Marc Pernot le 14 mai 2024 à Vandœuvres
étude biblique

Une traversée de la Bible 9/9 : Visions fantastiques (l’apocalypse de Marc 13)

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Cet épisode examine le genre littéraire de l’apocalypse à travers l’Évangile de Marc, chapitre 13. Loin des clichés catastrophiques, l’apocalypse biblique est présentée comme un message d’espérance en temps de crise, annonçant la victoire finale de Dieu et le « télos » de l’humanité. Le texte souligne l’importance du discernement intérieur face aux manipulations par la peur et invite à voir dans les bouleversements du monde les douleurs d’un accouchement spirituel.


Une traversée de la Bible : Les livres de la Bible : genres littéraires et textes célèbres
un mardi par mois de 18h30 à 19h30, au Chalet paroissial de Vandoeuvres, avec le pasteur Marc Pernot
Voir une introduction, le programme de ce cycle ici, ainsi que les épisodes déjà disponibles.

Séance du mardi 15 mai 2024 – 9ème genre littéraire : Visions fantastiques (l’apocalypse de Marc 13)


🎥 Regardez la vidéo :

 

 

🎧 Podcast audio de la séance

 

feuille distribuée aux participants

Introduction

Dans l’Ancien comme dans le Nouveau Testament, on trouve parfois de curieuses visions fantastiques décrivant la fin des temps comme étant en train d’arriver et venant bientôt à terme.

Il s’agit d’un genre littéraire qui fleurit en temps de crise dans le monde de l’époque, avec des événements manifestement contraires au bien, à l’harmonie et à la vie que l’on attend de Dieu. Le message consiste à dire que Dieu est au contrôle, avec un plan préétabli dont le temps présent serait la dernière étape, temps de souffrances qui doit être suivi d’une proche délivrance, en tout cas pour ceux qui se convertissent.

  • Dans la Bible Hébraïque : le livre de Daniel, certains passages d’Ézéchiel, Ésaie, Zacharie.
  • Dans les écrits intertestamentaires : Hénoch, Jubilés, Testaments des douze patriarches, IVe livre d’Esdras, Apocalypse de Baruch.
  • Dans le Nouveau Testament, dans la bouche de Jésus quand la situation devient critique peu avant son arrestation (Marc 13; Matthieu 24; Luc 21) avec la « venue du Fils de l’Homme » dans la suite de Daniel et d’Hénoch. Paul avec 2 Corinthiens 12, et bien sûr l’Apocalypse selon Jean.

Ces visions annoncent donc :

  • le salut de Dieu qui est en train de venir : il s’agit ainsi d’une bonne nouvelle (un « évangile ») en temps de désolation, une annonce de salut de Dieu…
  • associée à un appel à la conversion individuelle du lecteur. Les deux sont associés avec un dense tissu de symboles qui sont parfois difficiles à saisir pour le lecteur du 21e siècle.
  • et la finalité (le telos) de la création par Dieu

Comme l’actualité du monde est toujours d’une certaine façon troublée (c’était déjà comme cela du temps de Ramsès II et de Nabuchodonosor), ces textes se prêtent bien, malheureusement, à être utilisé pour manipuler les foules. Le meilleur vaccin contre ces manœuvres est d’apprendre (en particulier aux jeunes) à repérer l’exploitation de la menace et de la peur dans les messages qui circulent.

Textes en français (traduction perso), avec des annotations entre crochets [ ] :

Évangile selon Marc 13

1Alors que Jésus sort du temple, un de ses disciples lui dit : Maître, regarde, quelles pierres, quelles constructions ! 2Jésus lui répondit : Tu vois ces grandes constructions ? Il ne sera certainement pas laissé pierre sur pierre qui ne soit défaite. 3S’asseyant sur le mont des Oliviers, en face [κατ έν αντι] du temple, Pierre, Jacques, Jean et André l’interrogeaient à l’écart : 4Dis-nous, quand cela sera-t-il ? Et quel signe que l’ensemble de tout sera sur le point d’arriver à terme ? [συντελεῖσθαι πάντα ➙ τέλος aboutissement]

5Jésus commença alors à leur dire : Prenez garde que personne ne vous égare. 6Beaucoup viendront en se servant de mon nom, en disant : « C’est moi ! »[Ἐγώ εἰμι], et ils égareront une multitude de gens.

7Quand vous entendrez parler de guerres et de rumeurs de guerres, ne soyez pas terrifiés : cela doit arriver, mais ce n’est pas encore la fin. 8Car nation se dressera contre nation et royaume contre royaume ; dans divers lieux il y aura des tremblements de terre, il y aura des famines. Ce sera le commencement des douleurs de l’accouchement.

9Prenez garde [regardez], vous à vous-mêmes [cela donne une clé de lecture de tout ce passage, c’est ce dont il est question] ; on vous livrera aux sanhédrins [assis ensemble : parlement] et aux synagogues [allant ensemble : religieux], vous serez battus, vous comparaîtrez devant des gouverneurs et des rois à cause de moi, en témoignage pour eux.

