Comment reconnaître Dieu ? Sa présence, son visage, son action ? (prédication d’Elisabeth Schenker)

Par : la pasteure Élisabeth Schenker

(Voir les textes bibliques ci-dessous)

prédication (message biblique donné au cours du culte)
au temple de Carouge le dimanche 5 janvier 2020 – Epiphanie

illustration ancienne représentant la vie de Jésus
Comment reconnaître Dieu ? Sa présence, son visage, son action ?

C’est au fond la question que nous pose aujourd’hui ce texte de l’évangile de Matthieu

Vous pensez peut-être la question résolue une bonne fois pour toute par les manuels de théologie, en deux phrases bien senties : Dieu s’est manifesté au monde par son Fils Jésus-Christ, qui est né, qui a vécu, qui est mort et qui est ressuscité. Il agit dans le monde et en nous par son Esprit. Voilà, c’est écrit là.

Il faut toute l’innocence d’un enfant pour oser alors demander : oui, mais en vrai, on voit ça à quoi ?

Les enfants ont ce don de poser des questions. Et s’ils ne demandent pas au fond que l’on réponde à leur place, la vie elle, la vie tout simplement, la nôtre, en passant, nous interroge à son tour, et nous convoque à chercher réponse.

Un ami d’étude issu d’une famille émigrée à Genève dans les premiers temps de la Réforme, me disait qu’après avoir étudié l’histoire au cycle, puis au collège, il pensait sincèrement que les guerres de religions étaient définitivement derrière nous. Que lorsqu’il était entré ensuite à l’université pour faire ses humanités, il s’était mis à croire que l’intelligence critique avait définitivement gagné sur les fondamentalismes et sur l’obscurantisme. Qu’il avait commencé ses études de théologie en croyant que la Bible ne pouvait plus, de nos jours, être utilisée comme une arme, que personne ne pourrait plus se servir d’un verset biblique, même bien choisi, pour justifier ses propres choix, sa propre morale, sa propre manière de penser ou de faire … Que le nom de Dieu ne pourrait plus jamais en toute bonne conscience, être invoqué pour justifier le goût de la toute-puissance et la violence des hommes. « Je ne pensais pas qu’il était possible de se tromper à ce point ! » disait-il à la fin d’un colloque sur la Théophanie : la manière dont Dieu se donne à voir. Et son amertume, je la comprends Nous sommes nombreux je crois, à avoir cru tout cela, comme lui. Il suffit hélas de lire la presse, de surfer un peu sur le Net, pour voir le nom de Dieu et sa prétendue volonté invoqués un peu partout, et aussi pour justifier l’injustifiable. Oui et ce serait même Dieu, à ce que racontent certains « twits », qui aurait présidé au choix du chef d’Etat d’un grand pays de la planète, que je ne nommerai pas. C’est Dieu aussi, dans d’autres pays, qui est invoqué pour justifier l’emprisonnement voire le meurtre d’hommes et de femmes qui dérangent : des homosexuels, des athées, des féministes, des opposants de toute sorte…

Alors, s’il est une chose que l’on peut reconnaître à Hérode, c’est que cela au moins, il ne l’a pas osé. Même ce roi qui est décrit comme l’un des plus cruels de son temps ne s’est pas caché derrière une prétendue volonté de Dieu pour justifier son goût démesuré du pouvoir et sa folie meurtrière. Il vaudrait peut-être mieux dire d’ailleurs : cela, même Mathieu l’évangéliste, ne l’a pas imaginé possible.

Car voyez-vous ce qui saute aux yeux à la lecture de son récit, c’est que l’intention de Matthieu n’était pas de faire œuvre d’historien, pas plus que d’enseignant d’ailleurs, bien qu’il fasse montre au fil de son récit d’une très grande connaissance de l’histoire de son pays, comme des textes de ce que nous appelons aujourd’hui le vieux testament.

