Message écrit pour le baptême d’un de mes filleuls

Par : pasteure Sandrine Landeau

Avec cette belle lettre, Sandrine a offert à son filleul un cadeau qui restera pour toute sa vie, sans l’obliger pour autant. Elle nous l’offre ici, ce qui est une marque de confiance et un cadeau pour nous aussi. Cela peut nous donner envie de chercher quel est pour nous le cœur du cœur de notre propre foi.C’est très libre et très personnel. Merci à elle…

illustration : garçon - Image parAdina Voicu de Pixabay Cher Paul,

Il se trouve que moi je suis née dans une famille où Dieu au mieux n’existait pas, au pire était un salaud qui laissait mourir les enfants simplement parce qu’il était de mauvaise humeur… bref, quelqu’un assez infréquentable. Il m’a fallu du temps pour vraiment oser m’intéresser à la question de Dieu et me mettre en marche. Et quand j’ai commencé ça m’a vraiment nourrie, tellement que je ne me suis plus vraiment arrêtée puisque je suis toujours en recherche sur ces questions de foi, de sens, de relation à Dieu. Ça a profondément changé ma façon de vivre, de voir la vie, ma façon d’être. Ou plutôt, comme me l’a dit une amie, « c’est toujours toi, mais en mieux, c’est le meilleur de ce que tu étais ».

Ce chemin, personne n’aurait pu le faire à ma place, de même que ton chemin, personne ne peut le faire à ta place. Mais ton chemin est toujours ouvert devant toi, c’est pour moi le message essentiel que je trouve dans la Bible. Dieu vient à notre rencontre où que nous soyons et sans cesse il ouvre des chemins possibles devant nous, autant de fois que nécessaire, et sans condition, sans mérite de notre part. J’avais prévu de t’offrir une Bible, mais ton père m’a dit que ton parrain t’en offrait une. Alors je t’offre ce témoignage sur ce qu’est la lecture de la Bible pour moi (et aussi un autre cadeau plus concret, que tu as peut-être déjà découvert 😉 ).

D’abord la Bible, tu le sais sans doute, c’est une grande bibliothèque, écrite par des hommes de différentes époques, qui voulaient laisser un témoignage de la façon dont ils ont vécu leur relation avec Dieu, dont ils ont réfléchi sur cette relation en fonction de ce qui se produisait dans leur vie. Si tu lis ces textes, tu verras très vite qu’ils ne disent tout simplement pas tous la même chose de ce qu’est Dieu et comment il intervient dans nos vies… C’est très étrange, peut-être un peu déstabilisant, et en même temps très riche. C’est parce que la Bible ne nous offre pas une pensée unique, une foi unique, qu’elle peut parler à tant de gens différents, dans des époques et des situations différentes. Cela nous invite à chercher sans cesse, à ne pas prétendre avoir le dernier mot, la vérité unique sur ce que Dieu dit et veut de nous.

Par exemple, il n’y a pas 1, mais 4 évangiles, 4 histoires de la vie de Jésus. Et ces 4 histoires ne se recoupent pas entièrement. C’est que chacun des auteurs de ces textes a voulu transmettre ce qui était important pour lui et pour ceux à qui il parlait. Et c’est aussi une façon de nous montrer que nous ne pouvons pas enfermer Jésus, en encore moins Dieu, dans nos mots, dans nos discours. Il s’agit de vivre avec lui, de réfléchir avec lui, à la lumière de ce que nous pouvons comprendre et expérimenter de sa présence dans nos vies. Et cette présence n’est pas toujours palpable, loin de là ! Parfois tout semble fini, fermé, rien n’est possible… Jésus lui-même a connu ce sentiment d’abandon total de la part de Dieu sur la croix…

Il faut lire les textes de la Bible avec toute ton intelligence et tout ton cœur, ne pas oublier que Dieu nous rejoint là où nous sommes tels que nous sommes, mais ce n’est pas la voix de Dieu seul qui s’exprime dans la Bible, elle est mêlée à celle d’hommes (pas de femmes…) comme toi et moi, avec leurs limites, leurs peurs, leurs préjugés. Il est important de faire la part de tout cela quand on lit la Bible. Sinon, par exemple, on battrait encore les fils désobéissants parce que c’est écrit dans la Bible, notamment en Pv 22,15… tout simplement parce que c’est comme ça qu’on pensait qu’il fallait éduquer les enfants au moment où ces textes ont été écrits.

