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Prière

Comment vivre une expérience spirituelle ? Pistes entre théologie et vie intérieure

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La recherche d’une connexion avec le divin soulève souvent la question du chemin à emprunter. Entre réflexion intellectuelle et ouverture du cœur, cette exploration propose des pistes pour cultiver une présence intérieure et nourrir sa foi au quotidien, loin des clichés spectaculaires.


Question d’une visiteuse :
Comment pourrai-je vivre une expérience spirituelle ? Belle journée à vous, christiane

Réponse : 

Chère Christiane,

C’est une excellente recherche. Jésus était un mystique. Paul aussi, ainsi que le prophète Ésaïe, par exemple. Ils n’étaient pas seulement des intellectuels creusant la question de Dieu et du sens de la vie. Ils articulaient cette recherche d’explicitation de Dieu avec une expérience de Dieu. Je pense que c’est une excellente façon de cheminer main dans la main avec Dieu, et grâce à lui.

Cette question de la relation à Dieu n’est jamais finie car chaque génération et chaque personne est appelée à se l’approprier. Dieu déborde toujours de ce que nous pouvons penser et dire sur Dieu, chaque génération est un petit peu différente de la précédente, les circonstances ont changé, chaque personne est particulière, il est donc juste de retravailler, de traduire, d’élaborer notre façon de penser Dieu et la vie. Cela se fonde en partie, comme vous le dites très justement, sur une expérience spirituelle. C’est là que la théologie s’approche de la science : elle n’est pas que théorique, l’expérience spirituelle est notre laboratoire.

Les différentes formes de l’expérience spirituelle

Ce que l’on peut attendre comme « expérience spirituelle » est très variable. Il me semble donc préférable de ne pas en avoir une idée trop précise mais de s’ouvrir à ce qui viendra pour nous dans ce domaine. Cela dépend de la sensibilité de chaque personne à un moment donné de son existence.

L’expérience vive et soudaine

Un bon nombre de personnes peuvent avoir une expérience spirituelle vive comme Paul sur le chemin de Damas, saint Augustin ou Blaise Pascal. C’est moins rare qu’on le pense, c’est une expérience qui peut arriver à des personnes en recherche ou à des personnes complètement athées au départ. Cela est en général une expérience unique dans une vie. Cela ne se commande pas. Ceux qui n’ont jamais vécu cela ne sont pas moins spirituels que ceux qui l’ont vécu, c’est simplement arrivé, comme on a les yeux bleus ou les yeux marron.

L’intimité quotidienne avec Dieu

Comme expérience spirituelle, je dirais qu’il y a ensuite le bénéfice très réel que l’on ressent à se tourner vers Dieu et à s’exprimer devant lui comme à un ami, pour lui dire ce qui nous passe par la tête. C’est un « je » et c’est un tutoiement. Cela se vit tout simplement comme une intimité avec Dieu, avec qui l’on habite, avec qui on peut rester en silence sans que ce soit gênant et à qui l’on peut raconter ce que l’on a en tête.

Cela se vit comme un instant où l’on goûte à la vie pour une petite ou grande chose, par exemple une perception ou une bonne surprise. Cela se prépare dans l’attention au présent, dans une pensée furtive à Dieu dans cet instant ou en se préparant : « Ce soir je repenserai à cela dans ma prière ». C’est une intensification de l’instant vécu en le lisant, en l’interprétant et en le partageant avec Dieu.

Comment se préparer à l’ouverture du cœur ?

Cela se prépare, c’est l’intelligence de votre « comment pourrais-je ? » : il est déjà une ouverture du cœur à vivre une expérience spirituelle. Cette ouverture du cœur à Dieu se prépare essentiellement dans une saine théologie désinfectée de toute peur de Dieu.

En ce domaine, il arrive qu’un athée soit plus disponible que certaines personnes ayant baigné depuis longtemps dans des images de Dieu un peu terribles. Car comment avoir le cœur ouvert quand la peur nous contracte en se demandant ce qu’il pourrait venir de cette force transcendante finalement en grande partie inconnue si l’on pense qu’elle pourrait se tourner contre nous de façon imprévisible ? Notre sentiment d’être loin d’être parfait renforce alors cette crainte, et notre cœur se crispe.

Cette confiance en Dieu, ce cœur ouvert se travaillent en théologie, en méditant les paroles et la vie de Jésus ; cela se travaille aussi dans l’expérience spirituelle, comme vous dites. C’est en forgeant que l’on devient forgeron. En commençant à partager avec lui, peu à peu, en s’apprivoisant, on découvre sa bonté. C’est donc un travail de théologie et d’expérience.