Si cela paraît presque aussi présomptueux de parler de l’intention de l’auteur du premier évangile que d’affirmer connaître sinon Dieu, du moins sa volonté, nous pouvons sans complexe parler de ce que l’analyse narrative appelle « l’intention du texte » : L’intention du texte en effet, comme son nom l’indique, « évangile », est claire : c’est l’annonce d’une bonne nouvelle. Entendez une vraie bonne nouvelle capable de changer la vie des hommes que nous sommes, de tous les hommes, en la rendant plus libre et plus belle « La vie est éternelle et il n’y a rien à faire pour la mériter Oui, Dieu existe, il aime chaque être humain à tel point qu’il s’est donné Lui-même tout entier, pour l’humanité toute entière. Il est présent, il est Vivant. Et c’est à l’amour qu’il nous appelle à notre tour, dans l’exercice de cet art délicat du vivre ensemble » C’est pourtant simple non ? Pas de détour, pas de conditions, pas de pièges. La vie pourrait être belle, vous ne croyez pas ? Seulement voilà : Il y a quelque chose, en l’homme, qui le dispose à croire les mauvaises nouvelles avec infiniment plus de facilité que les bonnes. D’autant plus que tous les chrétiens le savent avant même le début de l’histoire : il a fini sur une croix, cet enfant-là, devant lequel seuls quelques savants étrangers venus de nulle part sont venus se prosterner. Ne croyez pas que la manière dont Matthieu a choisi de raconter la naissance du Christ soit un hasard : Car en effet, la manière qu’il a de nous présenter la naissance de Jésus, dont chacun sait que le nom signifie « Dieu sauve », nous avertit d’emblée d’une difficulté vieille comme le monde, et sur laquelle pèse une grande menace : Il restera difficile de savoir reconnaître Dieu et son action dans le monde, même après qu’il se soit donné à voir en la personne du Christ. Et cette difficulté s’accompagne toujours d’une grande menace : celle de croire – ou de faire croire – que c’est Dieu qui se manifeste là où justement il n’est pas. L’erreur des mages de Matthieu, qui ont cru pouvoir voir l’enfant dans le palais d’Hérode, conduit à un massacre.

Cette difficulté, cette inaptitude humaine à pourvoir reconnaître Dieu dans l’épaisseur de nos jours est vieille au moins comme le Vieux testament, qu’elle traverse de part en part. Et c’est dans ce terreau-là que d’emblée l’évangile de Matthieu enracine la révélation de Dieu dans le monde : « Généalogie de Jésus-Christ, Fils de David, Fils d’Abraham ». La croyance dominante de cette tradition religieuse dans laquelle naît Jésus, c’est qu’il est impossible de voir Dieu face à face, sans mourir. Seul Moïse, peut-être, dans le texte de l’Exode du début de ce culte, dont il est dit que l’Eternel lui parlait face à face, comme à un ami. Mais trois versets plus loin, une parole attribuée à l’Eternel lui-même vient contredire la chose : « Tu ne pourras pas me voir en personne, car l’être humain ne peut me voir et vivre…. tu me verras de dos. Mais ma face ne sera pas vue… »

Dans l’ensemble du Vieux testament, c’est toujours Dieu qui se fait voir, ce n’est jamais la perception de l’homme qui est première. « Voir » Dieu n’est pas quelque chose qui est de l’ordre de la capacité de l’homme, la « vision » de Dieu est toujours indirecte, et de sa propre initiative. Ce n’est que de manière voilée, ou qu’après coup que l’on s’aperçoit de sa visite. Dans un buisson ardent, une nuée…

Quand l’Eternel se manifeste à Abram, celui-ci ne voit que 3 hommes (Gn 18,1-2). C’est l’ange de l’Eternel qui apparaît à Moïse, (Ex3) mais le buisson en flammes qui ne se consume pas est seul visible Dans le livre des juges, (Jg 13) il est question d’un homme de l’Eternel, qui vient annoncer à la femme de Manoah qui est stérile, qu’elle sera enceinte et qu’elle mettra au monde un fils. Cet homme se voit ensuite nommé messager, ange de l’Eternel, puis quand il disparaît dans la flamme de l’offrande, Manoah va dire « nous allons mourir, car nous avons vu Dieu !», puis « Dis-moi ton nom » ? C’est la même question que Jacob posera à son adversaire, au bord du gué qui le ramène vers son frère, avant de laisser partir Celui avec qui il a lutté toute la nuit, Celui qui a d’abord eu l’air d’un homme, puis d’un ange, puis…. Ne serait- ce pas Dieu lui-même ? « dis-moi ton nom » (Gn 32, 25-29)

