homme courant en forêt - Photo by Jakub Kriz on Unsplash
Développement

Ma foi se résume à dire « merci » et à faire ce que je peux. Comment pratiquer plus, sans devenir esclave ?

homme courant en forêt - Photo by Jakub Kriz on Unsplash

Question posée :

Bonjour Marc j’espère que vous allez bien.

J’ai une question en rapport avec le plaisir, la discipline et la foi.

Grand nombre d’entre nous avons la chance de vivre dans un pays permettant de vivre assez confortablement, si nous vivons simplement bien sûr.
Dans ce confort de vie, une grande place est faite aux loisirs qui sont source de plaisir.
J’ai comme l’impression que la foi  » accroche » mieux sur les épreuves, ou plutôt qu’elles laissent le temps à la foi de s’exprimer.

En ce qui me concerne, ma foi, souvent, se résume à dire  » merci » pour tous les bienfaits, du simple footing en forêt au match de football entre amis en passant par une sortie au cinéma ou au restaurant par exemple.
Mais, je sens que cela n’est pas suffisant.
Pourtant, le temps passé aux loisirs est largement dominant face au temps spirituel.

Et ma discipline sportive elle aussi domine ma discipline spirituelle.
Je ne sais si cela est dû à un manque de foi ou à des habitudes, en tous cas je fais ce constat.

Il y a toujours cette flamme en moi au quotidien qui me motive à agir pour le bien face au moindre petit événement de la vie, ou du moins au  » moins mal ».
Mais, j’ai l’impression d’agir en tant qu’être humain faisant au mieux, non comme un chrétien pratiquant.

Quelle place donc, faire, au quotidien, aux loisirs et à la spiritualité, quelle discipline exercer sur ces activités afin de ne pas se sentir esclave de sa religion, ni de la délaisser ou de la réduire à un simple moyen d’obtenir quelque chose.

Je vous remercie.
Bonne journée.

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir

Bravo pour l’importance que vous accordez manifestement à la dimension spirituelle. Et pour la façon dont vous posez la question, c’est exactement comme cela que nous pouvons être, individuellement, dans une bonne forme. la foi est une dimension essentielle mais elle n’est pas la seule. Nous sommes un ensemble  de magnifiques dimensions qui interagissent. Vous entraînez votre corps, c’est vrai que le spirituel, la réflexion et la prière s’entraînent un peu de la même façon, cela se muscle, s’assouplit, se vitamine un peu de la même façon : avec des exercices appropriés à chacun, avec un rythme régulier ni trop soutenu ni trop espacé. Il y faut de la mesure comme en sport, d’ailleurs.

Vous avez raison, comme on peut devenir « addict » du sport, il arrive de tomber dans la pratique religieuse d’une façon excessive. Et ce n’est pas bon non plus, cela devient aliénant, cela nuit à l’équilibre de l’ensemble de notre être, parfois nous coupe de notre entourage. Cela peut venir insidieusement, alors comment savoir ? Jésus donne un conseil très important quand il dit « le Sabbat est fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat », conseil où l’on peut remplacer « sabbat » par les exercices religieux en général. C’est à dire que la religion est bonne pour notre développement. Mais que la religion ne doit pas devenir pour nous le but de notre vie. C’est juste un moyen, et doit garder pour nous cette place. C’est un entraînement au service de notre vie. Si le culte devient l’unique sommet de notre semaine : c’est trop. Si nous nous sentons plus près de Dieu au cours du culte que quand nous prions Dieu face à face dans le secret de notre cœur dans notre chambre : l’église a pris trop de place et commence à nous aliéner. Si je suis d’accord à 100% avec ce que me dit mon pasteur, il y a un problème, car ma pensée personnelle n’est pas stimulée. Si tous mes amis sont à l’église, c’est un problème car la fréquentation de l’église doit agrandir mon cœur pour voir le monde et les personnes qui m’entourent…

C’est donc à vous de discerner quel programme d’entraînement spirituel vous vous établirez, pour vous personnellement. Et c’est à vous d’évaluer ce que cela produit comme fruit ou si vous êtes en train de vous enfermer. Puis de rectifier le programme d’exercices. Il me semble essentiel d’avoir une part de pratique personnelle et une part de pratique collective, et de savoir grappiller un peu ailleurs pur s’aérer. C’est tout simple, en fait. Vous avez l’habitude pour l’exercice sportif de sentir votre forme et d’adapter l’entraînement, cela se fait facilement dès l’ors que l’on est attentif au fait que l’on a le droit d’adapter.

