Pourquoi nous donne-t-on la vie sur terre s’il faut être haï, méprisé et rejeté ?

Par : pasteur Marc Pernot

illustration : une personne monte une pente de neige en crampons - Image: 'Mt Atwell April 2004 111' by Andre Charland  https://creativecommons.org/licenses/by/2.0/ http://www.flickr.com/photos/42828760@N00/61482960

Question d’un visiteur :

Bonjour Monsieur,

Je suis un collégien qui s’intéresse à la Bible.
J’ai une question à vous poser.

Dans l’évangile Selon Luc, un passage à éveillé ma curiosité. Le voici: « Heureux vous les pauvres, car le royaume de Dieu est à vous ! Heureux vous qui avez faim maintenant, car vous serez rassasié ! Heureux vous qui pleurez maintenant, car vous serez dans la joie ! Heureux serez vous, lorsque les hommes vous haïront, lorsqu’ils vous chasseront, vous insulteront et rejetteront votre nom comme infâme, à cause du Fils de l’homme… « 

Ma question est la suivante: Pourquoi nous donne-t-on la vie sur terre s’il faut être haï, méprisé et rejeté, vivre dans la pauvreté et la faim, laisser quelqu’un te voler et te faire du mal?

Merci d’avance pour votre réponse !

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir

Et bravo de vous intéresser à la Bible, grand bravo de la lire en vous posant des questions, de vous laisser choquer (car c’est fait pour).

Votre question est essentielle car elle touche au cœur même de la condition humaine, et de la volonté de Dieu, de son ambition pour nous.

La personne humaine est un être inachevé, vivant dans un monde inachevé.
Et c’est cela qui est génial, car si nous étions un être parfait dans un monde parfait, il ne faudrait surtout ne rien faire, rien changer, rien créer, pas même une œuvre d’art, et surtout ne pas changer soi-même, ne rien apprendre, rien découvrir de neuf. A peine respirer !

Mais en réalité, nous sommes un être pas tout à fait terminé (à notre naissance, bien sûr, mais même à 100 ans), nous sommes invités à évoluer et à participer à notre propre construction. Ce n’est pas facile. Dès notre naissance, quand nous accouchons, ce n’est pas facile car le passage est étroit, puis il fait trop froid et trop sec, on connaît la faim entre deux tétées, et parfois notre mère ne vient pas assez vite au moindre de notre appel… nous savons maintenant que cette sortie du ventre de notre mère est la condition pour devenir une personne humaine au sens propre du terme. Et cet effort pour devenir nous mêmes, pour devenir un peu plus libre et vivre cette liberté n’est pas facile. Et comme le nouveau né, nous trouvons cela cruel, mais c’est juste normal.

Comme nous ne sommes pas terminés (et que nous en sommes pas Dieu), il y a en nous du bien et des qualités réelles mais aussi des faiblesses, et des défauts. Et cela aussi nous pose des difficultés et des déceptions. Et cela aussi, c’est normal, même si évidemment, on peut essayer de progresser et d’éviter de faire n’importe quoi. Mis il y a aussi le mal que nous nous faisons les uns aux autres à cause de cela, et c’est dur aussi, parfois très dur.

Et puis le monde étant inachevé, il y a de fort belles choses dans ce monde, des choses extraordinaire (et nous en sommes une, la vie est une chose absolument extraordinaire, la beauté aussi, la faculté qu’ont les atomes de former des molécules, etc). Mais le monde étant inachevé il y a aussi du désordre dans la nature, des choses imparfaites, des choses terribles comme le cancer, les catastrophes naturelles, des chef d’œuvres d’évolution comme les dinosaures qui ont été anéanties (probablement par une météorite qui a frappé la terre, par hasard)… Et donc oui, il y a de la maladie et de la mort dans cet univers, mais Dieu y travaille, il poursuit son œuvre d’évolution même si avec la brièveté de notre vie nous avons du mal à nous en rendre compte. Et Dieu nous embauche pour faire évoluer l’univers, ou en tout cas notre planète, dans le bon sens.

L’être humain est ainsi dans un monde imparfait et magnifique à la fois. L’être humain a également une intelligence et une foi qui lui donne une vision de l’idéal, une idée de la perfection. Notre existence est ainsi en tension entre ces deux réalités de la terre et du ciel, comme une ampoule éclaire grâce à la tension de courant qui existe entre les deux fils. Et cela rend magnifique l’existence humaine, difficile aussi, douloureuse et dramatique parfois. Mais avec une vraie place pour la créativité, pour la liberté, pour la générosité.

