D’une foi bardée de certitudes à une foi sans cesse en questionnement : l’angoisse ?

Par : pasteur Marc Pernot

jeune fille montant avec précautions sur des rochers - Image par Ben Kerckx de Pixabay

Question d’un visiteur :

Bonjour,

Il y a une douzaine d’années, j’avais une foi bardée de certitudes et ce qui pouvait me poser problème, j’évitais d’y penser. Vint ensuite une traversée du désert (non pas au sens biblique du terme mais au sens où désert = rien) due à l’incompréhension face à la maladie.
Actuellement j’ai, grâce à vous, renoué avec une foi qui prend de plus en plus de place dans ma vie et cela me réjouit. Mais mes certitudes se sont définitivement envolées et mon questionnement est permanent, ce qui me met dans une situation un peu étrange mêlée de joie et d’inconfort parfois proche de l’angoisse.

Je n’arrive pas à concevoir la notion de vérité relative à propos de Dieu, qu’une bonne théologie est simplement celle qui nous fait avancer. Deux chrétiens sincères peuvent avoir des conceptions radicalement différentes de Dieu. Je me dis que Dieu ne peut pas être tout et son contraire (à la fois source uniquement de bien et créateur du mal, tout puissant et incapable de guérir un cancer, extérieur au monde et uniquement présent en nous, tirant toutes les ficelles et nous laissant toute liberté, …), qu’il doit bien y avoir une sorte de vérité absolue, même s’il est vrai qu’on ne peut pas saisir Dieu. J’ai alors peur d’être complètement à côté de la plaque car on ne peut pas avoir une bonne relation avec quelqu’un si on se fourvoie complètement sur qui il est. Bien sûr j’ai fait des choix que je ne remets pas en cause toutes les cinq minutes mais régulièrement je me dis : et si c’était du n’importe quoi ? On a le droit de se tromper mais certains choix ont une réelle implication, ce n’est pas une simple construction intellectuelle.

Lorsque je lis tout ce que vous écrivez sur Dieu, j’y ressens une grande assurance de votre part. Ma question va peut-être naïve, mais comment faire pour gagner en assurance ou tout au moins en sérénité ? Est-ce le fruit de l’expérience, de la réflexion ? Ou de la prière ? Est-ce de ma part un manque de foi ?

Pour finir, j’en profite encore pour vous remercier et vous redire mon émerveillement pour tout ce que vous faites ici au service de l’Évangile, j’espère de tout cœur que vous allez bien et cette période de confinement ne vous est pas trop pénible.

Réponse d’un pasteur :

Chère madame

Quel beau message. Tout y est si vrai, intelligent et profond, impliqué et joyeux. Merci !

Surtout dans un premier temps, il est vrai que cela peut sembler inconfortable et même parfois angoissant d’entrer dans une foi vivante, acceptant de ne pas fonder sa sécurité en se cramponnant à des dogmes et à une pratique. C’est tout à fait normal. L’évangile parle de cela sous la forme d’un récit où Pierre prend courage, sort de la barque et va vers Jésus, par la foi, en marchant sur l’eau ! Puis, sentant le vent et la profondeur de la mer, il sent qu’il s’enfonce, et il prie alors, appelle vers le Christ qui le sauve. Il en est ainsi d’une foi vivante, c’est à la fois penser par soi-même, et persévérer dans la prière.

Ce passage de la confiance dans l’église à la confiance en Dieu est certes un peu inconfortable, comme tout passage, comme quand un enfant accepte de nager sans bouée ou de faire du vélo sans les roulettes sur le côté, ou un pilote de voler seul… mais prenez courage, vous sentez déjà les bénéfices de cette foi vivante. Le questionnement permanent est bon. C’est vrai que rapidement, un certain nombre d’acquis se mettent en place, à la fois dans les convictions, les valeurs, la théologie, le sens de votre vie, ce qui compte par dessus tout pour vous, mais aussi cette hygiène du questionnement et de la prière. Certes, notre pensée continue à évoluer, mais tranquillement. Certes Dieu nous reste en grande partie inconnu, et nous hésitons de plus en plus à l’enfermer dans un pseudo savoir sur lui, mais alors même qu’on sent ne le chercher qu’à tâtons, la familiarité avec ce Dieu inconnu dans la prière, matin et soir (et plus si affinité), permet de constituer une véritable familiarité, une gourmandise pour ces moments.

La Vérité, c’est le cheminement et la vie, nous dit Jésus au début de son testament spirituel (Jean 14). La Vérité c’est cette recherche confiante et incessante, ce cheminement pas à pas, souple. Oui, pour cheminer il y a un moment où nous devons lever un pied, nous déporter dans un certain déséquilibre en avant, oser poser ce pied à nouveau sur un terrain que nous ne connaissons pas et qui peut être glissant ou instable. C’est comme cela que l’on avance et c’est si bon. La Vérité c’est cette recherche, cette sincérité et cette confiance. Si souvent, Jésus dit : « ne vous inquiétez pas ».

En même temps, comme vous le dites, on n’est pas obligé de tout remettre en cause toute les cinq minutes. On est prêt à tout remettre en cause si cela nous semblait juste. Mais en attendant, la marche se fait pas à pas. Le blé planté pousse un peu tous les jours mais ce n’est pas en tirant dessus qu’il poussera plus vite. Il pousse, on ne sait comment mais il pousse, et il ne demande qu’un soin simple.

Et si c’était n’importe quoi ? Si le ciel était vide ? Comme vous le dites, dans un sens le ciel est vide car Dieu n’est pas réellement dans le ciel quelque part entre Saturne et Alpha du Centaure. Il est au ciel veut dire qu’il est d’un autre ordre que tout ce qui existe. Mais dans un sens au moins, le Dieu que nous cherchons et que nous prions existe réellement et il est en train de nous créer. La théologie consiste à se demander ce qui nous fait vivre, ce qui nous anime, ce vers quoi nous aimerions tendre. Cette recherche, et ce que nous en tirons est loin d’être « n’importe quoi ». C’est certainement essentiel, cela contribue efficacement à prendre notre vie en main, à vivre une liberté tout à fait essentielle. Et si notre façon de faire de la théologie n’était « que » de la philosophie ? Nous n’aurions certes pas perdu notre temps. Et notre prière ne serait pas non plus « n’importe quoi », mais sincère et efficace effort de mettre en cohérence notre pensée, notre être et nos actes, notre vie. C’est immense. Par ailleurs, Dieu et notre relation à Dieu est bien plus que cela. Je le pense sincèrement, je le pense avec humilité alors que j’aimerais pouvoir me dire que je me fais tout seul par moi-même comme un grand. C’est souvent après coup que je peux dire : dans ma prière, il y avait bien plus que moi-même qui travaillait, il y a eu du miracle de vie qui m’a été donné. Et j’en rends grâces à ce Dieu que je ne connais pas mais dont je dis qu’il m’a accompagné, visité, porté, consolé, éclairé…

Donc, « ne vous inquiétez pas », c’est le métier qui rentre, cela vient et c’est déjà là.
Dans le calme et la confiance.

Oui, bon confinement à vous,
Bravo encore pour cette si belle démarche, sincère, intelligente et vraie.
Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

Réponse du visiteur :

Merci beaucoup pour cette réponse vraiment encourageante ; je vais poursuivre sur cette voie et m’armer de patience.
Ce que j’apprécie particulièrement dans vos réponses, c’est votre réelle implication ; vous n’hésitez pas à dire JE, ce qui ne doit pas être toujours évident mais qui est tellement précieux.
Bonne journée encore,

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