Donc oui, je pense que la religion n’est pas à délaisser, mais c’est un moyen d’obtenir quelque chose : ce n’est bien sur pas de gagner des bons points auprès de Dieu (il nous veut de toute façon tout le meilleur), mais un moyen d’être plus en forme, de mieux vivre et d’être un petit peu source de meilleure vie autour de soi. « Comme être humain faisant au mieux » : j’aime beaucoup votre formule. C’est exactement cela. Faisons confiance à Dieu pour le reste.

Aujourd’hui dans nos pays, c’est vrai, une grande part d’entre nous avons la chance d’avoir un confort, d’avoir la possibilité de soigner notre santé, de nous cultiver, de prendre du temps pour développer notre foi, de prendre des loisirs, de pratiquer des arts, de voyager avec un passeport nous donnant accès aux 4 coins de la planète. Bravo pour votre merci, car effectivement : tout cela est une chance, une bénédiction et le fruit du travail des générations précédentes. On peut aussi dire merci à Dieu, bien que ce soit un peu délicat car s’il a suscité la possibilité même du bonheur, quand certaines personnes subissent des maladies, le dénuement et des catastrophes. C’est alors malgré la volonté de Dieu, tout n’est donc pas entièrement dans ses mains (mais en partie). Notre merci à Dieu me semble juste mais en conscience afin de ne pas tourner à la superstition.

Ce « merci » est à mon avis essentiel :

  • Il nous fait sentir cette part de bonheur, au lieu de passer à côté sans même l’avoir détecté, au milieu de nos soucis et de notre ensommeillement.
  • c’est une humilité, c’est une prise de conscience que ce n’était pas évident, c’est une gratitude pour la vie, pour d’autres, pour Dieu. La gratitude est génératrice de bons sentiments, d’approfondissement de notre ouverture au meilleur, elle nous fait grandir, penser aux autres.
  • Ce merci nous fait sentir que notre bonheur n’est pas non plus un acquis, cela nous prépare à un avenir autre, ou peut-être nous aurons perdu cette chance là, et être ouvert à en reconnaître d’autres.

Et au fond de nous existe un sentiment de justice et de compassion, ce merci peut conduire à penser à telle ou telle personen que nous aurons à cœur d’aider.

C’est ainsi que Paul dans une de ses lettres conclut une théorie sur l’humain idéal par ce conseil de dire « merci » comme si c’était la clef de tout, « Soyez reconnaissants » :

« Comme des élus de Dieu, saints et bien-aimés, revêtez-vous de sentiments de compassion, de bonté, d’humilité, de douceur, de patience.
Supportez-vous les uns les autres, et, si l’un a sujet de se plaindre de l’autre, pardonnez-vous réciproquement. De même que Christ vous a pardonné, pardonnez-vous aussi. Mais par-dessus toutes ces choses revêtez-vous de l’amour, qui est le lien de la perfection.
Et que la paix de Christ, à laquelle vous avez été appelés pour former un seul corps, règne dans vos coeurs.
Soyez reconnaissants. »
(Colossiens 3:12-15).

Ce simple « merci » est une excellente disposition d’esprit. C’est la prière essentielle qui permet à Dieu de vous irriguer en profondeur du meilleur.

D’ailleurs, votre propre démarche illustre que ce « merci » est fécond. Votre foi se résume souvent à dire « merci » pour tout ce qu’il y a de beau dans votre vie. Déjà vous aspirez à plus, à développer le spirituel en vous, à essayer de faire au mieux.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

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