Aider l’autre au détriment de sa propre santé émotionnelle pose la question des limites de la bienveillance. À partir du verset de Matthieu 10:16, le pasteur Marc Pernot explique pourquoi se protéger et faire preuve de discernement n’est pas contraire à l’amour chrétien, mais en constitue une condition indispensable.
Question d’une lectrice : comment se protéger tout en continuant d’aimer ?
Bonjour Marc.
Pour avoir essayé d’aider quelqu’un qui s’est retourné contre moi et a fini par me faire un mal fou en mentant, en racontant du mal de moi alors que je lui ai ouvert ma porte, je ne me suis pas méfiée. Elle avait l’air si gentille.
Et là je me dis puisqu’il faut être prudent et ne pas trop vite accorder sa confiance. Comment être dans l’aide et l’accueil du prochain si on doit rester sur ses gardes ? Imaginez toujours qu’il peut avoir l’air d’avoir l’air de et puis que non. Je suis perdue. Vraiment triste. Déçue. Voir comment les choses se retournent souvent contre moi. Alors comment ? Être prudent, oui, douter toujours, oui, mais où est l’amour là-dedans ? Et pourtant, comme le Christ a souffert, tant de gens souffrent de ça. Je ne sais plus. Se protéger et craindre tout le monde ? C’est pas très évangélique. L’inverse ? C’est souvent lourd de conséquences, hélas.
Merci pour votre aide.
Réponse du pasteur Marc Pernot : le discernement spirituel face à la naïveté
Nous voyons dans les évangiles que Jésus lui-même mesure quand des gens sont trop dangereux : on le voit alors s’échapper et fuir hors de leur portée.
Ce n’est donc pas contraire à l’amour.
Avec « aime ton prochain« , il y a aussi « aime-toi toi-même« , sinon on ne risque pas d’aimer longtemps, ni de servir ceux à qui nous pourrions réellement apporter quelque chose. Mais si nous nous laissons maltraiter, blesser, que cela nous diminue : ce n’est pas bon et en plus cela ne fait absolument pas de bien à la personne qui nous blesse, au contraire, cela l’enfonce. Et est-ce avoir faim et soif de justice que de laisser la méchanceté s’exprimer joyeusement, engendrer du chaos ?
Prudence et clarté : la leçon de Matthieu 10:16
Comment faire ?
Quand Jésus envoie ses disciples dans le monde, il leur conseille :
« Voici, je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. Soyez donc prudents comme les serpents, et simples comme les colombes. » (Matthieu 10:16)
La vigilance n’est pas contraire à l’amour. Au contraire, l’amour est discernement, il n’est pas synonyme de naïveté.
Mesurer ses forces et définir sa vocation
Il convient donc de se connaître un peu soi-même, de mesurer nos propres forces, d’analyser la situation, de mesurer la hauteur et la difficulté de la tâche, de se demander si l’on peut réellement l’améliorer, puis de creuser sa propre vocation : est-ce que ce chantier est aujourd’hui pour moi ou n’est-ce pas le moment ? C’est à discerner dans la lucidité, la réflexion et la prière.
Ce n’est pas de la méfiance, c’est du discernement spirituel. Ce n’est pas haïr l’autre que de ne pas se sentir la force ou la vocation d’être en lien avec chacune et chacun.
Dieu vous bénit et vous accompagne avec tendresse.
Prenez soin de vous !!!
Fraternellement
PS. À lire aussi :
Deux prédications sur le serpent et la colombe :
- Que faire face à la violence de notre humanité ? (Genèse 3 à 12 ; Matthieu 10:16)
- Brebis, loup, serpent, colombe : une sacrée équipe… (Matthieu 10:16-23)
Et une question :





Aimer tout simplement sans attendre un.retour
Bien dur cela est de l abnégation mais je pense a la vue de Jesus . D’une certaine façon il a donné tout ce qu il avait sans contre partie juste pour ses conviction .. priez
Mon.Pere qui est dans les cieux … Merci a vous Pasteur
Bonjour Marc,
je viens de lire votre commentaire:
Réponse du pasteur Marc Pernot : le discernement spirituel face à la naïveté.
Je suis à la fois d’accord et en contradiction pour plusieurs événements dans ma vie. Il y a eu des événements, un plus que d’autres, où je n’ai pas vraiment eu le ‘choix’. Il y avait seulement moi et moi, personne pour partager le fardeau, pour s’occuper de ce qui devait être fait.
Je savais que je devais refuser, que je devais m’arrêter là, maintenant, tout laisser tomber, fuir à toute allure avec le peu d’énergie qui me restait. Puis c’était impossible de ne pas le faire, de ne pas continuer, il y avait moi et moi, moi épuisée en plus.
Un genre de Gethsémanie.
Alors j’ai continué, jusqu’au bout. J’y ai perdu une partie de ma santé, de mon intelligence, de ma mémoire, de ma résistance et de ma résilience. Mon frère et ma soeur, tous les deux schizophrènes, ne se sont rendu compte de rien de ce que j’ai fait, pour eux, la succession (les deux parents décédés à 3 mois d’intervalle) et tout ce qui s’y rattache, etc mais je ne m’y attendais même pas.
