04 août 2023

une jeune femme passe, l'air en colère, une autre femme la regarde passer - Photo de Max Titov sur https://unsplash.com/fr/photos/ZBZVjW4wyWk
Ethique

Parfois je me dis : ai-je raison de soutenir telle personne, ai-je la santé pour ? Puis je réalise la promesse de Prov. 11 : 25

Par : pasteur Marc Pernot

une jeune femme passe, l'air en colère, une autre femme la regarde passer - Photo de Max Titov sur https://unsplash.com/fr/photos/ZBZVjW4wyWk

Question posée :

Cher Marc,

Il est des moments où je me dis : ai-je raison de soutenir telle ou telle personne, ai-je la santé pour ? Puis je réalise la promesse de Prov. 11 : 25 et cela me confirme dans mon chemin :

« L’âme bienfaisante sera rassasiée, Et celui qui arrose sera lui-même arrosé. »

Bien cordialement et merci de votre réponse !

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir

Merci pour cette générosité dans l’engagement pour les autres.

Ce verset des Proverbes est souvent vrai.

Être au service des autres est très souvent un enrichissement pour celui qui aide. Il y a là une sagesse populaire que l’on retrouve dans bien des pays, des cultures.

Pourtant, c’est souvent vrai que le service de l’autre est d’un grand enrichissement. Car nous sommes dans une relation vraie et que notre âme, notre être etier laisse circuler la bénédiction en répondant à notre vocation. C’est comme de faire de l’exercice pour le corps, à juste dose, faire le bien nous fait du bien. C’est tout à fait vrai.

Mais ce n’est pas systématiquement vrai

Loin de là. Quand on rend service à une personne, il est bon de se préparer à recevoir de l’ingratitude, c’est assez naturel comme réflexe. A la fatigue physique du service, s’ajoute la peine de l’ingratitude. Reste la satisfaction d’avoir fait ce que l’on pensait devoir faire, et en nous le souffle de l’Esprit qui peut nous conforter dans cette conviction. Ce n’est pas rien. Mais il n’empêche, les récompenses promises par ce verset ne sont pas toujours au rendez-vous.

Quand Jésus donne sa vie pour sa mission, il le fait pour Dieu, il le fait pour l’humain, il le fait par conviction profonde. Je pense que l’on peut vraiment parler d’âme bienfaisante et que sa vie arrose l’humanité de bienfaits… et pourtant cela ne porte pas chance à Jésus, si je puis dire, son âme souffre jusqu’à la mort d’angoisse et de solitude à Gethsémanée, il a faim de réconfort et soif de Dieu sur la croix criant « Mon Dieu mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné ? » et dans les deux évangiles qui rapportent ce cri, Jésus ne dit plus rien après cela, si ce n’est « de pousser un grand cri et d’expirer ». Donc on ne peut pas promettre que de se dévouer pour les autres fasse que notre chemin de vie soit pavé de lys et de roses.

Ce verset, lu sans discernement, est dangereux

Il est dangereux pour plusieurs raisons :

1) Il y a une sorte de donnant donnant dans la logique exposée dans ce verset.

L’Evangile met profondément en garde contre cela.

Si l’on en croit ce verset, nous devrions aider les autres par intérêt pour nous-même. Ce ne serait alors plus un don par grâce, ce ne serait plus un don par amour pour l’autre, ce serait un calcul, dans l’attente d’un retour sur investissement. Certaines églises utilisent cette promesse trompeuse pour encourager à faire des dons généreux à l’église, promettant richesse, prospérité et de nombreuses bénédictions en santé, réussite, richesse et amour à ceux qui sont généreux (enfin surtout généreux pour l’église (et ses responsables qui font effectivement preuve d’une belle prospérité, eux). C’est une tromperie.

La tromperie de cette logique, c’est que Dieu bénit, lui, sans chantage ni condition. En Christ nous avons appris que Dieu fait du bien même à ses ennemis, bénit ceux qui le persécutent. Il ne donne pas plus de bénédiction à celui qui fait le bien. C’est ce que l’on voit par exemple dans la parabole dite « du fils prodigue », la fête, le bon repas, les honneurs sont pour le fils qui a gaspillé, et du coup le fils qui est resté penché sur sa dure besogne bien sagement trouve cela particulièrement injuste. Oui, ce serait injuste dans la logique du donnant donnant, pas dans la logique de la grâce où Dieu donne l’abondance de sa bénédiction à chacun en dehors de tout mérite.

C’est ainsi que je connais bien des personnes qui ne lèvent pas le petit doigt pour les autres et qui ont une vie fort agréable, avec bien moins de soucis qu’en se faisant saigner le cœur et blanchir les cheveux en étant touché par la détresse des autres.Et nous connaissons tous des personnes d’une extrême bonté et générosité qui sont hélas frappées de diverse catastrophes. Bien sûr que cela arrive, puisque les catastrophes ne sont pas envoyées par Dieu mais tombent sur le juste comme sur l’injuste.

2) Ce genre de verset risque de culpabiliser, et de pousser à aller au-delà de vos forces

Nous ne sommes pas Dieu à pouvoir nous occuper de tout, et arroser universellement. Même jésus, de temps en temps, dit à la foule que le service est terminé pour l’instant, qu’ils partent, ou le laissent partir. Il est donc essentiel de chercher et de discerner quelle est notre vocation à ce moment donné. Ce n’est pas automatique, et c’est une question réellement ouverte. La réponse n’est pas systématiquement que nous devrions rendre ce service là qui se présente à nous. Et encore moins culpabiliser si nous ne nous sentons pas appelé à le faire. Ensuite, je reconnais que ce n’est pas facile de dire non, ni de le dire aussi gentiment que l’on aimerait. Mais c’est indispensable d’apprendre à avoir cette liberté, garante d’un vrai discernement et d’une meilleure qualité de nos actions, cette humilité aussi en se sachant limité. C’est à la fois une question spirituelle, devant Dieu et dans le monde. C’est aussi une question de survie, écouter notre corps, notre moral, prendre soin de nous-même. Sauf dans une situation où notre discernement nous dirait qu’il faut en cette occasion, nous dépasser, voir tout donner. Mais alors librement, sans obligation, en sincérité, et par amour, uniquement par amour.

Oser interpréter la Bible personnellement

En Christ, Dieu vient ensemencer nos vies, notre monde, notre être. Ce n’est pas un formatage de l’extérieur appelant à la soumission. La Bible peut aider à ce travail de Dieu. Elle est précieuse pour se poser des questions et nous ouvrir à l’action directe de Dieu en nous par son Esprit. Mais la Bible est dangereuse quand on la prend comme un livre de réponses toutes faites. C’est particulièrement dangereux quand un passage pourrait sembler imposer sa loi, et torpiller ainsi notre discernement personnel, mené dans la réflexion et dans la prière. Dans la gratitude et la liberté.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : pasteur Marc Pernot

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