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Prédication

Trois chances de profiter du bonheur (Psaume 4:7-9 ; Psaume 23:6 ; Matthieu 5:3-10 ; Jean 15:11)

Texte, vidéo et poscasts de la prédication. Ceci est un témoignage personnel. N’hésitez pas à donnez votre propre avis ci-dessous.

pasteur Marc Pernot

 

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prédication (message biblique donné au cours du culte)
à Genève, le dimanche 13 août 2023,
par : pasteur Marc Pernot

Être rendu capable de voir le bonheur

Le Psaume 4 fait remarquer que beaucoup disent « Qui nous fera voir le bonheur ? », c’est vrai que toutes les sagesses et philosophies du monde se sont exprimées sur cette notion un peu vague qu’est le bonheur. Le Psaume s’adresse ensuite à Dieu : « Éternel, fais lever sur nous la lumière de ta face ! » C’est donc que Dieu, dans la prière a quelque chose avoir avec notre bonheur ? Mais quoi ?

Comment ? Ce Psaume nous dit que dans la prière Dieu vient nous aider à voir clair, qu’il est comme un révélateur de bonheur dans notre existence. C’est fort précieux, nous dit le psalmiste, cela nous aide même à bien dormir. Voilà qui est très pratique comme effet. Contrairement à ce que propose cette blague : Pourquoi dormir en paix alors qu’on peut passer la nuit à s’inquiéter de mil choses tout à fait secondaires ?

Le Psaume nous suggère que la prière peut servir de révélateur de gisements de bonheurs de haute qualité, qui existent déjà mais qui sont comme cachés, embroussaillés, enfouis, oubliés.

Si je puis me permettre de partager mon expérience de cette semaine. Pour cet été, je vous propose une série de trois prédications sur la vie humaine, la première sur notre vie avec les autres, la seconde sur la solitude, et j’ai enfin voulu m’intéresser au bonheur. C’est le lundi que je commence à penser à la prédication du dimanche suivant afin de nourrir la question des pensées, rencontres et prières de la semaine. C’est ainsi que je me suis demandé ces derniers jours si parfois j’ai été un peu heureux et comment ? Cela a comme ravivé des moments de bonheur que je n’avais pas reconnu comme tels sur le moment. Et cela m’a apporté un bonheur présent, que je n’attendais pas. Vraiment. Le bonheur est ainsi, s’affranchissant en quelque sorte du temps, pouvant être à la fois passé et présent.

Quel bonheur ?

Le bonheur existerait donc ? Mais avant d’aller plus loin, je voudrais faire deux réserves sur le bonheur.

  1. C’est bon et agréable, c’est stimulant de sentir du bonheur nous chatouiller, mais je ne pense pas que cela fasse un bon but pour notre vie : poursuivre notre propre bonheur est même une fameuse façon de se rendre malheureux, comme toute vie recroquevillée sur elle-même.
  2. Le bonheur n’est donc pas un but, ce n’est pas non plus une performance. On peut être quelqu’un de bien, de très croyant, de très priant, avoir tous les talents… et être malheureux. C’est vrai que la vie est dure. Ce n’est donc pas un devoir d’être heureux, on fait comme on peut, comme ça vient. Ensuite, le Psaume, nous dit que nous avons souvent besoin d’un miracle pour que Dieu nous aide à voir les traces de bonheur dans notre vie.

La Bible nous aide à creuser cette question du bonheur dans notre vie, pour en repérer les gisements dans notre existence. Pour cela, la Bible a au moins trois mots pour parler du bonheur. Ils parlent tous d’un bonheur présent, dans la complexité de notre vie en ce monde. La vie future est une autre question. Jésus ne dit pas « ils seront heureux plus tard, ceux qui… » mais il parle d’un bonheur et du royaume de Dieu à vivre maintenant, au présent. Comme David aussi, déjà, disait que le bonheur et la grâce l’accompagnent chaque jour de sa vie, même dans de terribles moments de son existence, comparables à une vallée d’ombre et de mort.

Quelles traces de bonheur discernerons-nous donc ?

1) Être heureux : c’est être en marche.

Le premier mot pour dire notre bonheur c’est l’hébreu אַשְׁרֵ, (asher) qui signifie à la fois « être heureux » et « être en marche ».