J’en ai eu pour plusieurs années à m’en sortir et à me retrouver, pas tout à fait intacte mais pas trop endommagée.
Alors, oui, il faut pouvoir avoir du discernement pour mesurer ses forces et savoir s’arrêter mais il y a bien des situations où ‘avoir le choix’ ou pouvoir décider est une utopie.
Merci de votre écoute et de tout ce travail que vous faites,
Cher Ella,
Ce que vous dites fait partie, à mon avis, de ce que je propose dans cet article.
Vous avez fait preuve de discernement, c’est exactement ça. Et c’est encore plus beau de voir votre histoire en considérant le fait que vous n’étiez pas obligée d’aller jusqu’à un tel sacrifice dans le service : précisément, c’est cela qui rend ce service encore plus magnifique. C’est venu du fond de vous-même. Et finalement, le Seigneur a été votre force, celle qui vous manquait.
Vous reconnaissez que c’était un peu limite. Et donc je ne trouverais pas sage, ni juste, de dire aux personnes que si, tel ou tel service est obligatoire et qu’ils n’ont pas le choix, que c’est la loi de Dieu, etc. Il existe des cas où ce n’est même pas à la limite du possible, mais où on enverrait la personne à des tortures, des blessures et même à la mort. Ce n’est pas ce que Dieu veut. Dieu comprendrait que cela aurait été trop dur, les gens qui aiment cette personne ou au moins qui la respectent comprendraient que ce n’était pas possible. Et, avec l’aide de Dieu, la personne pourrait faire le deuil de n’avoir pas été à l’égal de Dieu.
C’est donc avec une admiration que j’entends votre témoignage et que je vous félicite, que je me réjouis pour vos frères et sœurs, que je loue vos parents pour ce qu’ils vous ont apporté, et Dieu de vous avoir accompagnés tous.
Merci, merci pour ces mots.
Dieu vous bénit et vous accompagne.
Marc
Aider et se faire aider ! Ne pas se sentir indigne qu’une tâche ne soit plus totalement à notre portée ! L’impossible ne cesse de l’ être ? Voir les limites qu’il est nécessaire de mettre dans notre aide avant de ne plus être en mesure d’ aider du tout ? Et oser en parler quand c’est chose possible. No sacrifice chantait Elton John ? Aimer ce n’ est pas se sacrifier, cela a déjà été fait ? Bon courage à vous
Je pense, au contraire, qu’aimer revient à se sacrifier. C’est comme cela que je comprends ce qu’a dit Jésus en Jean 15:13 « Personne n’a de plus grand amour que celui qui se défait de sa vie pour ses amis ». Tout geste d’amour, si petit soit-il, implique de renoncer un peu à son propre intérêt, et donc de se sacrifier. À nous d’évaluer pour qui, pour quelle cause et à quel degré faire ce sacrifice.
Oui, chère Pascale. Mais entre sacrifier et sacrifier il y a mille nuances, et il ne faut pas se laisser massacrer à chaque coup quand même. Oserais-je dire qu’il fait examiner le rapport qualité prix à payer. Ne pas se dilapider car nous sommes infiniment précieux. C’est toute la question de la vocation.
Pasteur Marc Pernot,
Je tiens à vous exprimer ma profonde gratitude pour les paroles que vous avez su offrir aujourd’hui, dans une circonstance difficile pour moi. Votre réflexion sur la prudence, le discernement et l’amour véritable m’a touché au cœur. Vous avez trouvé les mots justes, ceux qui éclairent sans juger, qui apaisent sans endormir, qui relèvent sans pousser.
Votre rappel que Jésus lui-même savait se retirer lorsque les personnes devenaient dangereuses m’a apporté une clarté essentielle. Vous montrez que l’amour n’est pas naïveté, qu’il n’est pas sacrifice aveugle, qu’il n’est pas exposition à la blessure. Vous rappelez que « aimer son prochain » implique aussi de prendre soin de soi, de préserver sa santé, sa vocation, sa capacité à servir ceux qui en ont réellement besoin.
Votre méditation sur Matthieu 10:16 — être « prudents comme les serpents et simples comme les colombes » — m’a offert un repère spirituel solide. Elle m’aide à avancer avec lucidité, à discerner ce qui est bon pour moi, à reconnaître mes limites, à choisir mes engagements sans culpabilité.
Grâce à vos mots, j’ai pu comprendre que se protéger n’est pas renoncer à aimer, mais au contraire permettre à l’amour de durer. Vous m’avez aidé à faire un tri vital : laisser derrière moi ce qui me détruit, préserver ce qui me nourrit, et me recentrer sur ma vocation, ma famille, ma communauté.
Je vous remercie sincèrement pour cette lumière, cette tendresse, et cette sagesse. Votre parole m’accompagne désormais comme un guide intérieur.
Fraternellement,
Quelle magnifique introspection et quel cheminement !
Je sais que ce n’est pas facile, nous avons si vite tendance à confondre esprit de mesure et faillite morale.
Merci pour vos encouragements qui me vont droit au cœur.
Merci également à l’interlocutrice qui m’a envoyé cette question vive.
Dieu vous bénit et vous accompagne.
Marc