04 février 2026

Un rouleau de la Torah usé est comme traversé par la lumière d'une Ménorah - Photo de Diana Polekhina sur https://unsplash.com/fr/photos/texte-7a79GN3AZMM
Question

Jésus dit ne pas abolir un iota de la Loi, et pourtant il semble la transgresser : comment comprendre ?

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Ce texte propose une exploration du sens profond des commandements bibliques face à la liberté chrétienne, traitant de la tension entre le respect de la lettre et l’accomplissement par l’amour sous le souffle de l’Esprit.


Question d’Anne-Marie : L’incompréhension face à la Loi

Bonjour cher pasteur.

Je me permets de vous poser une petite question biblique à laquelle je ne parviens pas à trouver une réponse : il s’agit d’une interrogation sur le verset 19 du chapitre 5 de l’Évangile selon saint Matthieu, un passage du Sermon sur la montagne.

Dans le verset 18, Jésus déclare que « la Loi » est éternelle. Puis il enseigne dans le verset 19 que celui qui « rejettera un seul de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire ainsi, sera déclaré le plus petit dans le royaume des cieux ».

Cependant, cette parole fait bien penser à ce que pouvaient dire les pharisiens que Jésus critiquait pour leurs pratiques rigoristes de la Loi, qui souhaitaient que tout soit parfaitement accompli, mais qui s’éloignaient de Dieu en faisant de cela une priorité.

De plus, Jésus ne respecte pas tout ce que les pharisiens considèrent comme sacré : le Christ a suffisamment scandalisé ces prêtres par sa pratique « allégée » du sabbat, n’est-ce pas ? Alors, pour moi, cette parole est incompréhensible, car Jésus ne respecte pas tous les commandements de la loi juive et nous demande de suivre son exemple, mais avec ce verset, cela paraît contradictoire. Autre exemple : Jésus affirme que la purification des plats est moins importante que la purification de ses paroles : or, les purifications sont prescrites dans l’Ancien Testament. En réalité, je ne sais pas exactement ce que Jésus entend par « la Loi ».

En fait, ce qui me pousse à poser cette question, c’est le fait que le Christ « menace » (c’est la manière dont je le ressens) ceux qui ne respectent pas les lois religieuses, alors que j’ai l’impression qu’on peut, quand il s’agit de petits commandements, les transgresser par erreur ou juste parce que ce n’est pas possible de faire autrement dans certaines situations. Par exemple, les sacrifices d’animaux ne se font plus aujourd’hui chez les chrétiens, alors qu’on voit dans l’Évangile que pour la présentation de Jésus au temple, deux colombes étaient demandées par la « loi de Moïse ».

Aussi ai-je peur d’être condamné pour des fautes liées au non-respect de la loi, alors que je la connais mal et qu’il y a certains commandements impossibles à appliquer.

Cette question peut paraître anecdotique ou mal exprimée. Je m’en excuse donc d’avance et vous remercie pour votre éclairage si vous choisissez d’y répondre.

Fraternellement.

Réponse du Pasteur : Accomplir plutôt qu’abolir

Chère Anne-Marie,

Au contraire, votre question est très claire et essentielle, très profonde. Il me semble qu’il est bon de lire le verset qui vous préoccupe, ce verset 19, dans le cadre de ce que Jésus dit au verset 17 :

“Ne croyez pas que je sois venu pour abolir la loi ou les prophètes ; je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir.” (Matthieu 5:17)

La distinction entre la lettre et l’esprit de la Loi

Il me semble premièrement que ce verset comprend déjà les transgressions des commandements que vous évoquez. Car quand on dit « je ne viens pas abolir la Loi mais… », on comprend bien ce que cela veut dire, qu’il y aura un problème de ce côté, et qu’il explique par avance comment le comprendre, quelle est la portée de ces actes.

Par exemple, en ce qui concerne le sabbat, quand Jésus guérit une personne ce jour-là : matériellement, il transgresse la lettre du commandement sur le sabbat. Mais puisque le sens même du sabbat est de faire vivre, par conséquent, il accomplit l’esprit du sabbat en faisant vivre cette personne qu’il guérit à la fois par son action thérapeutique sur son physique, et aussi en faisant preuve de compassion à son égard, jusqu’à considérer comme une urgence de lui apporter des soins ce jour-là plutôt que de le faire revenir le lendemain. Par conséquent, est-ce que Jésus transgresse réellement le sabbat ? Oui pour la lettre du commandement mais non pour ce qui est de l’esprit de la Loi de Dieu.

