Un désir d’enfant sans être un couple homme-femme est-il éthique ? Et l’adoption ?

illustration : 'Dad and sons' by Sarah  https://creativecommons.org/licenses/by/2.0/ http://www.flickr.com/photos/96526303@N00/21832038370

Par : pasteur Marc Pernot

Question d’un visiteur :

Cher Marc,

J’espère que tu vas bien.

Je suis pris dans une tension éthique telle que je n’arrive pas à penser à autre chose, alors je me permets de t’écrire, en toute confidentialité.
Être attiré autant par les femmes que par les hommes peut donner l’impression d’une certaine liberté où la raison a toute sa part. Jusqu’au jour où une situation nous tombe dessus. Mais j’en viens directement à mon interrogation. Si un couple de personnes de même sexe aimerait construire sur le long terme, pouvoir transmettre, il peut donc souhaiter avoir des enfants. C’est sur cette question que j’aimerais avoir ton point de vue. L’adoption est-elle moralement souhaitable ? Ou serait-ce ajouter à un malheur qui est déjà grand ? Quand l’enfant apprendra qu’il a des parents biologiques qui ont préféré le confier à d’autres, nous serions co-responsables, caution de cet abandon. Je ne peux pas faire comme si cela ne me concernait pas.

Bref, un désir d’enfant sans être un couple homme-femme est-il éthique ? Ou bien après tout, vaudrait-il mieux renoncer à souhaiter avoir un enfant dans un tel cadre, sachant qu’il y a d’autres manières d’approfondir une relation. Aurais-tu un avis sur la question en général, ou à partir des expériences des couples que tu as accompagnés ? C’est un sujet auquel j’ai très peu eu l’occasion de réfléchir, et j’ai besoin d’un peu de recul.

Par avance, merci beaucoup.

Amitiés,

Michel

Réponse d’un pasteur :

Cher Michel

Merci pour ta confiance.

Je suis intiment persuadé que désirer avoir une descendance quand on est un couple de personnes de même sexe n’est pas mauvais en soi.

Cela appelle quelques remarques, quelques questions à se poser pour soi-même :