Cette annonce de bonheur dynamique, nous le trouvons comme premier mot du Psautier dans la Bible (Psaume 1:1), et Jésus le reprend comme premier mot de son immense « sermon sur la montagne », avec les « béatitudes ». Dieu est heureux quand nous sommes heureux, et souffre de nous voir souffrir.

Ce premier et essentiel gisement de bonheur c’est d’avancer. Ce n’est pas une leçon, ce n’est pas un devoir moral, c’est un fait. Il y a là un bonheur de haute qualité.

Ce bonheur se creuse d’abord par le désir, il nous donne soif d’avancer, il nous donne d’espérer, de prier et d’agir, de rassembler notre être et nos forces. Et c’est déjà du bonheur. Cela nous apporte déjà de nous décentrer de nous-même. Ce bonheur nous rend vivant, il est normal qu’il cherche sans cesse de la nouveauté, comme chaque pas quand nous marchons, nous arrache à la position précédente.

On comprend que ce bonheur soit pour les bons comme pour les mauvais jours. C’est ce que montre Jésus. Il ne dit pas qu’il y aurait du bonheur à être triste à pleurer. Car ce n’est pas vrai. Mais il dit qu’il y a du bonheur à être consolé quand on pleure. Même dans les pleurs un bonheur est possible, il y a du bonheur à avancer dans un deuil, il y a du bonheur à avoir pu faire avancer un peu la justice même si nous en avons bavé pour cela.

Au contraire, il y a du dégoût dans la stagnation, il y a de la tristesse quand nous régressons ou pire : quand nous sommes source de régression autour de nous. Certes, notre vie est marquée par cela aussi, et cela creuse en nous, précisément la faim et la soif d’avancer, rien que dans ce désir, une étincelle de bonheur, déjà, existe, nous dit Jésus d’une façon extrêmement fine et concise.

Dans les bons jours aussi, jours d’abondances matérielle et humaine, jours de plaisirs et de paix : le bonheur est possible, car ces bonnes conditions nous permettent d’avancer, d’apprendre, de bâtir, d’approfondir, ou d’essayer d’aider un autre à avancer. Et tout cela est du bonheur comme le dit Jésus parlant de faire avancer la paix comme un artisan travaille, dans son atelier, un geste après l’autre. Rien qu’une bonne aspiration à plus de justice est déjà du bonheur.

2) Être heureux, c’est reconnaître ce qui est bon

Le second mot pour dire notre bonheur c’est encore de l’hébreu, c’est טוֹב (tov) qui signifie heureux, et qui signifie aussi « être bien fait », « être bon ». Comme dans ce fameux premier chapitre de la création où Dieu regarde et « voit que cela était bon ». Il regarde et il voit du bonheur. Il y a du bonheur dans le fait d’avancer et de faire avancer, comme Dieu au début de chaque jour dans ce récit de la Genèse. Et il y a le bonheur de l’émerveillement devant ce qui est bon, c’est le bonheur du soir de chacun de ses jours, le bonheur du temps de repos.

Dans un célèbre Psaume, David a cette louange : « Je te célèbre, Éternel, pour la merveille que je suis. Tes œuvres sont admirables, et mon âme le reconnaît. » (Psaume 139 :14) Il y a un vrai bonheur dans le seul fait de contempler que nous existons. Nous sommes un être fragile, imparfait, arrogant, pécheur, blessé, souffrant, et tout ce que l’on veut… mais nous sommes un être objectivement merveilleux, reconnu et aimé par Dieu plus que tout. Nous sommes entourés de personnes qui elles aussi ont un côté merveilleux, et de multiples manifestations d’une incroyable beauté.

Ce deuxième gisement de bonheur est l’émerveillement. Tout n’est pas que chaos dans l’univers : c’est une chose tout à fait étonnante, et cela n’a pas toujours été ainsi. Cette simple observation est un bonheur et creuse en nous une soif qui est aussi du bonheur.

Ce « bon » est incarné dans le réel. On a parfois dit que le bonheur n’était pas dans l’avoir. C’est cruellement faux. Demandez au pauvre qui n’a pas assez de quoi se nourrir lui et les siens. Peut-il dormir en paix, lui ? Le bonheur s’appuie sur l’avoir pour être et pour avancer.

