Est-ce un problème si je me déclare chrétienne et « picore » un peu dans les différentes églises ?

Une Bible sur un lutrin dans une église - Photo by Stephen Radford on UnsplashPar : pasteur Marc Pernot

Question d’un visiteur :

Bonjour Monsieur,

Et tout d’abord un très grand merci pour votre disponibilité et votre engagement que je respecte infiniment, me connectant de temps en temps sur le blog et ce depuis des années.

Pouvez-vous me répondre par mail en privé svp ? (et pardon pour la longueur de mon message)

Je vous écris car je suis un peu perdue.

Ma recherche de Dieu est sincère depuis des années. Je suis tombée gravement malade en 2013 (une dépression et des angoisses qui ont nécessité des hospitalisations) et ai découvert le Seigneur qui m’a sauvée. Les médicaments et thérapies ont bien sûr eu leur effet ! Mais seul le Christ a donné un sens à ma souffrance et à ma vie, me donnant le désir de continuer à vivre et de guérir.

Au début de ma maladie, je me suis tournée vers le protestantisme parce qu’il me parlait d’un Dieu d’amour et répondait bien à mes questions.
Je me renseignais, je lisais beaucoup (notamment la Bible), et je priais. J’ai eu des signes de l’existence de Dieu, des signes discrets mais tellement tendres.
Toutefois, comme je crois en Marie (j’ai eu une éducation catholique), je ne pouvais pas renier cette foi en elle. J’ai donc un peu tout essayé niveau christianisme… Les protestants évangéliques (baptistes, pentecôtistes), les protestants réformés, le catholicisme… Et j’ai finalement choisi le catholicisme parce que la vie m’a apporté des opportunités (formations, retraites, amitiés, pèlerinages…) de ce côté-là. Aussi pour Marie…

Après beaucoup d’hésitations et un pèlerinage catholique en Israël, j’ai décidé de recevoir le Sacrement de Confirmation. Mais je ne suis plus du tout sûre de moi et je me sens bloquée parce que mes proches seraient déçus et surtout ils me reprochent de changer d’avis tout le temps concernant l’Eglise…

Mais j’ai beaucoup de mal avec l’Eglise catholique et n’arrête pas de faire des « allers-retours » entre elle et une vision plus progressiste.

Je ne crois pas à tous ses dogmes (comme l’infaillibilité du pape, quel orgueil !), je la trouve aussi très culpabilisante (il faut tout le temps se confesser, parfois c’est vraiment du mépris de soi qui est recommandé en faisant tout le temps son examen de conscience), et je suis pour l’union des personnes de même sexe. Je me sens tout le temps pécheresse, il faut que je « m’oublie », et j’en ai tellement marre parce que je veux être libre ! Mais à chaque fois que je m’éloigne de l’Eglise, je me dis « c’est le diable qui te tente avec tes pensées, ne tombe pas dans son piège, l’Eglise a raison » et je reviens… Bref, que de la peur et de la crainte. Et je ne peux pas croire qu’un Dieu d’amour ait envoyé tant de souffrance aux saints et aux mystiques (qui sont très heureux de souffrir !), le catholicisme voit la souffrance comme une grâce et la glorifie beaucoup trop pour moi…

Je ne pense pas trouver LA religion qui serait « parfaite » et à laquelle je pourrais adhérer corps et âme à 100% ! Parce que par exemple je prie Marie et crois aux saints qui intercèdent pour nous.

Je pense que dans ces conditions je ne devrais pas faire ma Confirmation.

J’ai un prêtre très gentil qui m’accompagne spirituellement et nous parlons beaucoup de l’Eglise, mais j’ai beau me forcer, je n’arrive pas à adhérer aveuglément à tout ce qu’elle dit, comme par exemple l’obligation d’aller à la messe tous les dimanches. 

Est-ce un problème si je me déclare chrétienne (car j’aime profondément le Christ et ce n’est pas lui qui me pose problème) mais « picore » un peu dans toutes les religions chrétiennes pour me nourrir spirituellement ? Cela veut-il dire que je manque de constance et que je ne sais pas ce que je veux ?

Je sais que Saint Paul a dit qu’il fallait obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes, mais j’ai aussi tellement peur de décevoir tout le monde (notamment mon Parrain qui est très impliqué et se réjouit d’avance..). J’ai peur de trahir l’Eglise et mes proches.

Je vous remercie de tout mon cœur et dans l’attente de votre réponse, je vous souhaite d’excellentes fêtes,