10Il faut d’abord que l’Évangile soit proclamée à toutes les nations. 11Quand on vous mènera pour vous livrer, ne vous inquiétez pas d’avance de ce que vous direz, mais ce qui vous sera donné à cette heure car ce n’est pas vous qui parlerez mais l’Esprit saint.

12Un frère livrera un frère à la mort, et un père un enfant ; des enfants se dresseront contre leurs parents et les feront mettre à mort.

13Vous serez détestés de tous à cause de mon nom ; mais celui qui persévérera [ὑπο μένω soutiendra, supportera] jusqu’à la fin [τέλος] sera sauvé. 14Lorsque vous verrez l’abominable dévastateur installé [citation du prophète Daniel 11:31, 12:11] là où il ne doit pas être — que le lecteur comprenne [voir clé v.9]— alors, que ceux qui seront en Judée fuient dans les montagnes ; 15que celui qui sera sur le toit en terrasse n’en descende pas, qu’il ne rentre pas pour prendre quelque chose chez lui ; 16et que celui qui sera aux champs ne retourne pas en arrière pour prendre son vêtement.

17Quel malheur [οὐαὶ : onomatopée de douleur] pour les femmes enceintes et pour celles qui allaiteront en ces jours-là ! 18Priez pour que cela n’arrive pas en hiver. 19Car ces jours-là seront des jours de détresse, d’une détresse telle qu’il n’y en a pas eu de semblable depuis le commencement de création par lequel Dieu a créé jusqu’à maintenant, et qu’il n’y en aura jamais plus. 20Si le Seigneur n’abrégeait pas ces jours, personne ne serait sauvé [littéralement : alors, toute chair ne serait pas sauvée = c’est ça, le τέλος]; mais il a abrégé ces jours à cause des choisis qu’il a choisis [hébraïsme].

21Si alors quelqu’un vous dit : « Le Christ est ici ! », « il est là-bas ! », ne le croyez pas. [cf. Luc 17:21 « On ne dira pas : Il est ici, ou : Il est là. Car voici, le royaume de Dieu est au milieu de vous / au dedans de vous] 22Car des christs de mensonge et des prophètes de mensonge se lèveront ; ils donneront des signes et des prodiges pour égarer, si possible, ceux qui ont été choisis.

 

23Soyez sur vos gardes ; je vous ai tout dit par avance.

24Mais en ces jours-là, après cette détresse-là,

  • le soleil s’obscurcira,
  • la lune ne donnera plus sa clarté,
  • 25les étoiles tomberont du ciel,

et les puissances qui sont dans les cieux seront ébranlées.

26Alors ils verront le Fils de l’homme venant sur les nuées [pas matériellement, spirituellement, comme « notre Père qui est aux cieux »] avec beaucoup de puissance et gloire [efficacité pour sauver].

27Alors il enverra les anges [moyen : parole créatrice de Dieu, et telos :] et rassemblera ceux qu’il a choisis des quatre vents, de l’extrémité de la terre jusqu’à l’extrémité du ciel.

 

28Du figuier [évoque l’étude de la Bible], apprenez la parabole : dès que ses branches deviennent tendres et que les feuilles poussent, vous savez que l’été est proche. 29De même, vous aussi, quand vous verrez ces choses arriver, sachez qu’il est proche, aux portes.

 

30Amen, je vous le dis, cette génération ne passera pas que tout cela n’arrive. [le telos c’est à chaque génération présente : c’est un kairos]

31Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas.

32Pour ce qui est du jour ou de l’heure, personne ne les connaît, pas même les anges dans le ciel, pas même le Fils, mais le Père seul. [pas très trinitaire, c’est écrit 10 générations plus tôt]

33Prenez garde, restez éveillés, car vous ne savez pas quand ce sera le moment. [chaque fils d’Adam est un cosmos]

 

Résumé de la vidéo :

L’Apocalypse selon Marc : Espérance et Télos

Introduction au genre apocalyptique

Alors voilà, c’est la dernière séance de notre parcours de traversée de la Bible avec le neuvième genre littéraire, les visions fantastiques. Alors c’est peut-être pas forcément notre tasse de thé préférée parce que c’est on comprend pas grand-chose et puis ça peut faire un peu peur.

Alors en fait, autant les Évangiles c’est un genre littéraire qui est assez novateur, qui était pas tellement pratiqué avant, autant les apocalypses, c’était très attesté à l’époque de Jésus déjà dans l’Ancien Testament. Alors dans l’Ancien Testament, on connaît le livre de Daniel, on connaît Ézéchiel, Isaïe, Zacharie ; c’était un grand classique de la littérature prophétique en temps de crise.