Mais la haine ne fait pas partie du plan. Elle est simplement rendue possible par cette liberté que nous avons, cette liberté indispensable pour que la personne humaine puisse être créatrice elle-même. Quand on est à la fois libre et capable de créer de bonnes choses, on est aussi libre de haïr et de faire du mal. Mais Dieu en laisse pas faire sans réagir, il se rend présent, il appelle, il supplie, il tente de donner des signes, il cherche à rejoindre la personne et, en l’aimant beaucoup il essaye de la convaincre d’aimer plutôt que de haïr et de faire du mal. Dieu est comme ça : Dieu réagit contre le mal en augmentant le bien. Cela semble une façon bien fragile de répondre à la violence et à la haine, mais c’est plus efficace qu’on ne le pense, d’abord, mais aussi c’est la seule façon possible selon Dieu car si Dieu se mettait à tuer le coupable de meurtre, Dieu se serait laisser pourrir par le meurtrier en tuant à son tour. Au contraire, Dieu aime même le pécheur (mais Dieu continue bien entendu à détester les mauvais actes).

C’est cette façon de réagir que Dieu nous propose en Christ : d’aimer nos ennemis, et de surmonter le mal par le bien.

Mais il ne faut pas prendre cette phrase de Jésus « Si quelqu’un te prend ton manteau, ne l’empêche pas de prendre encore ta tunique… » comme une loi à appliquer en toute circonstance. Parce que sinon, il faut poursuivre, comme vous le dites, et se laisser voler le voleur, et l’encourager même à voler. Et laisser celui qui agresse des femmes ou des enfants et même le laisser faire de nouvelles victimes en se disant que comme ça il va réfléchir… non. C’est impossible.

Bien souvent les paroles de Jésus sont des paroles impossibles à réaliser, pour nous faire réfléchir, pour nous faire nous poser des questions, et évoluer.

  • C’est comme son commandement « soyez parfait comme votre Père qui est dans les cieux est parfait » : c’est évidemment impossible, mais cela montre à la fois un idéal infini, mais sans nous culpabiliser car on sait bien que c’est normal que nous n’y arrivions pas.
  • Ou quand il dit à un jeune homme « va, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres », c’est impossible, car on est bien obligé de manger de temps en temps, il est donc impossible de donner absolument tout. Et si on faisait cela, l’agriculteur n’aurait plus de charrue ni de grain pour semer du blé, le boulanger n’aurait plus de four ni de farine pour faire le pain… et on serait tous bien mal partis. Mais si Jésus dit cela, c’est pour nous faire réfléchir sur l’idée du don, et nous libérer : entre 0,01 € et tout ce que nous possédons, nous pouvons donner ce qui nous semble possible et juste, selon notre cœur et notre pensée, librement et pour le plaisir de bien faire. De toute façon, Dieu nous aime et nous aimera toujours au maximum, cela ne changera pas.

Cette parole « Si quelqu’un te prend ton manteau, ne l’empêche pas de prendre encore ta tunique… » elle peut être lue par exemple avec cette autre parole de Jésus, dans le même évangile : « Si ton frère a péché, va et reprends-le entre toi et lui seul. S’il t’écoute, tu as gagné ton frère. » (Matthieu 18:15). Là, Jésus ne nous invite pas à nous laisser maltraiter mais à réagir.

Alors ? A chacun de réfléchir avec son cœur, sa tête, à ce qui est le mieux, selon nous. Librement.

Mais pour être capable de prendre la meilleure décision possible en chaque circonstance, il est bon d’avoir appris à regarder avec ses propres yeux, à analyser avec son intelligence, à prendre une décision. Et cela s’entraîne, en particulier par l’étude et la prière, en sachant revenir sur ce que l’on a fait et ce que l’on nous a fait avec l’éclairage que Dieu peut nous donner, et se construire ainsi, avec l’aide de Dieu, le créateur. Parce que nous savons que Dieu est amour nous pouvons sans crainte et avec franchise nous présenter devant lui tel que nous sommes. C’est la force du chrétien.

Amitiés
Dieu vous bénit !

Amitiés fraternelles

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

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