Étudiante en médecine, je culpabilise beaucoup d’avoir fait une erreur sur un patient très fragile

Par : pasteur Marc Pernot

Le David de Michel-Ange - Image par GERVASIO RUIZ de Pixabay

Question d’un visiteur :

Bonsoir,
J’ai 23 ans, j’ai été baptisée dans une église catholique bébé, je vais à la messe une fois par an avec mes parents pour Noël.
Ma famille n’est pas pratiquante mais ma mère m’a transmis l’intérêt pour la religion. Depuis le lycée, je me suis éloignée de la religion catholique, des groupes de jeunes cathos etc… les trouvant trop dogmatiques, intolérants et surtout fermés, pas assez tournés vers les autres, y compris les non croyants.
Je suis tombée par hasard sur votre site internet, il me passionne. Les discussions et vos réponses sont très intéressantes.
Ce que j’admire le plus dans vos réponses, c’est votre respect des libertés de chacun sans imposer un dogme unique et indiscutable.
Cela va me permettre très probablement de renouer avec la religion, progressivement.
J’ai une question à vous poser. En ce moment, je culpabilise pour une faute que j’ai commise.
Je suis étudiante en médecine. Il y a 1 an, un de mes patients qui souffrait d’une maladie chronique très grave, à développé une infection digestive, quelques jours après un geste médical que j’ai réalisé sur lui. Scientifiquement parlant il est peu probable que ce soit de ma faute, cette infection était très probablement « spontanée » dans le cadre de sa maladie (j’ai vérifié dans les livres de médecine). Mais il y a quand même une faible probabilité pour que je sois responsable de cette infection. En effet, en repensant très précisément à mon geste, j’ai pu commettre des erreurs, par manque de sérieux, par manque de temps. Même si la majorité du temps je pense sincèrement faire de mon mieux pour mes patients, parfois je le reconnais il m’arrive de manquer de rigueur et de sérieux.
Aucun reproche ne m’a été fait par l’équipe médicale. Le patient a guéri de cette infection rapidement. Mais son état est resté très grave du fait de sa maladie chronique, il est probablement décédé aujourd’hui.
Je culpabilise beaucoup d’avoir pu commettre ces erreurs, de n’avoir pas fait le maximum lors de ce geste, pour ce patient si fragile.
En lisant votre site, je me suis rappelée que le pardon était possible, que si l’on regrettait ses erreurs et qu’on faisait sincèrement de son mieux pour s’améliorer et éviter de refaire les même erreurs, on pouvait avancer. Et je demande pardon, vraiment. Et j’ai vraiment envie de m’améliorer, de travailler mes faiblesses et de faire le maximum pour mes patients.
Aujourd’hui je suis satisfaite de ma vie, je considère que j’ai beaucoup de chance dans ma vie avec ma famille, mon fiancé, mes amis, mon futur métier, ma jeunesse, ma bonne santé etc… Mais je culpabilise beaucoup de ce bonheur que je ne mérite probablement pas, alors que mon patient lui souffrait tellement et que peut-être par ma faute il a souffert encore plus.
Je ne sais plus trop quoi penser, je n’arrive pas à penser à autre chose.
Merci,


Réponse d’un pasteur :

Bonsoir
Effectivement, vous me semblez tout à fait lucide et responsable. Et vous ne prenez manifestement pas à la légère vos responsabilités, qui sont très importantes et lourdes à porter.
Comme vous le dites, il me semble que vous culpabilisez. C’est précisément une des choses dont l’Evangile du Christ essaye de nous soulager. Car ce n’est pas utile ni juste de culpabiliser. Se sentir responsable, chercher à faire au mieux pour faire le plus de bien et le moins de mal possible, chercher à reconnaître nos erreurs et nos fautes pour réparer ce qui peut l’être et progresser… oui. Mais culpabiliser : non.
Et c’est pourquoi il est utile de s’entendre dire le pardon de Dieu (qui est donné sans condition), cela peut nous aider à nous pardonner à nous-même. Car quand on est une personne responsable, nous avons tendance à parfois être très très, et même trop, bien trop, un cruel juge envers nous-même. Et ne voir plus que la petite faute que nous avons commise, voire, comme dans l’exemple que vous nous donnez, l’éventuelle faute que nous avons même probablement pas faite !

Si notre coeur nous condamne, Dieu est plus grand que notre coeur, et il connaît toutes choses, et il nous aime.

Et donc, oui, nous faisons des fautes, il y a du bien que nous aurions pu faire et que nous n’avons pas fait. C’est vrai. Et c’est bien, c’est utile et juste d’en prendre conscience. Et de prendre aussi conscience du bien que nous avons fait, et de notre besoin d’avoir des moments où nous nous sommes reposé, où nous avons rigolé, fait la sieste.
Il est bon de nous rappeler tout cela en vérité. Et l’amour de Dieu nous aide à le faire : « si notre coeur nous condamne, Dieu est plus grand que notre coeur, et il connaît toutes choses » et il nous aime, nous pardonne, nous accompagne, nous console, nous encourage.

Cela ne sert à rien de culpabiliser. Après ce temps d’examen de soi-même, grâce à Dieu. Après avoir cherché raisonnablement ce que nous pouvions en tirer comme actes et comme enseignement, il est bon de regarder vers l’avant.

C’est ce que vous faites, et vous avez bien raison.

Vous cherchez à progresser, vous cherchez à faire le maximum. C’est très très bien. Cela dit, il est bon de se rappeler que « le maximum » pour une personne humaine, c’est un petit peu en dessous de l’infini, et un petit peu au dessus de l’humble pâquerette aussi. Notre maximum, c’est quelque part entre les deux.

Vous ne méritez pas votre bonheur ? C’est en partie vrai mais en partie seulement. Peu importe. Je ne pense pas que ce soit la question importante en tout cas. La question est de participer un petit peu, comme on peut, à augmenter ou à rendre possible le bonheur d’une personne. Elle ne le méritera pas non plus ce geste, et c’est cela qui le rendra d’autant plus beau. Et j’espère qu’elle ne le gâchera pas, ce petit grain de bonheur qu’elle aura reçu, mais le prendra simplement, comme une grâce. Et puisque vous parlez de Noël comme ce qui reste dans votre famille d’ouverture à l’Evangile du Christ, voilà peut-être un des points fondamentaux de cet évangile : oui, le bonheur nous est donné sans que nous le méritions, il est donné par grâce.

Toute notre vie est comme cela, et ce monde aussi. Il y a une part de grâce imméritée, il y a une part de fruits de nos efforts (vous en faites aussi). Il y a aussi une part de malheur totalement imméritée (bien des maladies sont de cet ordre), et une part de catastrophes due à nos fautes. C’est vrai. Alors comment faire ? A nous de faire quelque chose avec tout cela. Nous, notre monde, notre vie et cette journée présente qui nous est offerte : c’est comme un bloc de marbre offert à un sculpteur. Quel dommage si Michel-Ange s’était assis devant son bloc de marbre en culpabilisant que d’autres sculpteurs n’aient pas reçu un si gros bloc de marbre de Carrare. Il ne se dit pas non plus que son bloc est un peu de travers et que lui, bien que Michel-Ange n’est pas parfait, n’est pas Dieu. Heureusement qu’il n’a pas fait cela, mais qu’il s’est dit, ah, tiens, peut-être que je pourrais faire se tenir un David un peu déhanché dans ce bloc de marbre qui est tout de travers.

Soyez heureuse, et continuez à avancer ainsi de cette belle façon. Avec seulement un peu de cette patience, de cette indulgence, de cette douceur dont Dieu fait preuve à notre égard.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

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