J’ai du mal avec le « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons » de la prière du « Notre Père »

Par : pasteur Marc Pernot

illustration - Image: 'praying for time' http://www.flickr.com/photos/36613169@N00/529710929

Question d’un visiteur :

Bonjour,
J’ai beau prier le « Notre Père » en pensant chaque mot avec recueillement et dans une relation à Dieu la plus vraie possible, je suis toujours en grande difficulté face à « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés ».
Ma raison me porte à prier « Toi seul tout Amour et Pardon, apprends-moi à pardonner ».
Le pardon humain n’est pas automatique. C’est une épreuve, un travail exigeant sur soi-même, travail qui peut parfois nous sembler « surhumain  » tant la blessure ou la rancœur peuvent être inscrites dans l’esprit et parfois aussi dans notre chair.
Seul Dieu peut m’aider, me guider dans cette démarche.
Il m’est impossible de prier en conscience lorsque j’achoppe ainsi.
Merci par avance d’avoir pris le temps de me lire et pour votre éclairage qui me permettra, j’en suis sûre, davantage de discernement.

Très bonne journée.

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir

D’abord, bravo de prier, et d’y mettre cette sincérité. Vous avez tout à fait le droit d’adapter avec vos mots cette prière, elle est faite pour cela. La prière dite du « Notre Père » que Jésus nous propose n’est pas une formule magique qu’il faudrait absolument dire mot à mot, c’est une suggestion, un exemple.

Ensuite, je suis bien d’accord avec vous pour cette phrase du Notre Père.
On ne peut pas la comprendre comme si la mesure du pardon de Dieu était notre propre capacité à pardonner, bien sûr, car ce serait absurde, et ce serait contraire à bien des pages essentielles de l’Evangile.
C’est pourquoi, quand je dis cette prière, quand le la prie, je demande à Dieu de me pardonner et je lui demande aussi de me donner la grâce de pouvoir pardonner un petit peu plus, de décharger ma colère et mes rancoeurs. Je lui demande l’un comme l’autre car c’est une seule et même chose. C’est demander à Dieu de nous aider à vivre en étant libéré de la logique de la dette, et vivre un petit peu plus dans une logique de la grâce.

Par ailleurs, il me semble qu’il faut faire très attention à ne jamais dire aux gens : « il faut pardonner ». Car c’est très très cruel à entendre pour une personne blessée, elle risque d’être, en plus, culpabilisée. Nous aurions ajouté à leur blessure au lieu de les aider. Non seulement les personnes blessées souffrent de leur blessure mais en plus on les chargerait d’un poids supplémentaire avec cet commandement plein de bonnes intentions, ajoutant à des blessures parfois extrêmes la culpabilité de souffrir, l’accusation que c’est leur manque de foi qui les empêche de pardonner et donc d’être soulagé du mal et la souffrance en eux… Donc je pense qu’il convient plutôt de penser qu’il est bon de pardonner. Quand on est blessé, ce serait déjà très fort de commencer à essayer d’espérer pouvoir un jour pardonner ! Et cela, on peut le demander dans la prière, on peut espérer avoir la grâce de pouvoir pardonner, oui. Mais pardonner, c’est autre chose, c’est comme la cicatrisation d’une blessure, voire celle d’une amputation. Il faut en tout cas du temps, et il reste souvent une cicatrice, voire un handicap. Mais cela peut vraiment, avec l’aide de Dieu, être moins douloureux. Être vivable. Parfois c’est un miracle qu’il puisse en être ainsi, et c’est pourquoi il est bon de prier pour cela.

Mais c’est un principe général :

  • la Bible est souvent dangereuse quand on en fait un livre de réponses, un recueil de commandements.
  • Alors que c’est un livre qui apporte énormément de chose à la vie quand on le lit comme un recueil de bonnes questions à se poser, et c’est un livre de promesses à espérer, à chercher dans la prière.

Avec mes amitiés fraternelles

pasteur Marc Pernot.

PS. Sur le pardon, vous pouvez regarder, si vous voulez,
ce court article sur notre site

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

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