Et le voilà son nom, révélé à l’entrée au début du Nouveau Testament : Jésus Matthieu commence doucement : tout dans son récit semble être comme avant, pour que ne soient pas dépaysés ceux qui craignent un Dieu dont la présence nous tuerait. C’est un ange du Seigneur qui apparaît à Joseph… Tout est normal jusque-là pour les auditeurs de l’époque. Il lui annonce la réalisation de la promesse de Dieu, promesse de salut rapporté par les prophètes : Dieu lui-même viendra marcher sur la terre des hommes, il se fera connaître…. Là encore, l’auditoire peut suivre, bien que l’on reconnaisse tout de suite, parmi les prophètes choisis, Osée, un prophète un peu particulier, qui tout au long de son livre, de parler du lien qui unit Dieu aux humains comme d’une chaîne d’amour.

Et c’est un coup de Théâtre, Le Dieu guerrier avec lequel même ceux à qui il fait grâce doivent parfois lutter, Le voilà, enfant né d’une femme, né dans la maison d’un charpentier.

Impossible de se battre avec un nouveau-né sans le tuer. Le Dieu de Moïse était redoutable, il était légitime d’avoir envie de s’en cacher… De quoi se protéger ? Que reste-t-il à cacher au regard clair d’un tout petit ? Pour nous qui entendons ce texte un peu moins de 2000 ans plus tard, il est important de prendre conscience qu’il a eu un premier miracle, un miracle qui passe inaperçu au tout début du ministère de Jésus. Et non, ce ne sont pas les noces de Cana. Le miracle, c’est que des hommes parmi ses contemporains, des femmes, des membres de ce peuple d’Israël, qui se vivait comme le peuple élu entre les autres peuples, aient reconnu en Jésus, de son vivant, la manifestation du Dieu des Ecritures.

Car les contemporains de Jésus, c’est l’histoire même de leur peuple qu’ils lisent dans le livre de l’Exode, ils font partie de ce peuple qui pense en toute bonne foi que Dieu se reconnait à sa force, à sa puissance. Que si Dieu est avec eux, ils vont pouvoir gagner toutes les guerres, qu’ils vont pouvoir être prospères, qu’ils vont être traités par Dieu différemment des autres peuples, tant qu’ils lui rentent fidèles, et même après s’ils se repentent correctement. C’est peut-être au fond l’histoire commune de l’humanité. Car cette manière de penser n’est en effet pas cantonnée à un peuple particulier, ni même à un Dieu particulier. Et pas non plus à une époque. Cette manière de penser on la retrouve aujourd’hui, féroce, sous la forme de de que l’on appelle la théologie de la prospérité Le principe en est simple, pour ne pas dire simpliste En effet, la théologie de la prospérité mesure la manifestation de Dieu dans la vie de chacun à l’aune de la prospérité qui est la sienne. Ainsi, l’aisance matérielle deviendrait la marque d’une bonne santé spirituelle… et la pauvreté bien sûr est comprise comme signe d’une punition ou d’une malédiction de la part de Dieu. Pareil pour la santé. On n’est pas loin de l’histoire de Job… Sauf que pour faire montre de sa santé spirituelle, et pour être sûr que Dieu ne nous retire pas sa bénédiction, il faut cracher au bassinet. Entendez : il faut y aller largement dans le panier des offrandes… ça voudra dire que nous, on est particulièrement très bénis, et plus si possible que le voisin d’à côté. C’est cela le secret de bien des églises qui prospèrent grassement.

Pourtant, la manière dont Matthieu dont invite à reconnaître Dieu est tout autre : Dieu avait un nom imprononçable et que l’on ne savait comment traduire, il a un prénom : Jésus L’idée de sa présence faisait peur : il a pris visage d’enfant. On pensait qu’il présidait à la grandeur des hommes et des peuples : Il est sans défense devant les appétits de pouvoir. D’un Dieu redoutable, dont on pensait qu’on ne pouvait le voir sans mourir, nous voilà devant un Dieu qui se donne à voir pour que vive une multitude. D’un Dieu réservé à un petit groupe d’élus, nous voilà devant un Dieu qui se donne à l’entier de l’humanité, qui nous demande de prendre soin les uns des autres, notamment des plus pauvres.