Les commandements de la loi deviennent alors une pédagogie, seulement une pédagogie pour nous initier à la Loi, ils sont donc utiles, ils ne sont pas abolis par l’Évangile, ils sont remis à leur place de simples moyens pédagogiques. La loi de Dieu, c’est-à-dire l’esprit de la Loi écrite, s’accomplit dans l’amour, dans ce qui fait vivre.

Une pédagogie tournée vers l’amour et la miséricorde

Par exemple, à quoi servaient les sacrifices d’animaux ? C’est un signe de louange qui s’incarne dans la vie concrète. Comme le disent bien des prophètes, Dieu ne mange pas, il n’a pas besoin, matériellement, de l’holocauste, c’est l’intention du fidèle, c’est ce que cela produit en lui de changement positif qui comptent pour Dieu : c’est à chacun de nous de voir comment entrer dans la contemplation, la louange et comment cela nourrit notre vocation pour des gestes concrets apportant quelque chose à la vie, à la justice. Jésus lui-même cite ce passage des prophètes : « Allez, et apprenez ce que signifie : Je prends plaisir à la miséricorde, et non aux sacrifices. » (Matthieu 9:13 citant Osée 6:6)

L’accomplissement de la Loi : c’est l’amour (au sens de se soucier de l’autre), c’est la justice (augmenter ce qui est juste) en ce monde.

Ou pour le Sabbat : c’est une excellente idée de garder régulièrement un temps où nous existons bien que nous ne produisions rien de matériel. Jésus ne le remet pas en cause, il le pratique lui-même avec souplesse. Il sait interrompre son sabbat pour accomplir un service, et il sait interrompre son service, renvoyant les foules afin de pouvoir rester seul pour prier seul dans la montagne. Il se ménage alors un temps de sabbat sur le vif.

La Loi inscrite dans le cœur : un changement de paradigme

Oui, mais comment savoir alors que faire ou ne pas faire sans la lettre du commandement ? C’était bien pratique d’être guidé ainsi. Alors comment savoir, comment discerner, dans le concret de nos jours, ce qu’il serait juste de faire sans la lettre de la Loi ?

C’est là que le fait que Jésus soit le Christ est effectivement essentiel. La mission annoncée par les prophètes était qu’avec le Christ, la Loi serait directement inscrite dans nos cœurs de chair et non plus sur la pierre des tables.

« L’Éternel dit : Je mettrai ma loi au-dedans d’eux, je l’écrirai dans leur cœur ; et je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple. Celui-ci n’enseignera plus son prochain, ni celui-là son frère, en disant : « Connaissez l’Éternel ! Car tous me connaîtront, depuis le plus petit jusqu’au plus grand, dit l’Éternel ; car je pardonnerai leur iniquité, et je ne me souviendrai plus de leur péché. (Jérémie 31:33-34)

Il y a là un changement de paradigme : la Loi n’est plus le commandement écrit à l’encre sur le papyrus de la Bible, mais la Loi divine est plutôt ce que l’Esprit nous donne de discerner comme juste, et cela peut dépendre de la personne et de l’instant. C’est ainsi que quand Jésus guérit quelqu’un le jour du sabbat, il transgresse certes le commandement de la Torah mais il accomplit la Loi. Jésus va expliquer au moment même de son acte de soin le jour du sabbat qu’en réalité il n’est pas possible de se limiter à la lettre des commandements : “ Est-il permis, le jour du sabbat, de faire du bien ou de faire du mal, de sauver une personne ou de la tuer ?”

L’accomplissement de la Loi : c’est que chaque personne soit un Moïse ou une Moïsette par l’Esprit.

L’invitation à la perfection et le rôle de l’Esprit

Pour expliquer, pour faire sentir ce passage de la lettre du commandement à l’Esprit, après cette annonce disant qu’il ne vient pas pour abolir la loi mais l’accomplir, qu’il ne supprime pas un iota des commandements, il va entrer dans un développement assez long montrant que si l’on voulait définir une loi écrite pour dire ce qu’il est bon de faire, on tomberait inévitablement dans l’hyperbole puisque c’est Dieu lui-même que nous avons pour image ! Il conclut ce développement par ce commandement : « Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait. » (Matthieu 5:48) C’est à la fois ironique pour ceux qui voudraient se fier à la lettre des commandements pour chercher à être à la hauteur, et cela comprend la solution : se laisser créer par Dieu comme son enfant.

L’accomplissement de la Loi : c’est que chaque personne naisse et grandisse comme enfant de ce Dieu qui aime et qui crée.