  • Faire un enfant ne doit en aucun cas être envisagé dans le but d’approfondir sa relation de couple. Ce n’est pas éthique de faire un enfant pour ça. Et en plus si on se place dans cette visée, cela a bien des chances de casser le couple et de rendre difficile l’épanouissement de l’enfant. Il y a d’autres moyens d’approfondir la relation dans le couple, bien meilleurs, bien plus efficaces, profonds, constructifs. Mais surtout : n’utilise jamais une personne comme un moyen. C’est nocif. Et c’est immoral. A mon avis, il y a une seule bonne raison de faire un enfant c’est de vouloir le bien d’un enfant. Si on veut s’épanouir soi-même on travaille à son épanouissement mais on ne fait pas un enfant pour cela. Si on veut construire un couple, on construit son couple, mais on n’a pas un enfant pour ça.
  • Je ne suis pas certain non plus qu’il soit génial de vouloir avoir un enfant pour transmettre quelque chose. Un enfant n’est pas une œuvre littéraire, une maison ou une pyramide : un enfant n’est pas un produit. On ne fait pas un enfant pour se valoriser, ni pour donner un sens à sa vie, ni pour durer au-delà de sa mort. A mon avis ce genre de motivations ne sont pas bonnes pour choisir d’avoir un enfant. C’est de l’égocentrisme. Là encore on utilise un être humain comme un moyen au service de sa propre ambition. Si on veut un enfant il faut le vouloir pour le bien de cet enfant, qu’il s’épanouisse dans ce qu’il sera, dans sa propre créativité, personnalité, cheminement. Sous le signe de la grâce, dirait-on en dans notre patois théologique. Ensuite, si l’on a un enfant, on a bien le droit de prendre du plaisir, de se sentir valorisé, de trouver là un sens à sa vie et être heureux d’avoir ainsi créé de la vie sur terre qui nous survive. Mais ce seront plus des fruits de la grâce que la motivation du geste. Et cetet différence change tout, et dans le regard que l’on porte sur l’enfant tout au long de son cheminement et sur sa propre façon de se considérer soi-même.
  • Un projet parental peut naître (c’est le cas de le dire) comme le résultat de ce qu’est une personne. Quand on est en couple, c’est plus compliqué et plus riche à la fois : un projet parental peut naître dans de bonnes conditions quand il est le fruit de pas moins de trois vocations : celle de chacune des deux personnes plus la vocation du couple à avoir un enfant ensemble car ce n’est pas neutre dans la vie du couple et dans la disponibilité de chacun à son conjoint. S’il manque une des trois vocations, à mon avis, cela risque d’être compliqué. Même si cela s’arrange souvent après (la nature humaine est souple), a priori, je dirais que s’il manque une des trois vocations il vaut mieux laisser tomber le projet. Ce qui ne doit pas être dramatisé (si possible), car il y a mille autres très belles façons d’être fécond que d’élever un enfant.
  • Il y a là est un point important : que l’on soit un célibataire, un couple quel qu’il soit (homo ou hétéro), jeune ou vieux, aisé ou pauvre, bardé de diplômes ou illettré… la vocation d’avoir un enfant ne doit jamais être ressentie comme obligatoire. On peut comprendre le désir de nos parents d’être grands-parents mais ce n’est pas une raison suffisante. La société nous dit le devoir de procréer : cette injonction subliminale a été programmée par cette impérieuse nécessité de faire des enfants, cela est porté par l’élan vital de chacune de nos cellules et d’un taux de mortalité qui a été très important dpuis l’aube de l’humanité jusqu’à très récemment, mais aujourd’hui l’humanité et même la planète est plus menacée par notre taux de natalité. L’urgence pour notre société est donc plus de travailler sur la qualité d’être, sur la capacité à faire corps, sur les qualités morales et spirituelles, que sur le nombre. Mais cela laisse évidemment la liberté à chacun de ressentir ou non une vocation à avoir un enfant ou 12 enfants, c’est (ou plutôt cela peut être) un magnifique projet.
  • L’adoption est un geste absolument merveilleux. Je ne pense pas une seconde que les parents adoptifs soit en général co-responsables de l’abandon de l’enfant. Cela peut arriver, mais je ne connais aucun cas où cela serait arrivé, les enfants étaient déjà abandonnés ou orphelins. Et donc, oui, l’adoption arrache l’enfant à des conditions de vie difficile d’un orphelinat, souvent dans des conditions matérielles et affectives, sanitaires et éducatives assez difficiles. Mais il n’en demeure pas moins que l’adoption est souvent difficile, car effectivement, l’enfant a souvent été abandonné et que ce n’est pas une chose anodine à vivre pour le reste de sa vie. Cela ne doit évidemment pas conduire à ne pas l’adopter, au contraire. Mais ce n’est pas facile à gérer, que l’adoptant soir une personne ou un couple, homo ou héréro, cela est et reste difficile. A mon avis.
  • C’est vrai qu’un homme seul, ou un couple d’homme, n’a pas la possibilité de porter un enfant. Alors qu’un couple hététo, jeune et fécond a cette possibilité, ce choix. Une femme ou un couple de femmes peut parfois avoir accès à la procréation assistée. Ce n’est certes pas une façon très romantique de concevoir un enfant, c’est même éprouvant physiquement et émotionnellement pour tout le monde, mais bon, cela reste une possibilité pour certaines personnes, certains couples et là aussi il peut y avoir des miracles. Je suis beaucoup beaucoup plus réservé sur la gestation pour autrui, conscient des risques considérables du point de vue éthique. Mais là encore, je ne porterais pas un jugement d’ordre général, je connais deux cas de merveilleuses histoires de GPA, autant que je puisse en juger car je n’ai pas parlé avec la mère porteuse, les pères m’ont dit que c’était de la part de la mère un service rendu gratuitement par altruisme, pour l’enfant et pour le couple. Espérons.

Bref, comme le dit Paul « tout est permis mais tout n’est pas utile, tout ce construit pas ». C’est à discerner dans le cas particulier, en travaillant sur l’intention que l’on porte à travers tel ou tel projet, et notre motivation réelle au fond du fond ? Pas facile de creuser ces questions mais effectivement, c’est en en discutant avec d’autres (et en ne suivant pas leur avis, ou pas complètement), en réfléchissant et en priant, tournant cette question un certain temps, pas trop non plus car il faut finir par trancher, choisir, avancer, assumer et corriger ce qui peut l’être…

Dieu te bénit et t’accompagne

Amitiés

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

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