Malgré les évangiles, la théologie de la prospérité que l’on pensait d’un autre âge reste toujours tapie là, dans l’ombre, et fait des ravages outre-Atlantique. Comme si Jésus n’était jamais né. Comme s’il n’avait jamais vécu. Comme s’il n’était jamais mort sur la croix et encore moins ressuscité.

Oui, encore aujourd’hui, 2000 après que Dieu se soit donné à voir, en personne, pour que tous les humains aient la vie en abondance, Il reste délicat de reconnaître Dieu, son visage, sa présence, son action Et cette difficulté est toujours et encore accompagnée de cette menace : la tentation d’invoquer Dieu ou sa volonté pour justifier le manque d’humanité qui ronge le cœur de l’homme.

Comment est-ce qu’on reconnaît Dieu quand il se manifeste au creux de nos vies ? Chaque fois que je pose cette question, c’est le visage d’une toute jeune fille que je revois. Ce n’est pas Marie, non, elle habite juste de l’autre côté de l’Arve. Vous la croiserez peut-être. Même si vous le lui demandiez, elle ne pourrait pas vous raconter comment Dieu s’est manifesté à elle. Elle ne parle pas. Elle ne sait pas lire, ne sait pas écrire. Elle fait partie de ceux que l’on appelle les déficients mentaux profonds. Elle est née comme ça. Elle faisait partie d’une volée de jeunes de la Communauté des personnes handicapées et de leurs familles qui se préparait au baptême ou à la confirmation. Pendant deux ans elle a assisté aux rencontres, une fois par mois. Elle n’a jamais émis un son. Jamais manifesté ni joie, ni intérêt particulier pour les échanges pendant les séances, pas d’ennui non plus. Nous racontions des bouts de la vie de Jésus, puis lisions le texte biblique correspondant, des échanges très simples, un bricolage, très simple aussi. Pour la cérémonie du baptême, il avait été décidé que les jeunes auraient à répondre à une question très simple : « Jésus est ton ami ; veux-tu être son ami ? » Pendant tout le temps de la préparation au baptême, la jeune fille a toujours gardé sa tête baissée, impossible de croiser son regard, ne serait-ce qu’une seule fois. Quand la pasteure lui a demandé si elle désirait recevoir le baptême, elle a juste hoché la tête, c’était oui. Le jour du culte, quand elle a passé la porte, je ne l’ai pas reconnue tout de suite. Elle marchait au bras de son père, le regard levé qui balayait le temple, toute rayonnante dans sa robe blanche, Et un sourire que personne ne lui avait jamais vu. Un sourire immense. Quand la pasteure lui a dit, « Jésus est ton ami », avant qu’elle dise la suite, la jeune fille a dit oui, d’une voix claire et forte que personne ne lui avait jamais entendu. Et à la question qui a suivi : « Veux-tu être son amie ? » Elle a répondu encore, dans un immense sourire : oui !

Ce serait se défiler un peu je crois que de conclure ici en disant qu’il y a bien du mystère dans la manière dont le Christ se manifeste au creux de nos vies. Ce jour-là, en tout cas, j’ai reconnu Sa trace agissante dans le cœur d’une enfant.

Par : la pasteure Élisabeth Schenker

 