Au début de ce développement, Jésus donne un bon exemple, il explique : le commandement de ne pas tuer est effectivement une bonne idée, il n’est pas question de l’abolir, mais en réalité celui qui, même intérieurement, pense d’un autre « tu es nul », commet déjà quelque chose qui est de l’ordre d’un meurtre, tuant l’image de cette personne dans notre estime : Jésus porte son regard sur le cœur même de la question en montrant que c’est en amont du geste consistant à tuer le corps d’une personne, ou même à le blesser, qu’il faut travailler, en réalité : c’est une question de regard, de visée, et c’est là que l’Esprit vient à notre secours :

« Vous avez entendu qu’il a été dit aux anciens : Tu ne tueras point ; celui qui tuera mérite d’être puni par les juges. Mais moi, je vous dis que quiconque se met en colère contre son frère mérite d’être puni par les juges ; que celui qui dira à son frère : Raca ! mérite d’être puni par le sanhédrin ; et que celui qui lui dira : Insensé ! mérite d’être puni par le feu de la géhenne. » (Matthieu 5:21-22)

La libération par la grâce : vers un avenir de paix

C’est ainsi un travail bien plus profond de l’Esprit en nous que simplement nous aider à discerner ce qui est juste : c’est un travail de l’Esprit en nous pour nous purifier de ce qui pourrait être de la méchanceté ou du mépris en nous. C’est ce qu’évoque le feu, œuvre de purification, gardant l’or de notre bonne personnalité capable de faire vivre et éliminant la scorie de ce qui en nous serait vil. C’est-à-dire que ce n’est plus sur le dressage visé par l’obéissance à la lettre de commandements limités, mais sur un travail direct de Dieu en nous que nous pourrons progresser, devenir meilleurs, plus bienfaisants. L’Esprit accomplit alors en nous ce que la Loi, au sens de commandements écrits, cherchait à faire. C’est ce qu’explique Paul dans ce pathétique cri de Romains 7 :

« Ce qui est bon, je le sais, n’habite pas en moi, c’est-à-dire dans ma chair : j’ai la volonté, mais non le pouvoir de faire le bien. Car je ne fais pas le bien que je veux, et je fais le mal que je ne veux pas. Et si je fais ce que je ne veux pas, ce n’est plus moi qui le fais, c’est le péché qui habite en moi. Je trouve donc en moi cette loi : quand je veux faire le bien, le mal est attaché à moi. Car je prends plaisir à la loi de Dieu, selon l’homme intérieur ; mais je vois dans mes membres une autre loi, qui lutte contre la loi de mon entendement, et qui me rend captif de la loi du péché, qui est dans mes membres. Misérable que je suis ! Qui me délivrera du corps de cette mort ? … Grâces soient rendues à Dieu par Jésus-Christ notre Seigneur !  » (Romains 7:18-25)

Ce que vous dites sur nos limites est bien vu, cela nous concerne tous, mais cela n’a rien de désespérant car nous sommes sous la grâce et non sous la condamnation. Personne n’est « bon » que Dieu seul, nous dit Jésus (Luc 18:19), et en Christ nous voyons que Dieu est pourtant notre ami, prenant soin de nous. C’est déjà formidable quand nous sommes arrivés à « faire ce que nous avons pu » (Marc 14:8).

En poussant les commandements à l’infini comme le fait Jésus, cela change radicalement la perspective : même le plus scrupuleux des intégristes jusqu’au dernier des petits traits des commandements religieux devient le frère ou la sœur de nous tous, pécheurs. La question n’est plus du tout ce type de logique de comptabilité des fautes et des bons points devant Dieu : il nous aime de toute façon, Dieu n’est pas dans cette comptabilité. L’important devient l’accomplissement dans l’amour, dans l’intention, dans un bon cheminement où nous approfondissons notre vie.

Cette place centrale de l’amour de Dieu pour chacun, sans condition, nous permet aussi de surmonter ces échecs de nos vies en nous concentrant vers l’avenir, cela nous libère pour que nous cherchions en nous, par l’intelligence et au souffle de l’Esprit, quel pas nous semble juste de faire aujourd’hui. C’est une loi tournée vers l’avenir. Vers un perfectionnement de l’être, qui ne manquera de produire de bons fruits d’amour, de paix et de justice.

Votre question touche ainsi à l’essentiel : il nous offre une visée infinie (la bonté de Dieu lui-même), sans être désespérante pour autant (puisque nous sommes aimés tels que nous sommes), et il nous donne l’Esprit de Dieu pour venir à notre aide pour avancer.

Et la Bonne Nouvelle de l’Évangile du Christ, c’est que vous n’avez absolument rien à craindre de Dieu, bien sûr.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

pasteur Marc Pernot

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