La vie spirituelle : une succession d’expériences infimes

Bien des personnes prennent goût à ces exercices même si, évidemment, il n’y a pas de réponse à attendre par une voix qui se ferait entendre (il y a tant d’impressions et de bruissements à l’intérieur de notre cœur). Cette expérience est une paix, une intensification, et c’est souvent, dans les minutes ou heures qui suivent, comme une lumière qui s’est un peu faite. C’est plus profond que spectaculaire. Mais c’est profond, c’est prometteur. Cela donne une force et peut-être un tout petit peu plus de sagesse, parfois !

Cela se prépare et se vit dans la régularité, sur le long terme, comme toute relation, à vrai dire. Il s’agit donc plus d’une vie spirituelle que précisément UNE expérience spirituelle comme dans le premier type. Plus précisément, cette vie spirituelle est une succession de multiples expériences spirituelles infimes.

Investir dans des paliers de vie intérieure

Même si c’est le quotidien de long terme qui compte alors, cela n’empêche pas de se donner parfois la chance d’investir dans un effort visant à franchir un palier dans cette vie spirituelle. À vous de chercher ce qui vous correspond : quelques jours de retraite dans un monastère, un bout de chemin de Compostelle, profiter de ses vacances pour relire les 4 Évangiles du début jusqu’à la fin, se donner une petite routine, une liturgie pour un petit culte que l’on se donnerait chaque jour le matin à l’aube, se donner rendez-vous avec Dieu en un joli petit endroit que l’on aménage un petit peu chez soi, trouver un coin avec une vue dégagée pas loin de chez soi où l’on ira plusieurs fois par semaine pour partager avec Dieu spécialement notre émerveillement de vivre, se donner un rythme pour aller au culte ou à la messe près de chez soi, par exemple une fois par mois ou plus, si l’on peut…

Mais personnellement, je me méfierais de laisser cette pratique collective de la religion devenir le lieu de nos expériences spirituelles les plus intenses : danger. Comme le dit Jésus : « Le sabbat est fait pour la personne et non la personne pour le sabbat » (Marc 2:27), traduit en français courant pour la question qui nous importe ici, cela signifie que les exercices religieux, particulièrement les exercices collectifs, les dimanches à l’église, les Noëls, Pâques et autres rites divers, seront au service de notre propre expérience spirituelle intime, « chez soi, porte fermée, dans le secret avec notre Dieu » (comme nous y invite aussi Jésus en Matthieu 6:6). Or la force du collectif peut nous prendre, comme dans un match de foot ou un concert, comme un mouton dans son troupeau, et venir faire que notre cœur à cœur avec Dieu, tout simple, quotidien, nous paraisse fade. Alors que c’est là qu’est l’essentiel de notre vie spirituelle.

L’équilibre entre le « comment » et le but

D’une manière générale, il est bon de se donner des exercices spirituels et en même temps il ne serait pas bon que nos exercices spirituels fassent écran à l’expérience spirituelle, que le « comment » soit plus important que le but. Il est bon que notre recherche spirituelle et notre réflexion théologique marchent ensemble, la main dans la main, chacune stimulant l’autre et reprenant dans son propre champ ce qui a été reçu dans l’autre. Ce point me semble essentiel et on le voit dans le travail exigeant intellectuellement que Jésus faisait faire à ses disciples avec ses paroles aux mots simples mais toujours complexes et dérangeant la pensée simpliste.

Cette montée dans la montagne de Jésus pour prier et sa redescente ensuite pour penser, pour parler et pour agir. C’est là aussi un signe que nous avons une expérience spirituelle féconde : une envie d’approfondir et d’agir d’une nouvelle façon avec une faim et soif de paix, de justice, de service de l’autre…

Finalement, je pense que vous avez plus que raison, c’est excellent de chercher, comme vous le faites « comment pourrais-je vivre une expérience spirituelle » : cette recherche, cette soif, cette intention est la racine même de notre liberté, car elle est à la racine de ce que nous deviendrons. Cette intention prendra corps dans une hygiène de vie spirituelle, et notre être, tel un arbre, grandira et viendra accueillir et harmoniser les différentes dimensions de notre être. Voir la parabole de la graine de moutarde, que j’aime beaucoup :

Jésus dit cette parabole : « Le royaume des cieux est semblable à un grain de sénevé qu’un homme a pris et semé dans son champ. C’est la plus petite de toutes les semences ; mais, quand il a poussé, il est plus grand que les légumes et devient un arbre, de sorte que les oiseaux du ciel viennent habiter dans ses branches. (Matthieu 13:31-32)

Et si, par extraordinaire, vous aviez la bénédiction de recevoir une expérience spirituelle vive, en plus, alors ce sera génial. Mais bon, cela ne se commande ni ne se prépare. Cela s’accueille, ou non. Et si cela n’est pas, cela ne manque pas.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

pasteur Marc Pernot

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