Je ne fréquente pas tellement de communauté chrétienne, puis-je prendre des éléments à gauche et à droite ?

Un homme assis au bout d'un ponton regarde le lac et les montagnes - Photo by Simon Migaj on Unsplash

Oser son propre regard, subjectif, sincère, personnel et vrai.

Par : pasteur Marc Pernot

Question d’un visiteur :

Bonjour

Je suis baptisé catholique, non confirmé. Français, qui plus est !
J’ai 45 ans, ma foi a connu des hauts et des bas, mais à travers les épreuves comme dans les bons côtés de la vie, je sais que Dieu a toujours gardé un œil bienveillant sur moi et a su me le rappeler lorsque nécessaire.

J’ai cessé de fréquenter les bancs de église (sauf exceptions : mariages, décès…) depuis longtemps, ne me retrouvant pas vraiment dans la liturgie ni le clergé, même si j’ai croisé de (trop rares – mais peut-être ai-je péché par aveuglement) prêtres réellement charismatiques (au sens de la transmission).
Je ne fréquente pas non plus de communauté chrétienne, un peu par paresse, je le confesse !
En revanche, j’ai toujours (plus ou moins) essayé de pratiquer quotidiennement la prière, de lire la Bible et d’approfondir ma connaissances du christianisme.

Récemment, j’ai (est-ce un signe ?) échangé avec des protestants (la plupart évangéliques) et me suis documenté ici et là sur un sujet auquel je ne m’étais jamais vraiment intéressé (mea culpa !).
Je me retrouve en accord sur bien des points (comme il me semble de nombreux catholiques actuellement). Et je m’interroge. Je me souvient d’une intervention du Dalaï-lama lors d’une de ses premières conférences en France, qui avait dit en substance : « Je constate que de nombreux occidentaux sont attirés par l’enseignement bouddhiste, et je ne peut que m’en réjouir, mais je voudrais vous dire : cherchez d’abord les réponses dans vos propres croyances, et ne revenez que si vous ne les trouvez pas. » J’avais trouvé à l’époque ces paroles pleines de bon sens et de courage.
Tout celà pour me ramener à mon propre cas. Mon attirance vers le protestantisme est-il réel ou « de confort » ? Et n’en ai-je pas une vision « idéalisée ». (Quelque-chose me dit qu’une part de la réponse est dans la question…).

Je me sens de plus en plus comme chrétien, simplement, et regrette qu’il ne puisse y avoir d’unicité dans l’expression de notre foi. Peut-être mon absence de confirmation est pour quelque chose dans ce sentiment d’incomplétude ?…

Ma question principale est donc : d’un point de vue protestant, pensez-vous que je puisse, tout en me considérant malgré tout catholique (après tout, telle semble avoir été la volonté de Dieu), que je puisse utiliser, dans le cadre de ma foi, des écrits spécifiquement protestants et adhérer à certains des aspects de la réforme ? Mes interlocuteurs protestants semblent ne pas avoir d’avis clairement arrêté sur la question (certains m’ont rappelé du risque d’une pratique « à la carte », ce qui est également ma principale interrogation; mais tous m’ont également accueilli en toute bienveillance, sans prosélytisme). Quand a mes frères catholique…disons simplement que leur ouverture d’esprit sur le sujet (comme tant d’autres, hélas !) est particulièrement étroite !

Voilà, si vous êtes arrivé au bout de ma réflexion sans doute très décousue (mais il n’est pas évident de synthétiser le sujet), je vous en remercie déjà !

En espérant avoir le plaisir de vous lire en retour, si le cœur vous en dit (et sinon, soyez assuré que je ne vous en tiendrai pas rigueur !).

Bien fraternellement,

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir cher Monsieur

Vraiment, bravo pour votre démarche si sincère, si libre, intelligente, confiante en Dieu.

Comme vous le verrez à gauche ou à droite sur ce site, j’encourage à privilégier ce qui est le plus important pour vous : la pratique intime, personnelle de la religion. Les rassemblements en église sont utiles pour bien des personnes, mais chacun a sa propre sensibilité et façon d’être, ce qui est en général vrai peut ne pas l’être pour certains, sans que ce soit anormal et encore moins critiquable. Certaines personnes trouvent favorable de passer par différents lieux de pratique communautaire, cela aussi me semble parfait.

Comme le dit Jésus, le but de la religion est le développement de la personne (le sabbat est fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat). La bonne religion pour une personne donnée est ce qui est favorable à un bon cheminement ce cette personne là en particulier.

