Devons-nous craindre de voir les églises « charismatiques » croître et nos églises protestantes disparaître ?

culte charismatique - Thanks to Edward Cisneros for sharing their work on Unsplash.

Chacun son style. Plutôt que de craindre les autres sensibilités, craignons d’accomplir médiocrement notre propre vocation…

Par : pasteur Marc Pernot

Question d’un visiteur :

Bonjour monsieur Pernot

Je m’interroge devant le succès des communautés dites « charismatiques » qui, selon un article de Louis Fraysse paru sur le site reforme.net, sont en passe de se propager dans toutes les églises dite « traditionnelles ».

La raison de mes interrogations est la mise en-avant des signes et des miracles pour prouver la présence du Saint-Esprit au sein de ces communautés. Comment comprendre alors la prudence, voire la réticence du Christ devant la divulgation de ses « miracles » ? Comment comprendre cette « boutade » dont je ne me rappelle pas l’auteur) : Je ne crois à cause des miracles, mais malgré les miracles ?

Devons-nous craindre de voir ces mouvements croitre et nos églises traditionnelles végéter, voir disparaître ?

merci de vos réflexions toujours pertinentes.

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir

Jean Jacques Rousseau fait dire au vicaire savoyard « Ôtez les miracles de l’Évangile et toute la terre est aux pieds de Jésus-Christ ! »
D’autres croient à cause de miracles qui fleurissent en particulier très très bien dans les sectes et les cultes vaudous…
Apparemment, nous ne fonctionnons pas tous sur le même mode.

Si le Christ est réticent à mettre en avant les miracles physiques, je pense que c’est que ces guérisons physiques troublent sa mission qui est celle d’être un messie qui transforme le cœur et la foi des gens, plus que de se mettre lui-même à régler les problèmes aux 4 coins du monde (ce qui n’est pas possible).

Personnellement, je ne suis pas certain que les communautés « charismatiques » aient un tel succès que cela. C’est une sensibilité qui existe, certes. Chacun sa sensibilité. Et cette sensibilité est souvent assez ouverte, pas tellement oppressive pour les fidèles, comme peuvent l’être certains courants dits « évangéliques » qui utilisent bien plus une pastorale de la peur, avec des discours très menaçant quant à la fin du monde, au jugement des personnes sur leur pensées, l’intensité de leur pratique religieuse, leur orientation sexuelle, leur parcours de vie… ce qui n’est en général pas le cas des mouvements « charismatiques » .

Ce qui me gêne plus c’est quand une église qui était de sensibilité réformée est détournée par des personnes ou par des pasteurs en tout autre chose. Cela ne me semble pas honnête du tout, s’ils n’aiment pas la sensibilité réformée, ils ne sont pas obligés, qu’ils aillent dans une autre église, ou créent une autre église, il y a de la place pour tout le monde. Le monde a si soif d’évangile.

Sinon, je ne pense pas qu’il faille être jaloux du succès d’autres courants. Tout ce qui est bon pour l’évangile est bon pour le monde et pour tous. Par ailleurs, la pertinence d’une sensibilité chrétienne ne se mesure pas en terme de nombre de personnes qui la suivent à un moment donné, sinon, Jésus ne serait rien, lui qui finit seul sur la croix avec à peine quelques personnes le pleurant, tous les autres l’ayant abandonné. Cela dit le fait qu’une sensibilité soit en perte de vitesse n’est pas non plus un critère de qualité ! La question n’est pas dans l’importance numérique, mais dans la qualité du service rendu.

Je pense sincèrement que la sensibilité réformée a une vraie, une profonde pertinence, cherchant à élever le fidèle, l’aidant à réfléchir par lui-même librement, l’aidant à avoir une relation personnelle face à face avec Dieu. C’est effectivement une voie exigeante et ambitieuse pour le fidèle. La liberté n’est pas facile à vivre, elle demande du courage et de l’investissement personnel. Je pense que notre courant est pertinent et fidèle à l’évangile du Christ. Aussi, ce que nous avons à craindre ne sont pas les autres sensibilités, c’est de nous-même ne pas être fidèle à notre vocation, c’est de tomber dans la facilité et la médiocrité. Nous n’avons donc pas à lutter contre les autres sensibilités mais à veiller à la qualité de notre propre service, à la qualité de notre théologie, à la disponibilité de notre service, à la profondeur de notre propre prière, à la qualité de l’accueil, à écarter ce qui peut rester de moralisme, de dogmatisme, de facilité en faisant des choses simplement jolies et faciles au lieu d’aider chacun à se dépasser.

Personnellement, c’est ce que j’essaye de faire à travers ce site https://jecherchedieu.ch , ainsi que par des prédications ne ménageant pas les efforts des personnes en recherche.
Je pense que c’est comme cela que ça marche. Si notre sensibilité chrétienne nous aide à vivre et à vivre notre foi, alors faisons vivre ce courant, par gratitude, par solidarité humaine avec ceux que cela pourrait faire vivre.

Merci pour vos encouragements.
Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : pasteur Marc Pernot

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3 réponses

  1. Émile Morantin dit :

    Bonsoir pasteur Marc,
    Bien que de sensibilité catholique,je suis très intéressé par la découverte physique de votre église réformée ,j’habite à Vannes en Bretagne(France) pourriez-vous m’indiquer si votre sensibilité est représentée dans ma région.Ce n’est pas pour une conversion,mais pour une autre ouverture.
    bonne soirée ,merci.

  2. Paul dit :

    Ce qui m’inquiète surtout dans les pratiques musicales des églises charismatiques, que j’ai connu personnellement, c’est leur côté « dissociant », « planant » et « transe ». Je ne peux pas dire que c’est une mauvaise chose en soi, tout dépend du message qui est véhiculé, parfois il est axé sur le « sacrifice », et ça pour moi c’est destructeur… C’est un élément qui fait basculer certaines personnes et même si on n’est pas fragile, il y a danger selon moi. Vigilance donc. Au plaisir de lire vos avis.

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