Je t’offre aujourd’hui quelques versets qui sont mes clés de lecture des textes bibliques. Tout le monde a de ces versets-clés, même ceux qui disent qu’ils lisent la Bible objectivement, alors il vaut mieux en être conscient et réfléchir sur ces clés de lecture, plutôt que de laisser nos peurs et nos préjugés guider notre lecture et notre compréhension.

D’abord un verset dans Esaïe où Dieu nous dit : « Tu es précieux à mes yeux, car je t’aime » (Es 43,4). Ce qui me touche ici, c’est que nous sommes précieux aux yeux de Dieu pas à cause de ce que nous sommes, de ce que nous faisons, de ce que nous disons. Non, nous sommes précieux parce qu’il nous aime. C’est son amour qui nous donne de la valeur, qui nous rend précieux, et nous n’avons rien à faire : cet amour est donné gratuitement, sans aucune condition. C’est vertigineux de ne pas être dans le chantage (si tu ranges ta chambre, tu pourras faire ci ou ça…), ni dans la rétribution (puisque tu m’as aidé à faire ça, tu auras un peu d’argent de poche), ni dans le mérite (avoir l’impression de devoir mériter l’amour, c’est terriblement angoissant, parce qu’on n’est jamais à la hauteur). Mais ce vertige, si on accepte de le vivre, donne une vraie place dans la vie.

Un autre verset dans le livre des Juges, « Va avec la force que tu as » (Jg 6,14). Celui-là, c’est le verset de mon baptême. J’y entends que Dieu ne nous demande pas d’être autre chose que ce que nous sommes : va, simplement, tel que tu es, avec ce que tu aimes et ce que tu aimes moins, mais va, ne reste pas là, va, mets-toi en marche, bouge, et alors quelque chose peut changer, quelque chose peut advenir de nouveau, quelque chose peut s’ouvrir devant toi, parce que Dieu est déjà en marche vers toi.

Un troisième dans l’Evangile de Matthieu « laisse les morts enterrer les morts » (Mt 8,22) : ça ne veut pas dire évidemment qu’il ne faut pas aller à l’enterrement de quelqu’un que tu aimes, mais juste de ne pas te laisser mettre symboliquement dans la tombe avec lui ou avec elle. Toi tu n’es pas mort, tu as encore à vivre, tu es appelé à vivre. Cette parole va pour moi avec cette autre du Deutéronome : « J’ai mis devant toi la vie et la mort, choisis la vie, afin que tu vives » (ça, c’est le verset de mon mariage !). Vis, choisis ce qui te fait vivre, ce qui te fait vibrer, ce qui t’intéresse, ce qui te donne envie de te lever le matin, choisis ce qui est vraiment important pour toi. Ne vis pas selon les étiquettes qu’on te colle, selon les désirs et les peurs plus ou moins avoués des adultes autour de toi. Vis pour ce qui vit en toi, ce qui vibre en toi. Et alors tu verras que ça portera la vie aussi autour de toi.

Et presque le plus important de tout cela : n’aie pas peur de te tromper, de te perdre, où que tu ailles l’amour de Dieu te précède pour te ramener vers la vie et « Rien, ni la mort ni la vie, ni le bien ni le mal, ni les choses présentes, ni celles passées, ni celles à venir, rien ne te séparera de l’amour de Dieu manifesté en Christ. » (Ro 8,38).

Voilà, j’arrête là ce message décousu, qui voulait simplement te dire que je te souhaite le meilleur possible dans ta vie : vivre tout simplement, pleinement, joyeusement.

Ta marraine,

Sandrine Landeau

 

 

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