L’apocalypse comme réponse à la crise

Parce que les temps de crise ça pose quand même une question : il arrive des choses horribles, des catastrophes, des guerres, des maladies, des famines, enfin tout ce qui peut arriver à l’humanité. Et les croyants se disent : « Mais enfin, qu’est-ce que fait Dieu et est-ce que c’est dans le plan de Dieu ? »

Alors les récits d’apocalypse disent : « Oui, certes, il y a des catastrophes, mais le salut de Dieu est en train de venir ». C’est à travers ces moments difficiles — ces moments difficiles ne sont pas la finalité de l’histoire, ce sont des péripéties — mais Dieu va nous sauver et tout ira fort bien ensuite. Alors c’est à la fois pour rassurer les gens en cas de grosse crise en leur disant : « Voilà, après la pluie le beau temps finalement », mais c’est aussi un appel à la conversion.

Les trois objectifs de l’apocalypse

  1. Dire que les choses vont s’arranger avec l’aide de Dieu.

  2. Appeler à nous relever, nous redresser, nous convertir.

  3. Affirmer la finalité du plan de Dieu : ce n’est pas la catastrophe, c’est le bonheur, la vie, la paix.

Par définition, une apocalypse ça se termine toujours bien, car elle vient nous dire que malgré les apparences, Dieu est au contrôle.

La normalité de la catastrophe

Les temps de crise, depuis Ramsès II et sans doute avant, à travers tous les siècles, il y a toujours eu des guerres, toujours eu des catastrophes, des épidémies. C’est peut-être qu’on a un peu oublié parce que dans nos pays, depuis deux générations finalement, il n’y a pas de guerre, pas de grande crise. On a oublié que la normalité, c’est la catastrophe, la guerre, les disputes, les horreurs.

C’est ce que nous dit l’histoire du déluge. Dieu est hyper déçu de voir une humanité aussi violente, mais finalement il se dit : « En fait, ils sont un peu comme ça, ben je vais les aimer comme ils sont ». C’est la leçon du déluge qui date de 4000 ans avant Jésus-Christ.

Analyse de Marc 13 : Le Temple et l’Homme

Alors je vous propose de prendre un passage d’apocalypse dans l’Évangile selon Marc au chapitre 13. Alors que Jésus sort du temple, un des disciples lui dit : « Maître, regarde quelles pierres, quelles constructions ! »

À l’époque, le temple était encore en reconstruction. Jésus lui répondit : « Tu vois ces grandes constructions ? Il ne sera certainement pas laissé pierre sur pierre qui ne soit défaite. » Il y a une variante où Jésus dit qu’il va reconstruire une autre sorte de temple qui n’est pas fait de main d’homme, mais par Dieu. Le véritable temple, c’est l’humain et la louange de l’humain à Dieu.

L’opposition entre le Temple et la Montagne

Il y a une mise en tension entre la construction humaine, magnifique et puissante, et cette construction spirituelle, intérieure et éthique, qui est l’amour et la foi. C’est l’opposition entre les Égyptiens (l’archétype du peuple qui veut faire sa vie éternelle par l’industrie humaine, comme les pyramides) et les Hébreux (le type même du jardin des oliviers).

S’asseyant sur le mont des Oliviers en face du temple, Pierre, Jacques, Jean et André l’interrogeaient à l’écart : « Dis-nous quand cela sera-t-il ? » Le mont des Oliviers représente l’élévation par la prière et la réflexion, en opposition au temple.

Les signes et le discernement

Les disciples demandent des signes. Être prophète, ce n’est pas être un devin, c’est être capable de voir les signes présents. Jésus leur dit : « Prenez garde que personne ne vous égare. Beaucoup viendront en se servant de mon nom en disant ‘C’est moi' ».

Il faut discerner. La manipulation par la peur est une technique classique. « Quand vous entendrez parler de guerres et de rumeurs de guerres, ne soyez pas terrifiés, cela doit arriver mais ce n’est pas encore la fin, le télos. » Le télos, c’est l’aboutissement, quand Dieu aura fini son job.

Les douleurs de l’accouchement

« Ce sera le commencement des douleurs de l’accouchement. » Le monde est en train d’accoucher d’un monde nouveau, du télos de Dieu. La souffrance n’est pas voulue par Dieu, c’est que nous sommes dans cette ère de la fin des temps où le monde est encore en genèse.

Conclusion : Veiller et s’élever

« Prenez garde vous à vous-mêmes. » C’est la clé de lecture. Regardez en vous-mêmes ces failles et ces conflits internes. Ne vous laissez pas influencer par la pensée du groupe ou la bien-pensance. Il faut être authentique.

Le Messie, par définition, est universel. La bonne nouvelle doit être proclamée à toutes les nations. « Ce n’est pas vous qui parlerez, mais l’Esprit Saint. » Chacun de nous doit devenir prophète ou prophétesse par son intuition, au fond de sa conscience.

Le Télos de Dieu, c’est que toute chair soit sauvée, que chaque personne soit heureuse et debout. C’est un rendez-vous en nous-mêmes que Dieu nous donne.

pasteur Marc Pernot

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