ouvrier agricole âgé avec unecasquette Adisas - Image par CESAR AUGUSTO RAMIREZ VALLEJO de Pixabay
Bible

Le « serviteur inutile » de Luc 17 : une invitation à la simplicité et à la joie d’être soi

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Que signifie vraiment se dire « serviteur inutile » après avoir fait ce qu'on devait faire (Luc 17,10) ? Un pasteur explore le grec « doulos achreios » et y trouve, à l'image de David dansant devant l'arche, une invitation à agir sans chercher de statut, avec la tranquillité de savoir que notre valeur ne dépend pas de nos œuvres.


Question posée :

Bonjour,

Je me permets de vous écrire car je suis attentivement vos publications par l’intermédiaire de Facebook puisque vous figurez dans ma liste d’amis.

La question qui me travaille pendant ce confinement est celle, bien concrète, de ce que nous faisons de notre foi, celle du serviteur inutile ou quelconque, cela dépend des traductions… (Luc 17,10)

Je me suis aussi penchée sur le grec… Alors comment vraiment traduire ce « douloi achreoi » ? Et surtout, comment l’interprétez-vous et comment le vivez-vous ?

Si je cherche Dieu, comme l’indique votre blog, cette question/réponse du serviteur inutile m’aidera peu à peu à trouver ce que j’aurai à faire…

Merci pour votre réponse.
Bien à vous

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir,

Et grand merci pour ces encouragements, et pour le partage de cette recherche biblique, de ce questionnement.

Luc 17 :7-10

Jésus dit : « Qui de vous, s’il a un serviteur qui laboure ou fait paître les troupeaux, lui dira, quand il revient des champs : Viens tout de suite te mettre à table ? 8Ne lui dira-t-il pas au contraire : Prépare-moi le repas, mets-toi en tenue pour me servir, jusqu’à ce que j’aie mangé et bu ; après cela, toi, tu mangeras et boiras. 9Aura-t-il de la reconnaissance envers ce serviteur parce qu’il a fait ce qui lui était ordonné ? 10Vous de même, quand vous avez fait tout ce qui vous a été ordonné, dites : Nous sommes des serviteurs inutiles, nous avons fait ce que nous devions faire. »

Achreios est un mot assez rare dans la Bible. Il apparaît quand même dans la LXX (traduction de la Bible hébraïque en grec datant du 3e siècle avant Jésus-Christ) en 2 Samuel 6:22, dans un contexte assez proche et intéressant, je trouve : David ne craint pas de paraître achreios quand il danse pour l’Éternel devant l’arche, manquant ainsi au sens de la dignité royale. Comme si la reine d’Angleterre faisait la danse des canards devant la croix. Achreios pourrait être quelque chose comme un manque de reconnaissance sociale, un manque d’orgueil personnel ?

J’aime bien ce passage de l’Évangile selon Luc. L’idée que j’en tire est la joie d’avoir fait ce que l’on a pu, tel que cela vient, et de ne pas en tirer d’orgueil personnel, de ne pas y chercher un statut. Il y a là comme un calme et une tranquillité qui me plaisent : ma valeur n’est pas dans ce que j’ai fait, elle est le fait d’être moi et d’être aimé (un petit peu). Et cela suffit. C’est ce qu’apprend le shabbat (quelle que soit la forme que nous lui donnons) : ne produisant rien, j’existe encore, et je vaux tout autant qu’hier. Il me semble qu’alors l’action, si elle devient possible, trouve une motivation bien placée, pour elle-même, parfois pour la beauté du geste, parfois parce que c’est utile et juste, parfois parce que cela me correspond, comme un jaillissement. Et c’est alors une action juste, sincère, pure.

Qu’a donc fait ce doulos achreios ? Il a fait son travail de soin et de préparation du monde. Rien de très créatif, cela ressemble plus à de la compassion, de l’attention portée aux moutons, à cette vie qui ne vient pas de lui mais qui le mérite. Labourer les champs est un travail préparatoire, peut-être pour que d’autres, ou même Dieu, viennent semer. Son travail peut sembler bien peu de chose, rien de spectaculaire, et pourtant, revenant d’avoir accompli ces soins, il lui est donné de nourrir et de servir Dieu lui-même avant de se servir soi-même. Je trouve cela beau, un peu comme David dansant devant l’arche. Ce n’est pas un sacrifice de soi-même, c’est même tout le contraire : c’est un amour du meilleur, dans le monde, pour le monde et en soi-même, pour soi-même, sans oublier de manger après. C’est peut-être sa propre créativité qu’il a nourrie en nourrissant Dieu et en servant Dieu. Avec la force, aussi, de ne pas avoir oublié de se nourrir ensuite (bien sûr) : ce serviteur a fait un travail sur l’être, se concentrant là-dessus et mettant de côté le paraître. C’est peut-être cette façon d’être que Jésus met ici en relief. Le serviteur n’a certes pas été inutile, puisqu’il a fait ce qu’il devait. Mais sa façon d’être est, à la face du monde, comme un manifeste de cette tranquillité de celui qui s’attache à faire ce qu’il peut en mettant la priorité sur ce qui est bien dans la profondeur de l’être. Et ce serviteur se met alors à parler au pluriel, sentant qu’il rejoint ainsi d’autres serviteurs de la profondeur ? Ou même qu’il rejoint Dieu lui-même, spécialiste de cet humble travail en profondeur ?

Dieu vous bénit et vous accompagne

Marc Pernot, pasteur à Genève

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