Textes de la Bible

Exode 33, 9-21

9 Lorsque Moïse entrait dans sa tente, la tente de la Rencontre, la colonne de nuée descendait et s’arrêtait à l’entrée de la tente ; alors Il parlait avec Moïse. 10 Tout le peuple voyait la colonne de nuée s’arrêter à l’entrée de la tente ; alors tout le peuple se levait, et se prosternait, chacun à l’entrée de sa tente. 11 l’Eternel Yahve parlait à Moïse face à face, comme un homme parle à son ami. 12 Moïse dit à l’Eternel : regarde, tu me dis « fais monter ce peuple ! »… pourtant tu ne m’as pas fait connaitre qui tu enverras avec moi… et pourtant tu as dit : « je te connais par ton nom, et tu as trouvé grâce à mes yeux » 13 Et Moïse dit à l’Eternel : maintenant, si j’ai vraiment trouvé grâce à tes yeux, fais- moi donc connaître ton chemin et je te connaîtrai, et je saurai que j’ai trouvé grâce à tes yeux. Et considère que cette nation, c’est ton peuple. 14 Il répondit : irai-je en personne, et je te donnerai du repos ? 15 Et Moïse lui dit : si tu ne viens pas en personne, ne nous fais pas monter d’ici ! 16 Car en quoi donc reconnaîtrait-on que j’ai trouvé grâce à tes yeux, moi et ton peuple, si ce n’est au fait que tu iras avec nous, et que nous serons traités différemment, moi et ton peuple, de tous les autres hommes de la terre ? 17 Et l’Eternel dit à Moïse : ce que tu viens de dire, je le ferai car tu as trouvé grâce à mes yeux et je te connais par ton nom. 18 Moïse dit : fais-moi donc voir ta gloire ! 19 Il répondit : moi je ferai passer toute ma bonté devant toi, et je proclamerai devant toi le nom de Yahve, le Vivant, Celui qui est, l’Eternel…. et je ferai grâce à qui je ferai grâce, et j’aurai compassion de qui j’aurai compassion. 20 Et il dit : tu ne pourras pas me voir en personne, car l’être humain ne peut me voir et vivre. 21 l’Eternel Yahvé dit : voici un lieu près de moi. Un rocher où tu te tiendras.22 Alors quand ma gloire passera, je te placerai dans le creux du rocher, et de ma main sur toi, je te couvrirai jusqu’à ce que je sois passé. Puis j’écarterai ma main, et tu me verras de dos. Mais ma face ne sera pas vue…

Rendu perplexe à l’écoute de ce passage du livre de l’Exode, un homme alla voir le plus érudit de tous les rabbins de son temps, et lui demanda : « Où est donc la demeure de Dieu ? à quoi peut-on le reconnaître ? Est-il vrai qu’on ne peut le voir face à face et vivre ? » Le rabbin s’exclama : « mais que de questions voyons ! la terre entière est remplie de sa gloire, et toi, tu demandes où est la demeure de Dieu, à quoi on peut le reconnaître, et si on peut le voir face à face, et vivre ? » l’homme réfléchit, longtemps … « où est Dieu ? » et finit par trouver lui-même une réponse à sa propre question : Dieu est partout pour qui sait le reconnaître Il est partout où l’homme le laisse entrer »….

Matthieu 2, 1-12 1

Juste après que Jésus soit né à Bethléhem[1] de Judée, au temps du roi Hérode, voici que des mages venus du Levant arrivèrent à Jérusalem. 2 Ils demandèrent : « où est le roi des Judéens qui vient d’être mis au monde ? En effet nous avons vu son étoile au Levant, et nous sommes venus pour nous prosterner devant lui[2] ». 3 Et le roi Hérode, ayant entendu cela fut troublé, et tout Jérusalem avec lui. 4 Il assembla tous les grands prêtres et les scribes du peuple, et il s’informa auprès d’eux du lieu où le Christ devait naître. 5 Ceux-là lui répondirent : « à Bethléhem, en Judée ; en effet cela a été écrit par le prophète [3] : 6 « Et toi, Bethléhem, terre de Juda, tu n’es certes pas la moindre entre les principales villes de Juda. Car c’est de toi que sortira un chef qui fera paître Israël, mon peuple » » 7 Alors Hérode fit appeler en secret les mages, et leur demanda depuis combien de temps, avec précision, l’étoile avait commencé à apparaître[4]. 8 Puis il les envoya à Bethléhem, en leur disant : « Allez et renseignez-vous avec précision au sujet de ce petit enfant ; quand vous l’aurez trouvé, faites-le-moi savoir afin que moi aussi j’aille me prosterner devant lui. » 9 Après ces paroles du roi, les mages repartirent. Et voici : l’étoile qu’ils avaient vue au Levant allait devant eux, jusqu’à ce qu’elle arrive au-dessus du lieu où était l’enfant. Là, elle s’arrêta. 10 En voyant l’étoile, ils furent saisis d’une très grande joie. 11 Et ils entrèrent dans la maison. Ils virent le petit enfant avec Marie, sa mère… Ils tombèrent à genoux, et se prosternèrent devant lui. Et ils ouvrirent ensuite leurs trésors, et lui offrirent des présents : de l’or, de l’encens et de la myrrhe.12 Puis comme il leur fut révélé par un songe de ne pas retourner auprès Hérode, c’est par un autre chemin qu’ils se retirèrent dans leur pays.

