La perspective d’une existence sans fin peut parfois susciter une forme d’appréhension ou de lassitude, surtout lorsque le parcours terrestre a été marqué par l’épreuve. Cet échange explore la liberté humaine face au don de la vie, la possibilité de choisir le repos éternel et la nature du lien qui nous unit au divin au-delà de la mort.
La question d’une fidèle : le droit au repos définitif
Bonjour Pasteur, Je suis croyante, j’ai lu la Bible avec des enseignements bibliques, etc. Mais voilà, rien n’est simple, et surtout sur la question de la vie éternelle que personne ne peut expliquer réellement. Nous ne savons pas comment nous vivrons, que ferons-nous de nos journées ? Même si tout sera merveilleux, flâner comme à l’image de belles vacances éternelles, oui, mais à la longue ce sera lassant !!
Pour ma part je n’ai jamais eu goût à cette vie, je suis retraitée et c’est toujours pareil, peut-être parce que j’ai toujours vécu avec peu, donc limitée dans tout, loin de la vie d’abondance ?
Comme je suis dans l’incertitude de l’après, est-on obligé d’accepter la vie éternelle puisque Dieu n’impose rien à ce qui se dit, mais tout de même il nous impose notre naissance et nous devons subir la vie ; en tout cas c’est mon ressenti pour ma part, donc pour moi la mort est une libération. Repose en paix.
J’ai aussi cette question. Peut-on refuser de ressusciter et renoncer à la vie éternelle si l’aperçu ne nous convient pas et s’il y a un aperçu ? Sinon, dans le doute je préfère renoncer, que je reste poussière, est-ce possible ?
Merci. Pasteur pour la réponse si vous le pouvez car ce n’est pas une question ordinaire mais c’est la vie que j’ai eue qui me questionne ainsi. Cordialement.
La réponse du Pasteur Marc Pernot
Chère Christine,
Votre témoignage de vie est extrêmement touchant, je trouve. Je suis désolé que votre vie ait été et soit si difficile. C’est vrai que la vie n’est pas toujours juste, que certaines vies sont plus affligées que d’autres.
Votre message contient, en creux, ce que serait une belle et bonne vie, heureuse, pleine, active, abondante. Donc vous savez très bien que la vie pourrait être magnifique. Vous savez qu’elle l’est parfois, par moments en tout cas, pour certaines personnes dont vous avez entendu parler. Surtout ne perdez pas cette vision d’une vie plus heureuse et de ces bons moments.
L’importance de la solidarité et du soin de soi
La première réflexion que m’inspirent vos paroles, c’est que vraiment il nous faut lutter pour essayer d’aider, quand nous en avons l’occasion, une personne qui n’est pas tellement heureuse. Des fois il suffit de pas grand-chose pour apporter vraiment un plus : un geste, une parole, une attention, et déjà la tête se relève. Effectivement, c’est si important parce que la vie est faite pour être belle et pour être heureuse : la vie de chaque personne, donc votre vie aussi, bien sûr. Et que c’est loin d’être le cas.
Ce que vous avez traversé peut vous donner une force de compassion pour ceux qui souffrent, et donc vous rendre plus que d’autres personnes capable de les comprendre. Vous pouvez ainsi être très très précieuse pour aider d’autres personnes, par exemple pour accueillir les personnes dans une grande paroisse, ou dans une association d’entraide. Mais bien entendu, vous n’êtes en rien obligée de le faire.
La seconde chose qui me semble, à vous lire, c’est qu’avec ces conditions de vie difficiles vous avez accumulé une grande fatigue. Je sais, et j’en suis témoin à travers le témoignage de nombreuses personnes que j’ai croisées, que la foi est d’une grande aide face à cela, mais que cela ne suffit pas. Je compatis donc tout à fait à ce qui vous arrive. Je pense que cette fatigue engendre chez vous quelque chose comme une petite dépression, ce n’est pas une fatalité, il y a moyen vraiment d’être aidé, c’est comme quand on a mal au genou, mal au dos, il faut voir un kiné.
Vous devriez demander à votre médecin généraliste s’il n’y a pas moyen que vous soyez un peu aidé à traverser ces moments difficiles. Bien sûr ça ne règle pas les circonstances très concrètes qui vous rendent la vie difficile, mais c’est d’autant plus nécessaire d’avoir un meilleur moral pour affronter cela, qui est lourd à porter.
Peut-on renoncer à la résurrection ?
En ce qui concerne la vie éternelle, je suis tout à fait d’accord avec vous sur ces deux points :
- On ne sait absolument pas ce que sera la vie future, et personne ne le sait ni ne peut l’imaginer.
- On ne peut pas refuser la vie éternelle tout comme on ne peut pas refuser d’être aimé. On peut soi-même ne pas aimer, mais on ne peut pas empêcher Dieu de nous aimer et de nous garder.
Mais je pense sincèrement que Dieu n’est absolument pour rien dans les mauvaises choses qui nous arrivent, mais qu’il est toujours source de bien en nous, comme il peut, à sa façon. Et par conséquent, je suis optimiste sur la suite de la vie.
Mais comme vous dites, il est possible aussi qu’il n’y ait rien après, que notre corps retourne à la poussière et c’est tout, que notre âme s’efface. Personnellement, je pense que la vie continue après, avec encore un cheminement à vivre pour notre âme, mais je ne peux en réalité en être tout à fait certain. Nous verrons bien.
J’aimerais vous voir plus heureuse dans cette vie, déjà.
Dieu vous bénit et vous accompagne.







