Perdre sa vie par fidélité, ou transiger un peu afin de rendre service plus longtemps ?

Par : pasteur Marc Pernot

couronne d'épines laisse une ombre en forme de cœur sur une Bible ouverte - Image par James Chan de Pixabay

Dilemme intéressant quand on n’est pas en situation, en espérant ne pas se trouver dans une situation trop tragique.

Question d’un visiteur :

Bonjour Marc
Il y a différentes façons de mettre sa foi en action et ça peut étonner.
Dernièrement j’ai regardé un film (Les Autres) avec une grande actrice américaine connue (Nicole Kidmann). Dans ce film, elle était extrêmement pieuse et parlait à son fils d environ 10 ans sur l’adversité qu’un chrétien peut rencontrer. Elle lui disait  » quoi ? tu serais prêt à renier Jésus ? Mais enfin ce n’est pas possible. » Et ce qui m’a fortement étonné , c’est la réponse du garçon : « j’aurais répondu à l’adversité de la façon qu’ils attendent et ainsi, comme Jésus sait lire dans mon cœur il aurait compris mon choix, ensuite : étant libre, j’aurais pu continuer ma vie de chrétien au service des petits, des nécessiteux. Il y a tellement de besoins. »
Cette façon de voir au sujet de la foi appartient à chacun , mais je pense que tout dépend de la situation. Certains sont morts dans le passé parce qu’ils n’ont pas voulu se plier à mentir devant leurs oppresseurs. C’est extrêmement courageux d’aller jusqu’à la potentialité de perdre sa vie.
Pourtant , pour ceux qui voient une issue , une continuité pour leur vie au service des autres, c’est tout à fait honorable. En rapport à cela, comme dit St Paul c’est l’amour qui est le plus grand. Il me semble aussi qu’il y a un autre verset qui évoque bien de faire quelque chose, des actions au service des autres, grâce notre foi. La foi en mouvement, l’amour en action.
Je voulais savoir votre point de vue.
Merci pour la tenue de votre site.

Réponse d’un pasteur :

Bonjour

C’est peut-être la différence entre l’intégrisme et le libéralisme, pour prendre ces étiquettes extrêmes.

  • L’intégriste veut tout à 100% ou rien.
  • Le libéral cherche pragmatiquement à optimiser, en vue du plus grand bien ou du moindre mal.
  • Ensuite, il y a tous les degrés dans l’éventail entre ces deux pôles.

Cette question était particulièrement aiguë en période de persécution, effectivement.

Par exemple pour les protestants en France du XVIe au XVIIIe siècle : les situations des personnes étaient assez variables selon le métier, la famille, la fortune, la région : les possibilités et les risques n’étaient pas les mêmes. Il y a ceux qui pouvaient partir plus ou moins facilement, ceux qui pouvaient résister en se cachant, et ceux qui faisaient semblant de se convertir tout en gardant leur liberté à l’intérieur. On appelait ces derniers des « nicodémites », en référence à Nicodème que l’on voit en Jean 3 aller voir Jésus de nuit afin de ne pas être vu en train de discuter avec une personne considérée comme hérétique par les autorités religieuses.

Jésus ne critique pas Nicodème sur le fait qu’il vienne ainsi discrètement.

Le sacrifice pour le sacrifice n’apporte pas grand chose, à mon avis. Peut-être un certain témoignage, mais même de cela je ne suis pas certain. Le sacrifice pour le sacrifice entre dans un certain sens dans le jeu des méchants. Et comme le dit le personnage de votre film, tout le bien qu’il aurait été possible de faire sans le sacrifice aurait porté aussi un grand témoignage. C’est pourquoi Jésus a longtemps évité de se laisser attraper par les méchants, se faufilant et se mettant à l’abri, quand il se résout à faire face à ses persécuteurs, c’est après avoir longuement hésité, prié, pesé le pour et le contre.

Le sacrifice d’un pompier donnant sa vie pour en sauver d’autres est tout autre chose, il me semble que le sacrifice du Christ est de cet ordre là : ce n’est pas se sacrifier pour mourir, mais pour servir, accomplir sa mission.

La lettre de Jaques a des paroles fortes et belles en ce qui concerne la foi en action. Jean aussi (1 Jean 4:16-21), et bien entendu Jésus (Matthieu 7:21-27).

Oui, je pense comme vous que ce qui est beau et vrai, c’est l’amour s’exprimant par l’action. D’ailleurs l’amour dont il est question dans ces textes du Nouveau Testament : cet « amour » (agapè en grec) est plus un service qu’un sentiment.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : pasteur Marc Pernot

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Marc Pernot

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2 réponses

  1. Gérard dit :

    Merci pour vos explications toujours fort intéressantes.
    Que Dieu vous bénisse.
    Gérard

  2. Gérard dit :

    Pour information, le film a été diffusé sur Arte.

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