13 Quand ils se furent retirés, voici qu’un ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph, et lui dit : « Lève-toi, prends le petit enfant et sa mère et fuis en terres d’Egypte[5]. Et tiens-toi là tant que je te le dirai. En effet, Hérode est sur le point de chercher le petit enfant pour le tuer ». 14 Joseph se leva, il prit le petit enfant et sa mère, en pleine nuit, et il se retira en terres d’Egypte. 15 Jusqu’à la fin du règne d’Hérode, il était là ; afin que soit accompli ce que le Seigneur avait dit par la bouche du prophète « hors des terres d’Egypte j’appellerai mon fils »[6]. 16 Alors Hérode, se voyant tourné en ridicule par les mages, fut extrêmement en colère : se basant sur la date qu’il s’était faite préciser par les mages, il envoya tuer dans Bethléhem et dans toute la région, tous les petits enfants âgés de deux ans, et de moins de deux ans.17 Alors ce qui avait été dit par le prophète Jérémie se trouva accompli : 18 « Une voix dans Rama a été entendue : des pleurs et une longue plainte. C’est Rachel qui pleure ses enfants et ne veut pas être consolée… parce qu’ils ne sont plus ». 19 A la mort d’Hérode, voici qu’un ange du Seigneur apparaît à Joseph en songe, en terres d’Egypte, 20 disant : « Lève-toi, prends le petit enfant et sa mère, et va en terre d’Israël. En effet, ils sont morts, ceux qui en voulaient à la vie du petit enfant ». 21 Joseph se leva, emmena le petit enfant et sa mère et il entra en terre d’Israël. 22 Mais ayant entendu qu’Archélaos régnait sur la Judée à la place de son père Hérode, il eut peur d’y aller. Averti en songe, il se retira dans la région de la Galilée. 23 Il alla là-bas, et vint habiter dans la ville qui s’appelle Nazareth, de sorte que ce qui a été dit par les prophètes a été accompli : « Il sera appelé Nazoréen ».

Notes sur ces textes :

[1] A environ 7 km au sud de Jérusalem. En hébreu signifie : maison du pain.

[2] proskuneo : rendre hommage, se prosterner, embrasser ou révérer, adorer.

[3] Michée 5,1 : « Quant à toi Beth-léhem Ephrata, toi qui est petite parmi les phratries (clans) de Juda, de toi sortira pour moi celui qui dominera sur Israël ». Beth-Léhem : localité dont David était dit originaire.

[4] Phaino (vient du mor phos, lumière) : apporter à la lumière, faire briller, faire paraître, faire voir, rendre visible, devenir clair,

devenir manifeste. C’est un mot que l’on rencontre surtout chez Matthieu.

[5] En hébreu, Mitzraïm est un pluriel, qui peut être traduit tant par terres d’oppression que terres de retranchement. Terres de siège.

[6] Osée 11, 1-5 « Quand Israel était jeune, je l’aimais : des terres d’Egypte j’ai appelé mon fils. Mais ils se sont éloignés de ceux qui les appelaient. Ils ont sacrifié aux Baals et offert de l’encens aux statues. C’est moi qui ait guidé les pas d’Ephraïm, en le soutenant par les bras. Mais ils n’ont pas compris que je prenais soin d’eux. JE les ais tirés avec les liens humains, avec des chaînes d’amour. J’ai été pour eux celui qui relâchait leur joug. Je leur ai présenté de qui manger. Ils ne retourneront pas en terres d’Egypte ». Osée (535 av. JC. qui veut dire salut, délivrance) parle du lien qui unit Dieu aux humains comme d’une relation intime, marquée par une forte affectivité, au point qu’il utilise souvent pour en parler l’image de la relation entre un père et son fils (une mère et sa fille), mais aussi la relation amoureuse entre deux époux qui se sont juré fidélité. Relation amoureuse dans sa dimension charnelle aussi. L’auteur d’Osée joue sur le verbe « connaître » qui est en hébreu un euphémisme pour les relations sexuelles. YHWH « connaît » l’humain et l’invite en retour, à ne connaître que lui (Os 2, 22 – 13, 4 et ss)

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