieu est comme cela, c’est sa « nature » d’aimer. Mais ce n’est pas pour autant qu’il est bon de faire n’importe quoi, au contraire. Cet amour de Dieu qui nous pardonne est aussi l’amour qui fait que notre prochain a un prix infini à ses yeux, même si cet humain agit, lui, de façon inhumaine.

C’est pourquoi, comme pour toute question étique, il n’est pas facile de répondre sans tenir compte de chaque cas particulier réel.

La théorie, c’est que la base même de l’éthique est d’agir afin de faire vivre chaque personne, même le plus ennemi des ennemis. Traumatiser et tuer qui que ce soit fait donc clairement partie des actes les pires qui soient, avec des pertes irréversibles, d’une vie humaine et de son épanouissement, dont aurait eu besoin le monde, et qu’espérait Dieu.

Ensuite, la vie en ce monde est parfois tragique, et il arrive hélas des situations où nous devons absolument choisir la moins mauvaise parmi des solutions qui sont toutes mauvaises. Dans certains cas particuliers extrêmes, il est possible d’imaginer qu’il soit « moins pire » de tuer une personne, si c’est la seule solution de l’empêcher d’en tuer 10 autres, par exemple. Mais même, le fait de tenir ce raisonnement n’est pas sans poser des difficultés car de toute façon il est terrible de sacrifier une personne et sa vie en l’utilisant comme un moyen utile au service de quoi que ce soit, même de bon.

Donc dans le principe, même si tuer est la pire des choses, la question de l’existence de forces armées et de police est légitime, il suffit d’imaginer ce que serait le monde si aucune force physique ne s’opposait aux gangster attaquant les personnes âgées et les enfants, ou les tyran envahissant le pays voisin… Un grand sourire et plein d’amour ne suffisent pas toujours à désarmer ces personnes, et un « profondément désolé » ne console pas toujours les victimes et leurs proches.

C’est ainsi qu’il est à mon avis impossible de lire au pied de la lettre un passage de la Bible comme celui où Jésus dit « mais moi je vous dis de ne pas résister au méchant. » (Matthieu 5:39, voir cet article), même si c’est une parole très claire et direct de Jésus lui-même. Car on ne ne peut pas laisser violer les enfants. C’est le statut même des paroles de Jésus qu’il faut bien saisir : il a des paroles choc afin de nous amener à nous poser des questions devant Dieu, d’envisager au maximum des solutions alternatives, de regarder la vie réelle dans sa complexité et parfois son tragique sans perdre notre soif d’idéal. C’est ce que vous faite. Bravo.

La réponse à votre question est donc simple en théorie, il faut qu’il y ait des soldats et des policiers. Ensuite, dans la vie réelle, c’est parfois bien plus difficile à vivre. Pour plusieurs raisons :

  1. J’ai rencontré plusieurs fois dans mon ministère des soldats venant vers moi pour de graves difficultés à se pardonner à eux-mêmes d’avoir tué des gens. Par exemple, un soldat m’a raconté qu’au cours d’une opération où il était « casque bleu » pour l’ONU, son bataillon s’est fait attaquer par des rebelles et ce monsieur s’est trouvé face à face avec un ennemi pointant sur lui une arme de guerre et qu’il a pu abattre avant qu’il ne l’abatte. Et mon paroissien voyait encore, 6 ans après, sans cesse le regard de cette homme qu’il avait tué à quelques mètres de lui, face à face. Il se souvenait aussi, avec grande netteté de chaque situation où il avait dû faire l’usage de ses armes.  Je lui ai assuré du pardon de Dieu, car je suis absolument persuadé que Dieu pardonne même au coupable de meurtre. Dieu est le premier à ne pas « entretenir de rancune » comme le dit l’apôtre Paul dans sa définition de l’amour (1 Corinthiens 13), Dieu aime même son ennemi et bénit celui qui le persécute (nous assure Jésus). Mais c’est un long chemin pour se pardonner un peu à soi-même. Un long travail de soi et de Dieu. Surtout quand c’est totalement irréparable comme quand nous avons tué un homme, surtout quand c’est d’une certaine façon prémédité comme c’est le cas d’un homme qui porte une arme létale.
  2. La situation précédente était encore relativement facile puisque c’étaient manifestement des méchants qui avaient agressé des casques bleus présent sur le terrain afin de maintenir la paix. Mais aujourd’hui les situations sont parfois bien moins claires et il peut exister des victimes collatérales. Quand on porte une arme potentiellement très meurtrière entre les mains, soumis à des ordres et des procédures, gouvernés par des enjeux plus ou moins réservés à la seule connaissance des hautes sphères du pouvoir, ou envoyé en opération de police surprendre un réseau… ce n’est pas facile de décider facilement de déclencher l’arme en une fraction de secondes, pas facile non plus de refuser pour motif de conscience quand on est vraiment en situation au risque de laisser des personnes devenir victimes, pas facile d’assumer après de l’avoir fait ou pas fait…