Il est vrai que cela choque les églises qui entendent être comme propriétaires de « leurs » fidèles. C’est à dire qu’ils soient fidèles à leur église, à ses chefs, à sa trésorerie, à ses assemblées, à ses dogmes et à ses rites. Ce travers est vite repérable dans les invitations souvent péjorative à ne pas « grappiller », à ne pas se faire sa religion à la carte, que c’est par confort…

Comme protestant il m’est beaucoup arrivé d’aller à la messe dans la paroisse catholique voisine, dans des monastères trappistes, j’ai toujours été bien voire très bien accueilli. Je connais de nombreuses personnes qui se partagent entre la messe et le culte selon leur humeur ou selon le programme prévu, le prédicateur du jour, ou pour des groupes bibliques ou théologiques, ou parce qu’ils sont d’un couple œcuménique. Et je ne me souviens pas avoir entendu dire par des personnes catholiques qu’on leur a dit que ce n’était pas bon d’avoir plusieurs lieux de ressourcement. C’est vrai que certaines paroisses catholiques sont plus étroites. Quant aux églises « évangéliques » c’est vrai qu’il y en a de très étroites, accueillant largement et fraternellement mais demandant ensuite assez vite de choisir son église et de ne pas grappiller.

Je ne vois absolument pas ce qu’il y aurait de mal à se faire du bien. Votre aptitude à la diversité des formes d’églises est le signe d’une bonne santé spirituelle, plaçant plus votre assurance sur la confiance en Dieu que sur du prêt à penser et à vivre, ou qu’une simple identité. Cela vous invite à mener une recherche plus libre et donc plus sincère, plus authentique. C’est tout à fait favorable spirituellement, car la sincérité et la confiance dans l’autre sont particulièrement importantes pour faire une bonne relation, avec un ami, un conjoint, et avec Dieu aussi. Mais je ne pense pas que cela une solution de facilité, car cela demande de se poser des question, de réfléchir, de prier, d’élaborer sa propre théologie, ses propres règles de vie, de les affiner et de les réviser. C’est exigeant, et c’est très fécond.

Il me semble que l’on peut avoir quelque chose de la liberté et de la responsabilité protestante tout en étant catholique. Il peut y avoir mil bonnes raisons à cela, une fidélité familiale, des souvenirs, le goût pour l’ambiance de la messe, la dimension mondiale, d’immenses témoins hommes et femmes catholiques, son conjoint ou ses enfants, l’architecture de l’église du village…

En tout cas, Dieu vous bénit et vous accompagne, et se réjouit d’avoir un fidèle comme vous dans son Eglise (avec un E majuscule) qui est la large famille de tous ceux qui entendent son appel, au delà de toutes les églises, chapelles et clubs divers.

par : pasteur Marc Pernot

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4 réponses

  1. Stroh dit :

    En pays catholique il est dur d être protestante. Dans mon temple une femme catholique mariée à un protestant m à fait dire de m abstenir d exprimer ma foi protestante. Comme elles deviennent majoritaires ou puis je exprimer ma joie 😊 si je ne le puis au temple?Je signale que je n ai jamais demandé en église catholique à une paroissien ne de taire ses convictions.

  2. Trautmann Gerard dit :

    Bonsoir Marc ,
    Ce monsieur qui te questionne est un fils de Dieu , je suis d,accord avec toi , il a le sentiment que Dieu a toujours veillé sur lui , c,est super . La foi est vraiment une affaire très individuelle et unique pour chaque individu , comme son génome .Regine et moi sommes très proches mais notre approche de la foi est personnelle . Les institutions au sens large sont souvent réductrices , pour les gens .Nos études bibliques que tu as présidé sont maintenant œcuméniques , avec des couples catholiques et l’on constate la grande richesse qui se dégage de ces échanges . Ta réponse à ce monsieur est très brillante , ça ne m’etonne pas de toi . Amitiés

  3. Philippe dit :

    Un grand merci pour cet échange tellement inspirant !

    Il est réconfortant de constater que nous semblons partager une vision plus ou moins semblable. La lecture de votre blog me conforte dans cette idée et je me sens à présent bien moins isolé dans ma démarche. Le miracle d’internet !, qui bien utilisé est un formidable outil pour rapprocher les hommes…

    Hier soir, mes yeux se sont posés sur Jean 4:23. Comme bien souvent, j’étais passé devant la réponse sans même m’en apercevoir…!

    Bien fraternellement,

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