Dans la Bible, le « sacrifice d’Issac » me semble révéler un Dieu sadique. Que peut-on tirer de positif de ce texte ?

Un père porte son fils sur les épaules devant un paysage de montagnes - Photo by Austin Walker on Unsplash

Par : pasteur Marc Pernot

Question d’un visiteur :

Cher pasteur Marc,

Je fais régulièrement mon miel de tes réponses aux questions posées dans Jecherchedieu, et vais t’en poser une. Je suis en train de relire la Genèse et dois écrire un petit article sur un texte qui m’a toujours posé problème, le sacrifice d’Isaac. On a l’impression d’un Dieu sadique, qui ne correspond pas au Dieu d’amour qu’on trouve ailleurs dans la Bible. J’ai entendu que c’était pour mettre fin à la pratique des sacrifices humains, OK, mais cette exigence d’obéissance aveugle me révulse. Que peut-on tirer de positif pour notre temps de ce texte?
Bien amicalement,

Réponse d’un pasteur :

Cher Monsieur

Cette question a fait couler beaucoup d’encre, pour plagier l’évangéliste Jean : je pense que tous les livres du monde ne suffiraient pas à rendre compte de des pensées soulevées par ce texte de Genèse 22.

On reconnaît deux grands types de théologie dans la Bible hébraïque, avec deux grands types d’alliance entre Dieu et l’humain :

  • La première où Dieu est purement bienveillant, donne sa bénédiction a priori dans l’espérance que cela nous aide à avancer, pardonne gratuitement quand nous faisons n’importe quoi, essaye de guérir, guider, encourager… c’est l’alliance inconditionnelle reconnaissable par exemple au début de l’itinéraire d’Abraham (Genèse 12:2-3), dans la bénédiction donnée à Jacob (Genèse 28 :15), dans bien des Psaumes, et bien entendu en Jésus-Christ.
  • La seconde présente un Dieu qui offre la vie, et qui punit celui qui ne saisit pas le cadeau, voire punit même son entourage innocent. Cette alliance conditionnelle est reconnaissable par exemple Deutéronome 30:19.

A mon avis, Dieu est effectivement comme le dit la première théologie. Seulement, c’est la vie en ce monde qui applique souvent la loi de la rétribution : quand on fait n’importe quoi cela engendre du chaos et de la mort.

C’est vrai que ce passage du (non) sacrifice d’Isaac (ou de la « ligature d’Isaac » selon la terminologie juive, est absolument atroce, avec une figure particulièrement perverse de Dieu, adepte de la torture psychologique. En première lecture en tout cas. Comment faire ?
La première façon est de se scandaliser, à juste titre, par l’idée de Dieu soutenue par une interprétation immédiate de ce récit. La Bible n’est pas un livre de bonnes petites histoires morales et simples que nous serions obligés de suivre. La Bible est un réservoir de questions pertinentes et impertinentes. Oser penser que l’on est choqué par tel passage, ou que l’on suspend son acceptation dans l’attente d’y avoir mieux réfléchi et prié : c’est non seulement un droit mais un devoir.

Mais avant d’en arriver là, il est possible de creuser un peu le texte, pour voir si l’on peut avoir d’autres hypothèses de lecture que celle d’un Dieu qui use de tortures psychologiques pour mettre l’humain à l’épreuve.

Une première remarque est que la voix de Dieu au début du texte, avec cet ordre hyper choquant  » Va, et offre ton fils en holocauste « , en hébreu, cette phrase peut tout aussi bien se traduire  » Va, et fais monter ton fils », va et élève-le sur la montagne, car le mot « holocauste » est littéralement une « montée » et « offrir en holocauste » est littéralement « faire monter ». Il y avait d’autres façons d’élever son fils que de le transformer en fumée ! A mon avis, Abraham a compris de travers. C’est le risque d’être dans une théologie n°2, on pense toujours que Dieu a besoin de sacrifices pour bénir, quitte même à sacrifier un autre. Heureusement que finalement Dieu arrive à expliquer à Abraham qu’il ne faut pas tuer, évidemment. Sans cesse, Dieu nous accompagne, même quand nous faisons n’importe quoi, pour tenter de nous aider. Afin d’élever son fils, Dieu lui indique une montagne, évoquant dans la Bible l’élévation par la prière, voilà une meilleure piste pour l’élever que de l’écraser, ou que de le dresser en supprimant en lui tout élan de vie.

Une seconde remarque est que la bénédiction donnée par Dieu à la fin de cette histoire avait déjà été donnée auparavant à Abraham en Genèse 12 et déjà répétée déjà à plusieurs reprises sur tous les tons. Ce n’est donc pas Dieu qui avait besoin de cette épreuve cruelle pour savoir ce qu’Abraham a dans les tripes, la tête et le cœur, ni pour « mériter » cette bénédiction. Mais tant qu’à faire d’avoir frôlé la catastrophe, peut-être enfin Abraham va comprendre que Dieu le bénit sans que cette bénédiction soit à acheter, et encore moins pas du sang et des larmes. Dieu n’est pas comme ça et ce n’est pas non plus une bonne éthique que de penser que ce serait juste. Compris ainsi, ce texte appartient bien à la saga d’Abraham porteuse d’une alliance inconditionnelle, contrairement au Deutéronome.

Il y a ainsi beaucoup à tirer de cette histoire : en se posant la question de l’éducation (comment faire monter, élever quelqu’un), la question du rapport juste entre nous (faut-il attendre que l’autre le mérite pour lui apporter quelque chose ? Quand on a reçu de l’aide, est-on en dette ? Comment aider quelqu’un sans qu’il se sente humilier et endetté ?), la question de la théologie et de la prière (comment un prier qui est toute grâce ? Comment prier un Dieu qui attend de nous des sacrifices avant de nous bénir ?), faut-il sacrifier la vie présente pour gagner la vie éternelle (comme dans le pari de Pascal ou Kierkegaard) ? sur quelle montagne peut-on monter pour grandir en élévation (physique, intellectuelle, morale, spirituelle…) ?

Avec mes amitiés
Marc

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : pasteur Marc Pernot

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