Vous avez donc tout à fait raison de penser avec enthousiasme à la vie intense qu’apporte ce type d’engagement, et tout à fait raison de vous poser ces questions, et en même temps. Travailler sur ces questions fait partie de la formation et fait partie du travail à faire après.

Il n’est donc pas facile de dire si vous, en particulier, êtes appelé à faire cela ? C’est bien entendu une question de discernement personne, par la réflexion et aussi dans la prière, pendant un temps de discernement qui prend un certain temps de maturation. En essayant d’envisager les différentes possibilités alternatives afin d’avoir effectivement décidé en connaissance de cause. Par exemple, avec votre vœux de vie intense et de service de la population, il y a l’armée et la police, il y a aussi l’humanitaire, il y a aussi les forces de secours ou de lutte contre l’incendie, il y a l’éducation, les soins à la personne. Un soignant dans un service d’urgence, un professeur d’école sont aussi en quelques sortes des guerriers ou des guerrières.

Ne laissez personne décider à votre place, avec des jugements parfois bien superficiels.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : pasteur Marc Pernot

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Marc Pernot

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2 réponses

  1. Pascale dit :

    J’ai parfois l’impression d’utiliser des formulations un peu toute faites sans forcément être capable de définir ce que j’entends par là, y compris pour des notions plus que basiques. En lisant cet article, j’en suis venue à me poser la question : c’est quoi, au juste, le pardon de Dieu ? Déjà qu’entre nous ce n’est pas si facile de définir ce que signifie pardonner, alors quand il s’agit de Dieu … Pour certains, le pardon de Dieu est ce qui leur permet d’éviter l’enfer malgré la faute. Je ne partage pas ce point de vue. D’ailleurs, le pardon de Dieu a-t-il un rapport avec une vie dans un au-delà la mort ? Je ne sais pas. D’autres disent que le pardon est ce qui rétablit une relation à Dieu que la faute a coupée. Sur wikipedia le pardon est défini, au sens biblique, comme une action divine par laquelle Dieu annule ou écarte un châtiment pour le péché. Il y a finalement bien des conceptions différentes ! Si Dieu a déjà tout pardonné par avance, sans condition (cela aussi n’est pas évident pour tout le monde), peut-être que cela signifie que, quoiqu’on ait fait, il y a toujours un avenir possible, que ce qui compte vraiment c’est ce qui est devant soi. Où tout simplement que la valeur d’une personne ne dépend pas de ses actes. Mais alors, n’est-ce pas trop simple, car rien de ce qu’on fait n’est anodin et, objectivement, il y a tout de même des personnes qui créent plus de souffrance que d’autres ?

    • Marc Pernot dit :

      Chère Pascale
      Je dirais que le pardon de Dieu : c’est l’assurance que notre dignité d’humain demeure pleine et entière, ainsi que la bonne volonté de Dieu en notre faveur.
      Ce n’est qu’une partie du « salut » de Dieu. Reste un travail de soins à effectuer :

      1. pour soigner les victimes, peut-être
      2. Parfois pour guérir ce qui a fait que le coupable a fait n’importe quoi
      3. Parfois pour l’aider à faire face à sa culpabilité, avec la difficulté de se pardonner à lui-même. Parfois pour l’aider dans son manque de conscience de sa faute.

      Mais ce n’est absolument pas une question de châtiment ou de comptabilité des fautes, ou qu’il faudrait payer sa dette. Cette logique est aux antipodes de l’amour.
      Donc oui, il y a toujours un avenir possible, et en même temps il y a un réel travail à faire pour cela, au delà du pardon, et je suis bien d’accord avec vous, cela n’a rien de simple

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