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir

Grand merci pour ce bien beau témoignage de recherche de Dieu, sincère et fidèle, intelligent et libre. C’est très inspirant.
Bravo, grand bravo pour la sincérité de votre démarche de foi et de vie vraie.
C’est vraiment comme cela qu’il est bon d’avancer. Je pense.
C’est bien aussi de tenir compte des personnes qui vous sont chères. Sauf que je pense que dans le domaine de la religion, c’est un facteur qui doit rester secondaire. Absolument secondaire. Car dans le domaine de la foi, la sincérité est essentielle, sinon la religion non seulement ne « marche » pas pour nous mais elle peut devenir nocive. Ce n’est pas que cela fâcherait Dieu, bien entendu. Mais c’est comme quand on marche un peu de travers, ou avec de mauvaises chaussures, on a bien des chances d’attraper une tendinite, rendant la suite de la randonnée pénible. De toute façon, si ces personnes vous aiment, elles respecteront, elles doivent même respecter votre façon de vivre votre foi même s’ils la vient différemment eux-même. En général, si leur propre pratique est sincère et vraie ils sauront combien ces questions sont profondément personnelles, et respecteront votre cheminement à vous. Et s’ils disent quelque chose, ce sera plus révélateur de leur propre rapport à la foi et à la religion qu’une mesure de votre propre façon de vivre votre foi. Ne vous inquiétez donc pas. Laissez dire, seulement. Leur réaction leur appartient.
Vous êtes libre. Et vous avez bien le droit de vous sentir catholique et de l’être à votre façon. Vous n’imaginez pas le nombre de prêtres catholiques qui vivent ainsi leur catholicisme ! Ils peuvent en parler à leur collègue pasteur, et échanger librement dans le domaine de la théologie, de la foi.
Vous êtes pécheresse ? Ou plutôt vous vous sentez pécheresse ? Dieu ne vous regarde pas ainsi mais comme sa fille bien aimée. Justement avec lui vous n’avez pas à vous sentir pécheresse mais aimée. Sans condition.
L’église aurait raison ? Parfois oui et parfois non. Bien sûr. Elle est pécheresse, elle l’a toujours été, elle le sera toujours. Elle l’est encore plus quand elle prétend imposer, juger, scruter les consciences et les vies des personnes. Alors qu’elle est là pour servir, pour rapprocher les personnes de notre Dieu à tous, ouvrir notre cœur à Dieu dans la confiance et la sincérité. Elle est là pour nous aider à nourrir notre foi et notre réflexion théologique, nous donner de beaux lieux, de bonnes communautés manifestant la tendresse et la bienveillance de Dieu, de belles liturgies.
Vous pouvez donc être catholique et progressiste. Avec une vision qui remette à leur juste place l’église, et ses fonctionnaires. Comme à votre service, et non comme au dessus de vous. Au dessus de vous il y a Dieu, et lui-même descend à notre niveau en Christ. Il se met même en dessous de nous, souvent, pour nous porter quand il le faut.
Heureusement que vous n’adhérez pas « aveuglement » à ce que dit l’église ! Quelle horreur. Nous n’avons même pas à adhérer « aveuglement » à ce que Dieu nous dit. Bien souvent nous voyons les héros bibliques discuter avec Dieu pied à pied. Même Marie, votre sainte préférée, qui discute quand l’ange lui annonce le projet « grossesse » (Luc 1:34). Manifestement, elle ne comprend pas et elle semble trouver cela moyen comme projet, au début.
Bien sûr que vous pouvez aussi vous déclarer comme chrétienne et picorer ce qui vous nourrit et vous aide à avancer spirituellement dans divers églises. Si une personne vous critique là dessus, que cette personne vive sa propre foi comme elle l’entend, et qu’elle laisse les autres vivre leur propre foi selon ce qui leur convient à eux. Aucune confession chrétienne ne peut avoir un point de vue qui englobe entièrement le Christ. Chacune a une approche particulière, partielle, subjective. Ce qu’il faut chercher c’est d’aimer Dieu, d’aimer votre prochain et de vous aimer vous-même en vérité. C’est déjà un joli programme, qui demande toute une vie pour le faire un petit peu, plus ou moins selon, avec la bénédiction de Dieu. Jamais on ne nous a dit d’aimer l’église, ou de lui être fidèle. Le chrétien n’a pas été libéré pour être esclave d’une institution, de théologiens qui nous diraient ce que nous devrions penser, ce que nous devrions faire, pour qui nous devrions voter ! Ce serait de l’aliénation. Ce serait nous détourner de Dieu, rejeter l’Esprit saint que de renoncer à chercher par nous-même.
Vous aimez le catholicisme, vous l’avez choisi comme la sensibilité la plus proche de la vôtre. C’est plus que tout à fait respectable. Cela dit vous êtes effectivement avant tout chrétienne, profondément et sincèrement. Soyez donc chrétienne dans l’église catholique picorant aussi ailleurs, une chrétienne catholique libre et sincère. Ou soyez une protestante qui prie Marie et les saints. Ou soyez mi catholique mi protestante, œcuménique. C’est absolument parfait. Vous n’êtes pas obligée de troubler ou de choquer des fidèles dans l’église où vous vous êtes rendue le dimanche matin. S’ils désirent être à fond dans la droite ligne de leur église en respectant tout ce qu’elle leur dicte, cela leur appartient. Laissez-les avoir leur façon d’être fidèle et ayez la vôtre, sans forcément faire étalage de ce qui serait trop libre pour ceux qui ont l’esprit étroit.
Et si, pour cette fameuse « confirmation », on voulait examiner, juger votre foi, vos convictions, votre vie, laissez tomber la confirmation et contentez vous de votre baptême, de la communion, de votre prière, des vos recherches bibliques et théologiques. Cela ira bien ainsi. Si ce gentil curé vous donne la confirmation sans vous casser les pieds, alors tant mieux, recevez la confirmation. C’est de toute façon un simple geste. Un simple signe de l’alliance avec Dieu, alliance qui se passe de toute façon en direct entre lui et vous, entre vous et lui. Cœur à cœur.
Ne vous inquiétez pas, Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

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1 réponse

  1. robert chaumeil dit :

    En ce qui concerne le Catholicisme, il est possible de « tenter » l’Eglise Vieille-Catholique, Eglise sans lien avec Rome, dont le primat d’honneur se trouve aux Pays bas. Cette communauté est bcp plus progressiste que l’Eglise de Rome, cat elle accepte certaines avancées éthiques, le sacerdoce de femmes, le mariage des membres du clergé…. Les Vieux Catholiques refusent donc l’autorité du pape, l’infaillibilité pontificale…J’ai été moi-même qquefois en relation avec un prêtre vieux-catholique, malheureusement décédé depuis un an environ. ..

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