On a dit parfois que le bonheur n’est pas non plus dans l’être. Il me semble plus juste de dire qu’il n’est pas seulement dans l’être, effectivement. Le bonheur de l’émerveillement devant ce que nous sommes va de pair avec le bonheur précédent, celui du mouvement et donc de l’action pour faire avancer les choses :

  • S’il n’y avait que le bonheur du mouvement nous serions dans la frénésie, dans l’activisme, nous idolâtrerions les fruits tout en négligeant l’arbre.
  • Si nous n’avions que le bonheur de l’émerveillement, nous serions immobile, comme en lévitation. Et ce serait vite très ennuyeux.

Notre bonheur respire ainsi comme un poumon, il est comme un cœur qui bat en systole et diastole.

3) La joie inattendue, imméritée, de la grâce

Le troisième mot pour dire notre bonheur est trouvé dans le grec de l’Évangile, cette fois : c’est χαρά (chara) qui signifie la joie et qui est un dérivé de χάρις (charis) la grâce : l’amour par surprise, immérité, gratuit, désintéressé que Dieu a pour nous en particulier. Ce bonheur est à la fois plus facile et plus difficile à discerner pour en jouir. Plus difficile car il travaille en profondeur, et plus facile car il n’y a rien d’autre à faire que de se sentir porté.

Le Psaume 1er développe ce bonheur de la grâce en nous comparant à un arbre dont les racines sont irriguées par ce que Dieu lui apporte. Il montre que cette grâce nous donne de nous développer et de produire d’abord de belles feuilles, littéralement, en hébreu, la feuille signifie une élévation. La grâce nous donne un mouvement dans le sens de la qualité d’être plus qu’un déplacement aux quatre coins de l’espace. Grand bonheur. Cette irrigation, cette grâce, nous donne aussi la joie de produire notre propre fruit en notre propre temps, nous dit le Paume, sans stress ni obligation, juste par bonheur, précisément. C’est ce que suscite en nous la grâce. Jésus en témoigne, juste avant de parler de sa joie, du bonheur abouti : « comme le Père m’a aimé, je vous ai aussi aimés ». Laissons nous cajoler par Dieu. Il nous irrigue ainsi, dans nos profondeurs.

pasteur Marc Pernot

Textes de la Bible

Psaumes 4:7-9

7Beaucoup disent : Qui nous fera voir le bonheur ? Fais lever sur nous la lumière de ta face, ô Éternel !
8Tu mets dans mon cœur plus de joie qu’au temps où abondent leur froment et leur vin nouveau.
9Aussitôt couché, je m’endors en paix, Car toi seul, ô Éternel, tu me fais demeurer en sécurité.

Psaume 23:6

6David témoigne : Oui, le bonheur et la grâce m’accompagnent tous les jours de ma vie.

Psaume 1:1,3

1Heureux l’humain… 3Il est comme un arbre planté près d’un cours d’eau, il donne son fruit en son temps et son feuillage ne se flétrit pas.

Matthieu 5:3-10

3Jésus dit : Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux !
4Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés !
5Heureux ceux qui sont doux, car ils hériteront la terre !
6Heureux ceux qui ont faim et soif de justice, car ils seront rassasiés !

7Heureux ceux qui sont compatissants, car ils obtiendront compassion !
8Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu !
9Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu !

10Heureux ceux qui sont persécutés à cause de la justice, car le royaume des cieux est à eux !

Jean 15:9-11

9Jésus dit : Comme le Père m’a aimé, moi aussi, je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour. 10Si vous gardez mes paroles, vous demeurerez dans mon amour, comme j’ai gardé les paroles de mon Père et je demeure dans son amour. 11Je vous ai parlé ainsi pour que ma joie soit en vous, et que votre joie soit complète.

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2 Commentaires

  1. Elisabeth dit :

    Magnifique lecture face à votre analyse !
    Avec mes vifs remerciements et ma profonde reconnaissance spirituelle .

  2. Pascale dit :

    Avec son intéressante réflexion sur le bonheur, cette prédication a, entre autres, le mérite indéniable de faire réfléchir sur sa propre vie, en tout cas c’est mon cas.
    Merci pour la remarque à propos du droit à être malheureux, que cela ne présume en rien de la richesse de la vie spirituelle. Il y a un peu partout de telles injonctions au bonheur. D’ailleurs, personnellement, j’en vois aussi une dans le Psaume 23 : « Oui, le bonheur et la grâce m’accompagnent tous les jours de ma vie. »
    D’autre part, aux conditions matérielles minimales que vous soulignez, j’ajouterais un minimum de relations sociales comme autre préalable. La relation à Dieu n’a de sens que dans la relation à l’autre.

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